Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/1999
Mots-clés : rencontre,
 

Mordbüro - Lionel Kopp

Portrait de MordburoCinergie : Le fait de passer à la réalisation après de nombreuses expériences dans des métiers "annexes" du cinéma est-il le fruit du hasard ou une progression logique ? 
Lionel Kopp : C'est l'aboutissement d'une logique. L'idée que j'avais du cinéma, c'est que si on ne connaît pas un petit peu tous ses métiers, on ne peut pas maîtriser un film. Rien que la direction d'acteurs : si tu n'a pas fait l'expérience de monter sur scène, tu n'as aucune conscience de ce que tu peux demander à tes comédiens. Même chose pour la technique. Mais en fait, j'ai réalisé que c'est en faisant son premier film qu'on prend vraiment conscience du cinéma qu'on a envie de faire. On se découvre au fur et à mesure du travail. Je pensais que j'adorerais tourner certaines scènes que je n'ai pas aimées du tout; en revanche, j'ai pris mon pied avec d'autres, là où je ne l'avais pas du tout prévu. 

C. : Comment le projet a-t-il évolué ?
L. K. : Certains travaillent de manière très carrée, à partir d'un scénario en béton qu'ils suivent à la lettre. Je respecte cette manière, mais je ne fonctionne pas du tout comme cela. J'avais envie de mélanger les genres, de traiter une situation de film noir de manière loufoque et, d'un pur point de vue cinématographique, j'avais envie d'amener mon spectateur à quelques scènes clés qui me plaisaient particulièrement. C'étaient toutes des scènes dont l'intérêt (comique) venait de leur côté absurde, décalé. Mais pour arriver à faire passer cet aspect, il y a toute une préparation du spectateur. Le défi était donc de créer l'ambiance pour que ces scènes prennent toute leur saveur mais aussi soient des scènes clés du film. J'ai travaillé en fonction de cet objectif, très vague au départ mais qui s'est précisé au fur et à mesure que le film prenait corps. Et cela a évolué même pendant le tournage. Par exemple, il y a une scène où des femmes turques courent dans un musée. Je savais que je voulais la faire mais je n'avais aucune idée de la manière dont j'allais la tourner. C'était comme un défi lancé à moi-même : savoir comment je pouvais me débrouiller avec cette situation que je trouvais désopilante : des femmes turques, vêtues et voilées de noir, qui courent dans ce lieu solennel pour déboucher dans les toilettes pour hommes. En même temps, pour préparer le spectateur à cette scène qui, en dehors de tout contexte, paraît parfaitement idiote, il y a tout un travail d'écriture et de cinéma à faire pour créer l'ambiance dans laquelle elle va prendre tout son sel.

C. : Mais en même temps que le film est ce mélange de genres, avec des scènes tragiques, comiques, absurdes, romantiques, etc., l'univers mental, lui, est d'une cohérence absolue. Dans les conditions que vous décrivez, comment maintient-on cette cohérence ?
L. K. :
Cela, c'est justement une partie importante de la responsabilité du réalisateur : avoir constamment en vue le projet dans sa globalité et faire en sorte de garder une continuité. C'est difficile à expliquer. C'est une sorte de fil rouge en fonction duquel on évite de trop accentuer les différences et on tente de tout mettre en place en fonction d'une ambiance générale, quelle que soit l'humeur du moment.

C. : Le sujet est politique, polémique et particulièrement dans l'air du temps.
L. K. :
Il est clair que c'est une dénonciation du fascisme ordinaire. On voit que l'organisation de ces petites gens qui s'associent pour faire régner la justice à leur manière tourne au milieu du film en quelque chose de monstrueux où ils s'entre-tuent tous. Le but n'était pas de faire un film à thèse, mais il y a quand même l'idée que dès qu'on met le doigt dans l'engrenage de la justice par la violence, cela finit en un jeu de massacre dément dans lequel même les chats passent l'arme à gauche.

Mordbüro, 35mm, Couleurs, 100', 1997
Réal. : Lionel Kopp. Scén. : Lionel Kopp, Patrick Lambert. Int. : Philippe Clevenot, Ornella Muti, Patrick Catalifo, Maurice Benichou, Dominique Pinon, Hervé Pierre, Hervé Briaux, Jean-Paul Dubois. Image : Ivan Kozelka. Son : Jean-Pierre Laforge, Jérôme Thiault, Olivier Dohuu. Décors : François Renaud Labarthe. Musique : Krishna Lévy. Montage : Alice Lary. Production : Les Trois Lumières Productions (F), Image Création , les Films de l'Étang (B), Vitec (Bulg.), AB Cinema (It.).

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