Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2004
Mots-clés : rencontre,
 

Nous sommes été à Douarnenez, en cinéma

Chaque année à la fin du mois d'août, et ce depuis vingt six ans, le petit port de Douarnenez, spécialisé entre autres dans la pêche à la sardine, vit à l'heure d'un festival de cinéma, ce qui fait dire à ses habitants que «  les arts dînent en film » c'est bon !
Cette année la thématique choisie par les organisateurs de cette manifestation portait sur les cinémas de Belgique avec ce titre sans ambiguïté : Les Belgiques. Un souci, de rendre compte des singularités des cinéastes belges, présidait une sélection qui voyageait dans le passé autant que dans le présent, interrogeant avec beaucoup d'intelligence les limites entre communautés linguistiques et régions culturelles, pour nous donner en final des images pertinentes d'une aventure cinématographique s'organisant autour de deux  grands axes : un cinéma social engagé et un cinéma de l'imaginaire tout pétri de surréalisme.
Pour rendre plus subtile une sélection déjà toute en finesse, les organisateurs avaient jugé bon d'inviter non seulement les cinéastes belges dont les films étaient présentés mais également des artistes belges qui participaient à des expositions réunissant photos et arts plastiques, des concerts, des conférences, des ateliers et des rencontres débats. Enfin pour ne rien laisser au hasard une librairie bien achalandée permettait à qui le voulait de pénétrer les arcanes des mystères littéraires et institutionnels belges. Des efforts -faut-il en être surpris ? - soutenus par le GGRI dont on pouvait remarquer la présence de Philippe Suinen, son directeur général, ainsi que d'Anne Lenoir et d'Emmanuelle Lambert.


Ce qui en d'autres lieux, en d'autres festivals est souvent agréable, fut dans le cas de Douarnenez tout simplement passionnant. D'abord, et ici il faut saluer le travail de longue haleine des organisateurs, il y eut un monde, mais un monde fou aux projections, qui comme le public étaient de qualité. Dès dix heures du matin les deux cinémas de la place étaient envahis, on se bousculait pour voir les films de Robbe De Hert, de Claudio Pazienza, de Karine de Villers et de Philippe Simon et on s'émerveillait des rêves animés de Raoul Servais, on découvrait l'oeuvre de Franz Buyens ou de Paul Meyer et on décortiquait les documentaires de Patrick Jean ou de Richard Olivier en les comparant avec ceux de Luc De Heusch ou d'Henri Storck, on faisait la file aux brûlots gloupitants de Noël Godin ou au film de Marcel Mariën et on jubilait des dérives utopiques de Yaël André et d'Eric Pauwels. Bref à tout heure du jour ou de la nuit les salles vivaient d'un intérêt permanent et enthousiaste.
Ensuite, et ici il faut rendre hommage au goût du risque des organisateurs, il y eu de superbes rencontres,

celle autour du fritisme de Yves Le Manach, auteur bien connu des artichauts de Bruxelles, celle consacrée au surréalisme belge qui vit André Stas de la Stas Academy expliquer dans les locaux de la Mairie et devant une assemblée toute ouïe les différences culturelles entre les surréalisme belge et français à partir de l'usage du papier-cul made in France et des toilettes à pédales, celle du concert d'Odieu qui fut un formidable grand moment musical de dérapages contrôlés et celle organisée autour du thème : une Belgique, des Belgiques, plus de Belgique et qui fit preuve d'une connaissance arithmétique particulièrement loufoque. Sans cesse pétillaient cette dérision et cet humour iconoclastes si apparentés à nos belgitudes multiples et qui très souvent trouvaient plus qu'un écho auprès d'un public breton tout autant que rétif au bon goût et aux convenances.
Enfin, et ici il faut applaudir le souci des organisateurs de rassembler les gens en un incroyable mélange qui et, une fois n'est pas coutume, dépassa les frontières et les sinistres identités nationales. Loin de cette blessure communautaire belge qui pèse comme une amputation, cinéastes, artistes, public et organisateurs se retrouvèrent en liesse, dans ce seul plaisir des métissages aventureux et des unions chaleureuses qui réinventent chaque jour les charmes toniques des projets collectifs.
Douarnenez, au-delà d'un hommage aux cinéastes de Belgique fut avant tout un instant pris en commun où diversité et différence se conjuguèrent harmonieusement en une communauté où il faisait bon vivre.Bruno Bové, également présent au festival, rapporte un fait qui a son importance dans le paysage cinématographique belge, dans les termes suivants : A Douarnenez, le cinéaste vétéran Paul Meyer, dont également "Klinkaart" (1955) a été montré, a introduit son "Déjà s'envole la fleur maigre" (1960) de la façon suivante: "Jamais de ma vie j'ai vu un tel festival et un public aussi curieux et ouvert. Et quelle chance inouïe - impossible en Belgique - de se rencontrer entre cinéastes flamands et francophones. Aussi bien les
jeunes que les anciens!" En effet, pour quand une telle initiative en Belgique?

Pour la liste des films programmés à Douarnenez 2004, voir www.kerys.com/festival

Photos ci-après : © Bruno Bové


Place Frans Buyens


Les organisateurs Caroline Troin et Erwan Moalic

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