Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Septembre 2017
 

Muet comme une carpe de Boris Lehman

 

Les Quatre saisons de cinergie - automne 2017, "Smakelijk, Bon appétit !" 

Même dans le sérieux d'une programmation d'une séance de courts métrages on peut s'amuser à choisir des films aux titres farfelus. Pour sa séance d'automne des Quatre saisons, Cinergie a opté pour l'alimentation, végétale ou animale sans discrimination. Le critère étant que dans le titre du film il y ait le nom d'un aliment et s'il pouvait être décalé, c'est encore mieux. Nous aurons l'occasion de découvrir des réalisations aussi éloignées que la carotte et le lapin, même si on peut trouver des associations. Muet comme une carpe : les préparatifs culinaires et le rituel religieux qui accompagnent la farce du «Gefilte Fish» juif ashkénaze, Les Navets blancs empêchent de dormir : une belle excuse pour ne pas admettre ses angoisses, le Syndrome du cornichon : ici, on fait moins référence au légume qu'au sens figuré du mot et, pour finir, Tasse de thé, où le thé est l’ingrédient qu'on ne verra jamais.

 

29/09/2017 à Flagey, studio 5 à 19h30 :
Muet comme une carpe
de Boris Lehman, 1987, 38' (projeté par les soins de l'auteur avec son projecteur 16mm) - Les Navets blancs empêchent de dormir de Rachel Lang, 2011, 27' - Le Syndrome du cornichon de Géraldine Doignon, 2012, 22' et Tasse de thé de Jean-Marie Buchet, 2008, 9'30

Muet comme une carpe de Boris LehmanCe chef-d'œuvre de Boris Lehman est un poème sublime dont le montage très élaboré provoque une montée en puissance haletante où réel et spirituel se lient et qui s'achève dans une déflagration particulièrement prenante. À partir d'une idée simple, filmer la préparation de la recette de la carpe farcie, plat traditionnel des juifs ashkénazes, Boris Lehman s'aventure à retracer le trajet du poisson, de sa pêche à son ingestion par les convives du repas. Le trajet se fait fureur dans les filets, lors des saisissantes scènes du début, pour se ritualiser au fur et à mesure que le montage se concentre sur les gestes et sur les mains. La première partie est un enregistrement de la transformation de la carpe, souvent filmée en plongée dans des cadres magnifiés, de son passage d'animal vivant à matière première pour célébrer un autre passage, celui de Roch Hachana, le Nouvel an juif. L'apparition des visages se fait progressivement pour culminer dans la scène du repas, où la stylisation (ralentis, mouvements de caméra travaillés) crée un lyrisme teinté d'absurde. Le montage mêle à cette incroyable séquence, des scènes de prières et de chants dans une synagogue ou au bord d'un canal, offrant ainsi une ampleur et un souffle émouvant. Le travail sur le son est tout aussi ciselé avec une chute finale terriblement actuelle. On notera enfin le générique de début, une merveille d'animation sur la chanson Gefilte Fish évoquant avec humour la fameuse recette de la carpe farcie.

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