Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Avril 2012
 

Misère au Borinage. Les films sociaux de Henri Storck

Enfin !

En parallèle aux films ostendais d’Henri Storck, la cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Fonds Henri Storck et CINEMATEK éditent un coffret (un dvd et un disque blue-ray) consacré à ses films sociaux. De 1933 à 1938, Henri Storck réalise trois films fondamentaux, incontournables et qui vont, chacun à sa manière, bouleverser les règles et les enjeux du cinéma du réel et du documentaire.

dvd Misère au Borinage de Henri StorckLe premier Misère au Borinage, chef d’œuvre s’il en est, coréalisé avec Joris Ivens en 1933, part d’une volonté de témoigner, caméra à la main, de l’extrême misère des mineurs du Borinage belge et des luttes de la classe ouvrière. Plus qu’un film de constat et de témoignage, Misère au Borinage est un manifeste de révolte et de combat. Au contact des ouvriers, filmant dans l’illégalité et l’urgence, Storck et Ivens vont trouver un langage cinématographique à la hauteur d’une misère extrême autant qu'inacceptable, mêlant prise directe et reconstitution, posant dans le feu de l’action, les prémices de ce qui plus tard deviendra le néo-réalisme. Violence des séquences et brutalité du montage, inscription incisive des cadres dans le réel, accusation implacable du commentaire, émotions crues et vérités des êtres et des choses, chaque élément du film est partie prenante de ce brûlot incendiaire qui prend l’exploitation capitaliste à la racine et nous rend si évident son nécessaire renversement. Il faut voir et revoir Misère au Borinage pour la fulgurance de son propos, pour la force d’un regard qui se partage et surtout pour cette sincérité rebelle qui trouve encore et toujours aujourd’hui le visage de son ennemi.

Quatre ans plus tard Henri Storck revient sur les lieux de Misère au Borinage, cette fois avec un film de commande, Les maisons de la misère où il va développer cette conjugaison entre fiction et documentaire amorcée dans Misère au Borinage, construisant son film en une série de petites séquences dramatiques, fictionnelles et exemplaires, dénonçant la vie dans les taudis et les conséquences d’une survie misérable. Avec plus de 70 acteurs et figurants, Les maisons de la misère retrouve la veine pamphlétaire de Misère au Borinage en inscrivant ses personnages dans la réalité sans fards des bidonvilles ouvriers. Plus qu’un décor, ces ruelles, ces impasses et ces baraques sont la vérité d’un prolétariat qui ne demande qu’à les voir tomber. La caméra amplifie l’effet d’enfermement et d’asphyxie de ces prisons de l’indigence et la mise en scène d’Henri Storck pose la solidarité de classe comme premier pas vers une transformation sociale. Si aujourd’hui le discours social démocrate du représentant des cités jardins et des habitations à loyer modéré sonne faux, le parti pris de Stork lui n’a rien perdu de sa pertinence et sonne juste.

Le 30 décembre 1938 se déroulent les obsèques d’Emile Vandervelde, figure charismatique du mouvement ouvrier belge et grand leader socialiste. Une foule immense massée autour de la maison du peuple à Bruxelles ainsi que de nombreuses personnalités du monde du travail sont là pour lui rendre hommage et parmi elles, Henri Storck qui filme l’affliction de toute une classe et la filme dans un élan épique qui nous jette dans la tourmente d’une époque, au creuset même de l’histoire. Le patron est mort réussit avec des moyens très simples, voire élémentaires, à faire de ces funérailles un moment d’émotion presque palpable. Et c’est la force et la beauté du cinéma que de pouvoir lier en un seul geste l’hommage au militant Vandervelde, les voix de ceux qui se battaient pour un monde plus juste et ce que nous vivons aujourd’hui. Henri Storck savait faire cela et pensait ses films pour qu’ils continuent malgré les années révolues de parler à ceux qui encore et toujours les regardent.

L’édition Avant-garde 1927-1937 des archives de la Cinémathèque nous avait permis de redécouvrir trois films expérimentaux d’Henri Storck. Avec cette édition de ses films sociaux jointe à celle consacrée à sa période ostendaise, CINEMATEK comble enfin un vide, nous permettant d’apprécier le rôle majeur et fondateur d’Henri Storck et de comprendre pourquoi son cinéma comme le dit si bien Dominique Païni à propos de Borinage « a presque tout inventé ».

Misère au Borinage. Les films sociaux. Henri Storck. Cinematek disponible en Blue-ray et en DVD

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