Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Moodswing de Pieter Coudyzer

Une forêt menaçante. Au loin surgissent deux ronds de lumière, perdus dans l'immensité obscure de ce lieu cauchemardesque. C'est une voiture. A son bord, un père et son fils, l'air inquiet. Ils se sont égarés. Un moment d'inattention, et les voilà plantés dans le décor. Plus d'autre solution que d'aller chercher du secours. Chance : à quelques mètres de la route escamotée se trouve une sombre demeure, d'où filtre une lueur blafarde... Peut-être est-ce leur salut. Mais l'homme qui leur ouvre la porte n'est pas des plus affables... Le genre de type qui vous séquestre sans crier gare, voire vous torture parce qu'il s'ennuie. C'est qu'à part la télé, il n'y a pas grand-chose à faire dans cet endroit si désolé. Couper du bois ? Ces deux innocents feront bien l'affaire. D'abord les terroriser en feignant leur absence. Puis les ligoter au canapé, pour taire leurs jérémiades. Et la vie continue : on regarde la télé, on prépare à dîner, on engueule ce fils qui paresse du matin au soir. C'est comme un sitcom, avec les rires enregistrés et les applaudissements factices, les scènes de ménage et les amourettes juvéniles. Sauf qu'ici, la petite famille se révèle plutôt psychotique, davantage Texas Chainsaw Massacre» que Friends et Dawson's Creek...
Avec  Moodswing , Pieter Coudyzer pastiche les feuilletons télé en leur administrant une bonne dose d'horreur et d'humour noir. Si les rires fusent du petit écran que ces cinglés regardent, ce sont des rires jaunes, qui se terminent dans un râle. L'engrenage feuilletonesque déraille, l'happy end se transforme en carnage. C'est bien connu : la télé banalise la violence, fictionnalise le pire... Et les spectateurs que nous sommes n'ont plus aucun regard critique, face à l'abject. Avec Moodswing , Pieter Coudyzer montre comme il est facile de tout vulgariser, même l'inacceptable. Ce serait donc ça, la télévision. Et ça fait froid dans le dos.

 

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