Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2008
 

Monte Hellman par Charles Tatum Jr

Monte Hellman resurgit grâce au DVD. C'est le moment de revenir sur un livre écrit par Charles Tatum Jr et édité par les Belges de Yellow Now. Consacré à un cinéaste peu connu du public, (sauf en France, of course, et on en arrive à se demander ce qu’on ferait sans elle pour nous révéler le cinéma mondial), le livre de Charles Tatum Jr, breton bruxellois, est intéressant par l’abondance de ses propos. Après avoir réalisé ses premiers films sous la férule de Roger Corman, Monte Hellman réalise deux westerns, Ride in the Whirlwind (L’Ouragan de la vengeance) et The Shooting avec un petit budget et le concours de Jack Nicholson comme producteur, interprète et scénariste de Ride in the Whirlwind. Celui-ci parcourt l’Europe « harcelant les comités de sélection festivaliers, écumant les salles de rédaction des magazines spécialisés et les officines de distribution cinématographique », ainsi que le Festival de Cannes, en vain (ces deux films viennent d’être édités en DVD par Carlotta).

En 1971, Monte Hellman réalise, pour un studio hollywoodien (Universal), Two-Lane Blacktop (Macadam à deux voies) un film que beaucoup de critiques considèrent comme le meilleur road movie du siècle dernier. Les studios hollywoodiens, après le succès inattendu du public pour Easy Rider, veulent se servir des anti-héros du film réalisé par Dennis Hopper. Cette époque, celle des années 1968-1973, est celle de la lutte contre la guerre du Vietnam, de la contestation, de la contre-culture underground, de la mise en évidence des écrivains de la Beat Generation (Jack Kerouac).

Charles Tatum Jr nous explique que ce cinéaste hors du commun, proche de la Nouvelle Vague américaine, n’était pas seulement apparenté à Rivette ou Antonioni, mais aussi à Beckett et Camus : « le mythe de Sisyphe devient décisif pour comprendre Monte Hellman, qui est définitivement classé cinéaste existentialiste ».

Revenons au génial Two-Lane Blacktop (Hellman a disposé du final cut, fait rare aux States). Sur les routes à deux voies du Sud des Etats-Unis (la célèbre route666), les personnages (deux garçons et une fille) dans une Chevrolet 1955, améliorée, boostée, sont rejoints par un quadra fanfaron et mythomane dans une rutilante Pontiac GTO. Ensemble, ils parcourent l’espace américain, en participant à des courses automobiles mais surtout en cherchant à donner un sens à leur vie.

« Hellman, en réalisant le premier road movie moderne, souligne Charles Tatum Jr, renoue avec un genre cinématographique profondément enraciné dans les mythologies américaines.
Une Love story exemplaire, sans histoire « où l’amour ne se réalise jamais ».

Hellman parle du personnage joué par Aznavour dans Tirez sur le pianiste de François Truffaut –« un type tellement préoccupé par son problème « existentiel » qu’il finit par rejeter ce à quoi il tient le plus : l’amour. »

Vous allez vous dire que les voitures trafiquées, boostées cela vous rappelle Boulevard de la mort. En effet, Quentin Tarantino, en bon néo-cinéphile, s’en est souvenu.

Two-Lane Blacktop vient d’être édité en DVD, version remastérisée, avec un commentaire de Monte Hellman, chez Carlotta, bien sûr.


Monte Hellman, par Charles Tatum Jr, Editions Yellow Now

commentaires propulsé par Disqus