Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juin 2008

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05/06/2008
 

Nuit noire d’Olivier Smolders

La part de l’ombre

nuit noire

Naissance et mort, opacité de la métamorphose, lieu intime de l’entre-deux où s’hybrident les monstres de l’enfance sous les rayons obliques d’un soleil noir, invitation souterraine à voir la nuit en pleine lumière, théâtre et exorcisme d’un paradis perdu à la beauté de cauchemar, Nuit noire d’Olivier Smolders vient de paraître en DVD. Pour qui n’a pas encore été séduit par sa poésie vénéneuse et son écriture hypnotique, l’occasion est belle de découvrir un film singulier et troublant qu’il est difficile d’oublier.
Ce premier long métrage de fiction semble naître d’une nécessité secrète et bouleversante qui joue de cette part d’ombre que chacun porte en lui comme la mémoire d’une perte, la blessure d‘un temps révolu, sans doute celui de l‘enfance. C’est l’histoire d’un homme qui voit ses démons intérieurs s’incarner en une série de situations mystérieuses qu’il tente d’élucider.

Rébus kaléidoscopique aux solutions sans cesse reportées, Nuit noire est d’abord un art de la métaphore à l’esthétique glacée, au maniérisme sournois qui rend perceptible l‘invisible d‘une émotion, l‘inhumaine cruauté d‘une douleur trop grande. Olivier Smolders invente une écriture de l’indicible, et s’il est question ici de convoquer les fantômes de ces angoisses nocturnes, il réussit à nous rendre comme palpable, comme partie de notre peau, cet écorchement de l’âme dont Nuit noire n’est que le tableau jamais terminé, l’acte d’amour sans cesse répété qui repousse la nuit comme vient le jour.  C’est l’histoire d’un monde livré aux ténèbres où se croisent, en un ballet fragmenté, les curiosités hétéroclites d’un passé colonial, les beautés entomologiques de chrysalides improbables, les gémellités artificielles de doubles malsains en proie aux violences de ce qui n‘a pas encore de nom. C’est enfin un voyage au pays de la peur où les membres épars et sanglants d’une fillette devenue sourde à l’appel du loup reprennent vie sous d’autres formes pour hanter une absence de soleil.

Dessein herméneutique aux couleurs surréelles, aux rendus si précis qu’ils en viennent à troubler l’œil, le cinéma d’Olivier Smolders appelle l’abandon volontaire, un dépouillement progressif du regard pour faire surgir des éclats de ses récits le miroir narratif qui nous réfléchira.

Aussi sont importants, pareils à de nouveaux morceaux de ce miroir brisé, les bonus qui accompagnent ce DVD. Écrits, travaillés, fignolés à l’instar de Nuit noire, les deux court métrages Exercices spirituels et À propos de Nuit noire viennent comme documenter les ombres du film, proposant des liens entre elles et les autres films d’Olivier Smolders, éclairant sa conception du cinéma, déjouant les pièges d’une explication trop facile.

Un DVD qui nous fait pénétrer plus intensément le monde d’Olivier Smolders et qui s’impose par les qualités de sa réalisation. À voir.

Nuit noire d'Olivier Smolders, Edition: Imagine, diffusion: Mélimedias

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