Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
15/01/2001
Mots-clés : rencontre,
 

Olivier Masset-Depasse

 Tout pour plaire à Olivier Masset-Depasse qui, dans Chambre froide, son dernier film, nous joue le thème (dans toutes ses variations) de l'amour-haine entre une mère et sa fille (l'un est-il vraiment inséparable de l'autre dans le sado-masochisme des sentiments ?) Un affrontement que Claire Blistin et Anne Coesens (l'inoubliable Cécile de Pure fiction) portent à leur paroxysme. " Mon défi dans le cinéma est de faire du film d'action psychologique, basé sur la profondeur des sentiments, leur violence, nous explique le réalisateur, avec une voix de baryton, de mettre en exergue qu'à l'époque de la communication, les gens ne se parlent plus. Le conflit, comme la lutte, fait avancer les choses. De plus, il sont à la base de la dramaturgie. C'est là-dessus qu'on essaie de travailler, mon scénariste Pierre Penneman et moi. On est très complémentaires et c'est ce qui fait qu'on arrive à un juste équilibre. "
Olivier Masset-Depasse débarque de Paris, où il réside, avec ce long manteau de cuir brun qui jamais ne le quitte et lui donne le look d'un personnage du pré-générique d'Il était une fois dans l'ouest. Derrière le masque attentif de son visage, on devine une étincelle ardente partagée entre intellect et excentricité. Né à Charleroi, Olivier est atteint du syndrome de l'image dès l'âge de sept ans. Grand admirateur de Franquin (de Spirou et Fantasio aux Idées noires), il dessine sans relâche, s'en lasse, passe à l'écriture, au récit, ce qui l'amène au cinéma qu'il découvre comme étant la synthèse du dessin, de l'écriture et de la musique contemporaine. A dix-sept ans, il réalise une vidéo pour laquelle il obtient de nombreux prix.
Ses films préférés de l'époque sont les films noirs, avec une prédilection pour Clouzot, ces huis-clos diaboliques où le réalisateur du Salaire de la peur dissèque, tel un entomologiste, le comportement des êtres humains. Après avoir accompli un service militaire chez les chasseurs ardennais (on le voit pourtant mal frémissant sur un champ de bataille, avec des Japonais dans les arbres, comme Errol Flynn dans Operation Burma), il devient un anti-militariste convaincu et heureux possesseur d'un béret vert.
Il suit les cours de l'Université Européenne d'écriture, qui lui permettent d'expérimenter différents genres et formes : scénarios, roman, nouvelles et de compositions musicales qu'il enfouit aussitôt dans une malle avec l'idée que l'on ne crée rien d'intéressant avant trente-cinq ans. Entré à l'IAD au milieu des années nonante, il y réalise trois films : Partage fantôme (1995), Entrepôt D (1996) et Le palier (1996), dont il refuse de parler sinon pour nous dire que ces films lui ont appris à travailler la fiction et ajouter que " ce sont des essais de laboratoire ". Puis il y a Kosmos, un film de 13' dans lequel un mec qui n'atteint pas le mètre vingt, rejeté par sa famille, se trouve au centre de conflits qui le dépassent dans une atmosphère proche, selon votre serviteur, de celle des films de Kusturica. Ce qui l'étonne.
Son maître - si maître il y a - serait plutôt Ingmar Bergman (Persona, Le Silence), sinon ses réalisateurs américains préférés sont Mankiewicz ou Kazan : " c'est le mec qui fouille les relations humaines même si parfois il pèche par théâtralité " Puis, après un silence, songeur : " Les meilleurs réalisateurs sont ceux dont la mise en scène ne se voit pas. Je suis très fier lorsqu'on dit de Chambre froide, dans les festivals, que c'est un film réaliste alors que les arrière-plans sont mauves. Ça veut dire que la mise en scène ne se voit pas ou qu'elle ne se voit que lorsqu'on n'analyse le film après coup. " On évoque Cassavetes qui fascine beaucoup de jeunes cinéastes : " Rien n'était improvisé, précisément à cause du travail caméra à l'épaule, tout était répété auparavant. Je suis pour l'accident, pas pour l'improvisation (improviser, c'est venir de nulle part, c'est vite une impasse). Bien qu'il y ait dans un film d'autres éléments tout aussi importants, j'aime les acteurs, c'est la chair du film. Pour Chambre froide, on a beaucoup répété deux mois avant de tourner. L'accident, on le provoque pendant le tournage. "
Ses projets sont simples, " Un autre court métrage où j'espère, si on m'en laisse la possibilité passer du drame à la tragédie ; si Chambre froide était traité ton sur ton celui-ci le sera avec le contrepoint " et un long métrage dont il commence l'écriture.
Sélectionné au Festival du Film de Bruxelles, Chambre froide sera projeté le 20 janvier au Klada et vient d'être sélectionné au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand.

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