Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2005
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Miss Montigny de Miel Van Hoogenbemt

L'éclosion d'une fleur des champs

 Ceux, qui au vu du titre et des paillettes de l'affiche de Miss Montigny, s'attendent à découvrir une nouvelle comédie "podiumesque", peuvent tout de suite aller se déshabiller : Miss Montigny est aussi différent de Claude François et de ses clones qu'un colibri peut l'être d'un poulet. Et avant tout parce que cette Miss est interprétée par Sophie Quinton. Non pas qu'on n'admirerait pas Benoît Poelvoorde ou Jean-Paul Rouve (extraordinaire dans Bunker Paradise de Stefan Liberski, redisons le), mais Sophie Quinton excelle dans le registre inverse. Pas d'éclats chez elle, pas de mines travaillées, pas de gestes trop expressifs : discrète, puissante, fraîche. On avait pu déjà s'émerveiller de son rôle de petite fermière amoureuse d'un taureau dans le moyen métrage du français Gérald Hustache-Mathieu, Peau de vache, plus récemment aussi de son personnage de proie séduite et fascinée dans le film d'horreur-suspens-thriller (on ne sait toujours pas très bien) du français Gilles Marchand Qui a tué Bambi ?
Sophie Quinton Et si elle faisait une magnifique Bambi, elle fait ici une extraordinaire Miss Montigny. Sans rien d'apprêté, avec un jeu tout en finesse et retenue, elle irradie l'écran de sa simple présence, naturelle. Peu à peu, alors que la gravité et la tristesse commencent à creuser son regard, son opiniâtreté puis une mélancolique résignation se dit d'un froncement de sourcil ou d'une hésitation des épaules.
A ses côtés, Ariane Ascaride interprète un très beau personnage, une mère dont la féminité s'est peu à peu assoupie et qui rêve pour sa fille d'un avenir meilleur que son propre présent, de réussites et d'amour. Et qui l'aime, la pousse, la modèle. Elle passe ici d'un registre à l'autre, tantôt mère chaleureuse et tendre, tantôt femme douce et séduisante, tantôt mégère au bord de la folie ou femme à la dérive.
Ces deux actrices dont le jeu reste discret, à la limite de l'expressivité, le visage presque nu, offert à la caméra, forme dans Miss Montigny un duo bouleversant. Car l'air de rien, Miss Montigny est un film doux-amer qui glisse le long d'un quotidien plein de gravité et d'émotions retenues, d'événements qui pourraient sembler à peine un peu plus qu'anodins et n'en qui sont pas moins bouleversants. L'histoire de cette émancipation se tisse ici peu à peu, tout doucement, le long des hésitations, des peines et des désirs d'une toute jeune femme. Miel van Hoogenbemt   aborde ici sa première fiction après plusieurs documentaires. Si le genre lui permet "d'explorer des facettes [qu'il n'a] jamais pu aborder pour des raisons éthiques dans [ses] documentaires (travail au noir, sentiments, relations familiales…)", comme il l'explique, sa caméra est définitivement celle d'un documentariste respectueux, de l'observation et du retrait. S'il s'approche plus près des visages, l'éthique reste la même : il filme ses personnages (et n'oublions pas l'interprétation de Johan Leysen, intense par sa capacité à rendre sa présence pourtant forte presque effacée) avec pudeur et tendresse. Rien de cinglant ici, rien de désobligeant. S'éclipsant souvent, la caméra n'est jamais intrusive. Elle installe, entre elle et ce qu'elle filme, une distance respectueuse et tourne le dos à toutes formes de facilités cinématographiques, jamais verbeuse, jamais tentée par une explication facile, un symbolisme abusif ou la satire sociale.
 Grâce à ces beaux personnages et ses magnifiques acteurs, dans un décor réaliste mais jamais misérable, légèrement coloriée, avec sa lumière à l'anglaise, Miss Montigny se caractérise par une volonté de discrétion, de tendresse souvent teintée de mélancolie et surtout de modestie. Modestement, tel est sans doute le maître mot de ce film dont la démarche, la réalisation et la mise en scène doivent s'entendre dans le sens positif de ce mot, et si souvent rare dans le cinéma dit "social". 


 

 

Découvrez "Miss Montigny" en VOD sur UniversCiné.be

commentaires propulsé par Disqus