Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/2002
Mots-clés : rencontre,
 

Oh ce court !

Aux commandes du festival du court métrage de Bruxelles « Oh ce court» se trouve l'asbl « Un Soir un grain », jeune et dynamique, mais encore trop peu connue. Pour en savoir davantage sur eux et sur la philosophie qui sous-tend leur action autour du court-métrage, nous sommes allés à la rencontre de deux de ses principaux animateurs, Pascal Hologne et Céline Masset.. Moteur et...Action !

logo de l'asbl un soir un grain Céline : Nous avons fondé l'association à notre sortie de l'Elicit, cette section de la faculté de philosophie et lettres de l'ULB où l'on se consacre à l'analyse et l'écriture de scénario. On avait déjà organisé un festival dans le cadre de nos études et on avait envie de poursuivre l'expérience. Il nous fallait une structure et l'asbl est partie de là. Nous avons gardé cette sensibilité au scénario puisque notre compétition inclut un prix dans ce domaine. Nous organisons même cette année, dans le cadre du festival, un concours d'écriture de scénario, avec un jury indépendant.

Cinergie : Pourquoi un festival de court métrages à Bruxelles?
Céline :
D'autres festivals bruxellois montrent du court métrage, mais il n'en existait pas un qui lui soit consacré spécifiquement. Nous pensons que le court le mérite bien.
Pascal : Le marché du court à Bruxelles n'est pas saturé, même avec les sections courts métrages des autres festivals. La preuve, c'est que, l'année dernière, nous avons du refuser du monde à plusieurs séances, faute de place. Un des problèmes du court-métrage, c'est justement son manque de diffusion. On pourrait d'ailleurs le montrer autrement : dans les salles, en avant programme des « grands » films par exemple. Ou bien sous forme de compilations spécifiques que le public irait voir comme un long métrage. Cela commence à se faire à l'étranger, en France notamment. Pourquoi pas chez nous ?


Cinergie : Ce qui vous caractérise, c'est l'envie de montrer du court métrage dans un cadre convivial?
Pascal : Le lien particulier qui nous attache à notre public est très important. L'avantage d'un festival, c'est, bien sûr, de voir des films que l'on n'a pas souvent l'occasion de voir ailleurs, mais c'est aussi de rencontrer des gens de milieux et de cultures très différents. Pour cela, nous ne voulons pas faire de différence entre nos festivaliers, qu'ils soient organisateurs, invités, jurés ou simples spectateurs. Tout le monde s'assied aux mêmes places, boit un verre au même bar, et une fois les spectateurs sortis de la salle nous essayons vraiment que la fête continue et que les rencontres puissent se faire. Cela demande parfois un effort particulier d'organisation, mais je crois que le public apprécie et nous le rend bien.affiche festival oh ce court 2002

Cinergie : Justement, cette année, le festival a pris de l'ampleur. Vous passez de cinq à neuf jours de projection, et vous investissez, outre le Vendôme, le Petit Théâtre Mercelis pour rediffuser les séances de la compétition.
Pascal : Nous avons appelé le public il y a quatre ans. Aujourd'hui, il répond, et manifeste l'envie de voir nos films. C'était important de suivre cette demande. Et donc de programmer plus de séances, dans plus d'endroits, avec plus de films. Aussi de poursuivre les séances de décentralisation que nous organisons à Liège, à Mons et à Louvain La Neuve.

Cinergie : Au centre de ce festival, une compétition. Pourquoi ?
Pascal : C'est un jeu qui met un peu de piment dans la programmation.

Céline : C'est aussi l'occasion d'offrir quelques bonus, quelques incitants aux réalisateurs, aux comédiens ou aux techniciens des films que nous programmons et qui sont primés. Et pour les autres, nous pensons qu'une compétition, avec son côté suspense, accroît la visibilité des films. Finalement, tout le monde y gagne.

Cinergie : C'est une compétition internationale où les films français sont presque aussi nombreux que les films belges. Cela indique des liens particuliers avec le France ?
Pascal : Le cinéma belge (francophone) est naturellement partenaire du cinéma français. Mais la raison pour laquelle il y a une très grande majorité de films français et belges dans notre programmation est essentiellement financière. Nous avons vocation à nous ouvrir au reste du monde, et nous programmons d'ailleurs des films non francophones, mais cela veut dire plus de frais : pour le transport des copies, pour inviter les réalisateurs, et aussi des frais de sous-titrage. Cette année, nous menons une expérience avec les élèves de l'Institut Marie Haps sur base de huit films sous-titrés en direct. On en tirera les leçons pour les prochaines éditions.

 Cinergie : Quels sont vos critères de sélection ?
Céline : Il faut que le film soit court (moins de 30'), récent (terminé après le 1er janvier 2001), en pellicule 16 ou 35 mm (nous ne projetons pas de films en vidéo) et que ce soit une fiction (nous n'avons pas voulu mélanger les genres en introduisant des films d'animation ou des documentaires par exemple). Pour le reste, il y a un comité de cinq sélectionneurs et on mélange des productions de tous genres qui vont du film d'école à la production professionnelle de réalisateurs confirmés, au budget conséquent.

Cinergie : Vous proposez aussi au spectateur des séances thématiques ?
Pascal : En fait, ce que nous proposons au spectateur du Vendôme, c'est d'assister à une soirée complète : une tranche de la compétition, une pause qui favorise les rencontres, et une séance autour d'un thème. Par ailleurs, nous avons développé cette année des séances scolaires en partenariat avec la ville de Bruxelles et la commune d'Ixelles, qui se sont déroulées en journée.

Cinergie : Pourquoi cet intérêt particulier pour le court métrage ?
Pascal : Parce que, contrairement au stéréotype dans lequel on le cantonne souvent, le monde du court métrage est varié et plein d'intérêt. Il y a généralement plus d'expérimentation dans le court que dans le long. Il y a moins d'impératifs économiques qui imposent de mesurer les risques. De même, les réalisateurs s'y cantonnent moins souvent dans un genre immédiatement identifiable. Tout cela fait qu'on a plus de liberté pour y raconter des histoires.

Cinergie : Et le court, antichambre du long métrage ?
Pascal : C'est un autre cliché à relativiser. S'il est vrai que de nombreux courts sont faits parce que le producteur X demande au réalisateur Y de faire ses preuves avant de lui confier la direction d'un long, il est tout aussi vrai que beaucoup voient le jour simplement de l'envie du réalisateur de raconter une histoire en quinze minutes. Il y en a même qui font le choix de faire leur carrière dans le court métrage, parce qu'ils se sentent bien dans ce format, ou qu'ils expérimentent différentes techniques qu'ils ne pourraient pas développer dans le long métrage.
Si de nombreux réalisateurs de courts finissent par passer au long un jour ou l'autre, c'est que, comme tout être humain, ils ont besoin d'une reconnaissance de leur travail, artistique mais aussi financière, que le court ne peut pas leur apporter dans ses structures de diffusion actuelles. Pourtant, il y a un traitement de l'histoire très différent et des techniques spécifiques au court métrage. C'est bel et bien un genre à part.

commentaires propulsé par Disqus