Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
09/02/2010
 

Non ma fille, tu n'iras pas danser de Christophe Honoré

Après son film superbe La Belle Personne, inspiré de La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, Christophe Honoré se lance avec Non ma fille, tu n'iras pas danser dans la réunion de famille genre L'heure d'été d'Olivier Assayas et le conte de Noël d'Arnaud Desplechin… sauf que Christophe Honoré centre son film sur Laura « Chiara Mastroiani », un personnage borderline, à la Cassavetes (Une femme sous influence).

Non ma fille tu n'iras pas danser

Les premières minutes du film nous font découvrir la relation fusionnelle de Laura avec ses deux enfants (garçons et filles) qui se précipitent dans un train (angoisse du départ imminent) à la gare de Paris Montparnasse en direction de la Bretagne.


Laura, impulsive, a quitté son boulot et envoyé promener son mari ailleurs. Elle vit la déprime en prime et doit affronter le chaos familial (Famille, je vous hais) : Frédérique (Marina Foïs) sa sœur enceinte, la préférée des parents (gifle inoubliable comme une mélodie du passé toujours présente pour Laura), une mère catholique Bretonne (époustouflante Marie-Christine Barrault), un père proche de la mort (une superbe scène d'amour physique entre ces deux cinquantenaires). Laura est étouffée par les normes et les codes que lui impose sa famille, mais surtout celles qu'elle s'impose à elle-même en se comportant comme victime.

Non ma fille, tu n'iras pas danser démarre avec une mise en scène virevoltante et chorale pendant les trente premières minutes. Christophe Honoré poursuit ses pirouettes de séquences rythmées dans un tempo rapide. Nous sommes entre le charme de l'enfance (avide de connaître la vie), l'âge ingrat (autour de personnages perdus dans le monde des adultes), et celui des parents (proches d'une fin de cycle de la vie). Superbe scène où Augustine, la fille de Laura, dit à ses grands-parents : « Vous êtes des Cathares - Quoi ? -Vous êtes toujours innocents et toujours purs, alors on va vous tuer ».

Soudain, le film bascule, change son parcours choral en se centrant sur Laura, via l'histoire celtique de Katell Gollet, une perverse jeune femme qui décide de ne prendre pour époux qu'un homme qui la fera danser du soir au matin. Quelques jeunes hommes s'y essaient, dansent et meurent brusquement effondrés (et pas du tout épuisés) à la suite d'on ne sait quelle sorcellerie. Devant des habitants déconcertés par cette fatalité, le diable emmène Kattell danser jusqu'à ce qu'elle meure. Cette longue séquence de dix minutes, silencieuse mais musicale, est dansée par des personnages en costumes bretons. Laura est-elle une nouvelle Kattell ? Non, ma fille, tu n'iras pas danser ? Laura est-elle prisonnière d'un destin qui lui échappe ? De retour à Paris, va t-elle se libérer du cordon ombilical et des chaînes familiales ? On ne va pas vous raconter la suite...

Signalons la prouesse de Chiara Mastroiani dans le rôle de cette révoltée, ne sachant jamais sur quel pied danser.

Depuis un moment, on se doute bien que la nouvelle génération de cinéastes français tourne autour d’Arnaud Desplechin, Bruno Podalydès, Abdellatif Kechiche, et Christophe Honoré. Non, ma fille, tu n'iras pas danser, ce très beau film, nous le confirme.

Non ma fille, tu n'iras pas danser de Christophe Honoré, édité par les films de l'Elysée et diffusé par Mélimédias.

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