Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
décembre 2009

Editorial

Vidéo

Entrevue

Critique

Sortie DVD

Evénements

Publication

01/12/2009
 

Ne te retourne pas de Marina De Van

Ne te Retourne pas


Ne te retourne pas, mais va de l'avant, est un clin d'oeil à la marche de Lady Godiva (pas le chocolat bruxellois, mais la légende anglaise du XIIIe siècle). Sur son cheval, entièrement nue mais protégée par sa longue chevelure, Lady Godiva parcourt les rues de Coventry, pour que son mari allège les impôts de la population de la cité, qui, consciente de la valeur de ce geste, refuse de regarder la belle Lady. Récit d'un geste, écrit et, ensuite, peint. L'art pictural et la perspective (mais pas seulement) intéressent Marina De Van dans Ne te retourne pas. On va y revenir.
Réalisatrice, scénariste et comédienne, Marina De Van est loin d'être une inconnue pour les cinéphiles. Bien sous tous rapports, son premier court métrage, a fait sensation au Festival de Clermont-Ferrand. Son rôle de Tatiana, dans Regarde la mer de François Ozon, une routarde psychopathe (attirée par le bébé d'une Anglaise dont elle investit le domicile) est resté dans les mémoires. Scénariste de Sous les sables et 8 femmes d'Ozon, elle se lance, avec Dans ma peau, vers la réalisation d'un long métrage en nous offrant l'automutilation et l'auto-fétichisme du corps d'Esther qu'elle incarne elle-même. Comment vivre une vie, en réalité une double vie, dans ce corps à corps avec soi-même?

 

Ne te retourne pas

Avec Ne te retourne pas, son second long métrage, Marina De Van nous plonge dans le malaise de Jeanne qui, sous ses yeux, voit la réalité qui l'entoure s'estomper dans un ailleurs qui lui échappe (mari et enfants changent d'aspect, se dérobent, sa vue découvre des déplacements d'objets et de formes dans son appartement). Hallucinations ou vertiges ? Nous passons d'un monde à l'autre à travers le destin d'une femme qui bouge : Jeanne 1 (Sophie Marceau) se transforme en Jeanne 2 (Monica Belluci).

Jeanne, écrivain, essaie de se souvenir de son passé, mais n'y parvient pas. D'une grande froideur, son écriture autobiographique est coincée dans l'oubli des moments de son enfance (bien pire, semble-t-il que le refus, défendu par Gustave Flaubert, de ne jamais laisser transparaître son propre vécu.). Un coin, un aspect de sa vie, manque à Jeanne (peut-être n'est-il pas anodin de signaler que Marina De Van a été victime, à huit ans, d'un accident de voiture, in Positif, 502). Ce manque, cette absence, la mise en scène de Marina de Van va nous la montrer intelligemment, obligeant Jeanne à expérimenter son passé enfoui et obligeant le spectateur à le deviner. Jeanne 1 et Jeanne 2, à travers le miroir (convexe et donc déformant, ou au contraire simplement l'autre dans la vitre du train) se cherchent.

Le grand intérêt du film de Marina De Van est de s'intéresser davantage à ses personnages féminins (Sophie Marceau et Monica Belluci, épatantes), à leur intimité, à leur peau, à leur trouble qu'aux personnages masculins. Le regard que porte Jeanne sur eux les rend plutôt fades, parce que figés dans leur rôle social et peu curieux de découvrir un monde, hors de la ratio du temps, qui ne semble pas les intéresser.

La peinture et la perspective, on y revient. On les retrouve dans les déformations que la réalisatrice opère sur la profondeur de champ (images doublées par l'aplat d'images de la petite DV-Cam du mari), les proportions des personnages se dédoublant, Marina De Van cadre en élaborant, avec soin, le regard déformé de Jeanne avec des scènes belles et rares où elle nous emmène vers l'intimité de son personnage. Regard halluciné d'une vision qui se transforme du présent au passé ou du réel à l'imaginaire ? Aux hallucinantes séquences parisiennes, succède un regard qui se réajuste lors de l'épisode qui se déroule en Italie. Retour à la camera obscura de Leonardo da Vinci et d'Alberti.

Ne te retourne pas est un film malicieux et brûlant sur le regard des femmes, différent de celui des hommes, si proche, mais si loin. Les femmes observent leur monde à travers un regard plus fluide que celui des hommes qui préfèrent les prouesses de la logistique.

Ne te retourne pas, Marina De Van, édité par Cinéart, diffusion Twin Pics.

commentaires propulsé par Disqus