Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/05/1999
 

MIP TV Cannes, 1999

MIP TV Cannes, 1999
Le MIP prend chaque année plus d'ampleur, et les flux commerciaux y sont de plus en plus importants. Cette année il s'est confirmé une demande importante des chaînes de télévision en matière de documentaires.
La multiplication des chaînes thématiques, cryptées, câblées, codées décuple la demande en programmes, et fait des documentaires un véritable enjeu économique des années à venir. Revers de la médaille, comme toujours ce sont les productions animalières, de découvertes, d'aventures et de sports, sans oublier un certain exotisme, qui font la part principale de ce marché. Même si dans les marges, le documentaire d'auteur dont la Belgique est l'un des symboles importants, essaye de se faire une petite place.
Autre aspect, la priorité donnée aux séries, non seulement aux courtes séries, de trois, quatre, voire cinq épisodes, mais aux grandes séries formatées de dix, vingt, voire cinquante épisodes. Le formatage est d'ailleurs à l'ordre du jour, car les télévisions, à l'exception évidemment d'ARTE et des créneaux "Grands Documents" et "Carré Noir" de la RTBF par exemple, sont de plus en plus dans des formatages de durée, 26 et 52 minutes, mais aussi aujourd'hui pour de nombreux pays, 40 minutes et des formatages d'écriture et de styles extrêmement conformistes et traditionnels.
Le MIP a aussi inauguré depuis deux ans une section particulière, le MIP DOC, qui précède le MIP durant deux jours. Au MIPDOC, un catalogue de 2.000 titres pour lesquels chaque producteur a dû débourser un budget relativement important. Les acheteurs visionnent dans des box
individuels les documentaires regroupés par thématiques. Autant dire que si les acheteurs voulaient découvrir les documentaires dans leur intégralité, il leur serait matériellement impossible d'en voir plus d'une vingtaine, c'est-à-dire 1 sur 100.
Ce qui confirme l'importance pour les producteurs et distributeurs indépendants d'être présents sur ce marché, car il est évident que les acheteurs font un choix en fonction des recommandations, d'interpellations et de contacts personnels.
Enfin cette année aussi, on a pu sentir une ouverture relative mais précieuse du marché Nord Américain, canadien et américain, mais aussi et cela est tout à fait nouveau et prometteur, du marché italien. Jusqu'ici le documentaire en Italie était extrêmement marginalisé de par les dispositions et les réglementations du secteur audiovisuel. Cela est en train de changer et permet aux documentaires d'avoir une véritable
reconnaissance, leur ouvrant les portes des chaînes de télévision publiques et privées, mais aussi peut être d'une reconnaissance dans les salles de cinéma.
A titre d'exemple, un film comme Mobutu, roi du Zaïre a été acquis par Canal+ Italie, semble intéresser la RAI et un distributeur indépendant pour être montré en salle dans de nombreuses villes d'Italie.
Pour avoir pratiqué de nombreux festivals, je pense que le marché de Cannes reste ce lieu incontournable, déterminant, où une émission de télévision ou un documentaire peut trouver ses créneaux de diffusion de par le monde. La concentration gigantesque de tous ces acheteurs, producteurs et distributeurs venus des quatre coins du monde permet à
chaque fois des échanges extrêmement fructueux, non seulement en termes de commercialisation mais aussi en termes de production et de contacts personnalisés.
Mais le MIP est aussi le reflet de notre monde contemporain, avec ses inégalités et ses rapports de force. Il était interpellant de voir des Africains venus de Côte d'Ivoire, ou du Burkina Faso pour acheter téléfilms et séries américaines, australiennes, ou brésiliennes, mais dépourvu, de toute production à pouvoir commercialiser. L'échange des images, de l'imaginaire et des cultures des peuples va à sens unique, c'est la pensée unique de l'audiovisuel, c'est l'impérialisme outrancier d'un mode de vie exporté du Nord et principalement d'Amérique du Nord, ce sont aussi des flux financiers à sens unique qui ne font que rendre les riches plus riches et les pauvres plus pauvres et culturellement dépendants.
En cette veille du troisième millénaire, cela m'interroge et me révolte.

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