Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/1999
Mots-clés : événement,
 

Oh ce court !

La petite Charlotte retrouve sa gourmette sous la table : de la grand-mère aux cousines, la famille s'est réunie. Les grands parlent tous en même temps, on chante maman, ça sent le dimanche et les retrouvailles davantage que la Toussaint, et en attendant le gâteau, on envoie les fillettes jouer dans la cuisine où les esprits, pourtant, pourraient se réveiller... On a triché, quelqu'un a poussé le verre, Charlotte ne croit pas plus au spiritisme qu'au murmure de dents de lait qui, dans l'obscurité, prétend qu'elle a été adoptée. Même lointaine, presque absorbée dans le trouble bruit de fond des adultes, sa maman reste la plus gentille du monde entier, et s'appelle bien Carine. Même s'il faut pour s'en assurer se dessiner sur la pommette la même tache de beauté. Les enfants sont magistrales, et la délicatesse et la justesse du regard de Lien Willaert valait bien à sa Charlotje le Grand Prix du festival... Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
Les affiches étaient à peine visibles mais le traditionnel bouche à oreille a de beaux restes : ce 4 mai dernier, une petite salle chaudement remplie pouvait déclarer ouvert le festival du court métrage Oh, ce court ! Une première édition, ou presque : quelques uns peut-être se souviennent d'un certain festival Climax, oeuvre sympathique de quelques étudiants. C'était il y a un an, aujourd'hui les études sont finies et rejoints par quelques autres, les amis se sont constitués en une asbl au doux nom d' Un Soir... Un Grain. Il était bien sûr convenu que le premier projet serait d'organiser un nouveau festival baptisé, ou rebaptisé, Oh, ce court ! Avec Marion Hansël dans le rôle de la merveilleuse marraine, et dans le décor intimiste des caves du Botanique, le charme était à nouveau au rendez-vous...
Trouvant en Benoît Mariage et en Jaco Van Dormael deux récidivistes joyeusement incurables, le jury accueillait le producteur Alain Keytsman et un Jean Van Hamme qu'il est devenu idiot de présenter. Et tandis que je me perdais dans les yeux félins de la toute sensuelle comédienne Sandrine Laroche, le talentueux réalisateur Vincent Lannoo complétait le tableau : il y a quelques mois, au Festival International du Film de Bruxelles, son court métrage J'adore le cinéma raflait à la fois l'Iris d'Or de la compétition nationale et l'Etoile de Cristal de la compétition européenne. Cela dit, qu'apportent concrètement ces récompenses ? Ce joli petit monde n'était pas taillé pour la pantoufle et se prêta dans la bonne humeur au jeu des débats proposés chaque soir à la suite des projections. Ici, la question de l'avenir voire de l'utilité de ces " petits films " était tout à fait déplacée...
Donc, la tendresse de Charlotje avait frappé les esprits : après le Prix de la première oeuvre et le sous-titrage offert par LTI, la jeune réalisatrice était rappelée pour le Grand Prix : deux billets City Bird pour la Floride, avec à la clé une participation au festival de Miami.
De la même manière, un autre film flamand avait mis tout le monde d'accord : pas toutes attendues, des images d'archives illustrent les bégaiements frustrés d'un adolescent rêvant de s'appeler Bond, James Bond, John Lenon ou Mohamed Ali. Ou d'hurler son nom à l'océan déchaîné : " ik ben Patrick ", parvient-il enfin à dire, dans les bras d'un amour débutant sur un slow des Scorpions ! Ni drôle ni moqueur, le faux kitsch flandrien de Erik Lamers remportait les suffrages d'un public jeune en tout cas d'esprit, qui pourra donc revoir To speak durant une semaine sur les écrans de l'Actor's Studio. Une minute plus tard, le Prix du jury lui valait un autre sous-titrage LTI...
Enfin, un Prix du meilleur scénario - 20.000 balles de la SACD ! - récompensait Le Film dont vous êtes le héros, le joyeux délire de Pascal Rocteur déjà remarqué à Média 10/10 en novembre, et dont nous vous parlions alors. Voilà. Ne restait qu'à aller danser jusqu'aux petites heures (Sandriiine !) et à souhaiter aux heureux élus une carrière aussi belle que celle du lauréat de Climax, Le Bouton rouge de Marcus Picron, projeté aujourd'hui dans nos salles, avant les séances de Lola Rent, le film techno de l'Allemand Tom Tykwer. Une autre histoire appelée à recommencer.

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