Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
10/05/2010
Mots-clés : théorie du cinéma,
 

On ne m'a pas dit d'aimer le cinéma, Jacques Fieschi

On ne m’a pas dit d'aimer le cinéma

On ne m'a pas dit d'aimer le cinémaLa série « Côté cinéma/morceaux choisis » chez Yellow Now nous enchante autant que la collection « Côté films ». Dirigée par Dominique Païni, la collection nous a offert  Du premier cri au dernier râle d'André S. Labarthe, Godin par Godin de Noël Godin ou encore Le blanc des originesd'Alain Philippon.

Jacques Fieschi, critique de cinéma, a dirigé la revue Cinématographe de 1970 à 1983 (avec Philippe Carcassonne) avant de devenir le scénariste de films de Maurice Pialat, Olivier Assayas, Claude Sautet, Benoît Jacquot et Anne Fontaine.

Né en Algérie (comme le binôme Jean Narboni et Jean-Louis Comelli, rédacteurs en chef des Cahiers du Cinéma de 1966 à 1971), Fieschi a vécu sa jeunesse à Oran, en voyant, dans des soirées « où l'on vivait à l'heure espagnole », des films jusqu'à la dernière séance. Années 50-60, une époque où le cinéma, cet art du regard, vivait sa maturité, avant les cent ans de son histoire. Un temps où l'innocence des débuts a fini par se perdre, entraînée dans le bac des images.

Le livre de Jacques Fieschi, via Greta Garbo, Jean Renoir, Luchino Visconti, Jean Gabin, etc. dessine un autoportrait de son auteur dans ce style alerte qui allait le mener ensuite au scénario, puis à la réalisation de La Californie, son premier film, en 2006. Autoportrait que les visages de Chaplin, Sacha Guitry, Marguerite Duras (ou sous forme de masque chez d'Orson Welles) rendent imparables. Pas seulement par la présence face à la caméra, mais aussi par le son d'une voix inoubliable que ce soit chez Marguerite Duras ou chez, le cabotin génial, qu'est Sacha Guitry.

Garbo, icône du muet, reine d'un rituel religieux au lent cérémonial axé sur son visage, a-t-elle un corps asexué ? Pas vraiment, nous écrit Fieschi… et de nous citer les baisers dont elle couvre le visage de Robert Taylor dans Camille (le roman de Marguerite Gautier) de Georges Cukor. D'ailleurs, comment se fait-il que dans Rue sans joie de Pabst, le spectateur puisse découvrir ses seins juvéniles lors d'une rixe où elle échappe de peu à un viol ? Le star-system hollywoodien ou son incapacité à jouer des rôles moins iconiques, autrement dit à être plus acidulé, comme l'humour de Marlène Dietrich « qui ambule d'une pose appuyée à une autre, avec comme support l'image de marque de sa démarche ». En somme, être canaille ou être une icône. « Garbo, continue Fieschi, paraît toujours comme sidérée par la médiocrité ambiante. Alors, les sourcils se froncent, se surélèvent dans un étonnement proche du dégoût ». Une princesse ? Non, une reine.

« Hitchcock est l'un des plus grands inventeurs de formes de toute l'histoire du cinéma », concluent Rohmer et Chabrol dans le livre qu'ils lui ont consacré et qui s'arrête avec Le Faux coupable. Et après ? Les derniers films du maestro sont, ainsi que l'évoque Truffaut, dans la postface de son livre, des « grands films malades » (Marnie, Frenzy, Topaz, Family Plot).Après les livres de Douchet ou de Žižek, que nous dit Fieschi ? « Ce qui s'est perdu peut-être avec Hitchcock, c'est autant que son génie unique, la capacité du grand cinéma de spectacle à transporter une pareille densité symbolique. Aujourd'hui, la séparation semble radicale : d'un côté les œuvres ambitieuses, à « substance », de l'autre le pilonnage du divertissement ».

Cinéaste des femmes – tel Bergman, Antonioni, Cukor – Max Ophuls est l'objet de quelques pages qui ne se bornent pas à nous rappeler Madame de et Lola Montes, ses deux chefs-d'œuvre. Dès Libelei, nous découvrons le désir juvénile d'un jeune officier pour Christine (interprétée par Magda Schneider, la mère de Romy). Celle-ci ne cesse de revivre une enfance qu'elle ne veut pas quitter. « C'est de cette ingénue que le drame va s'emparer, et le film raconte le suicide d'une enfant. Face aux allures affranchies de son amie (Luise Ullrich), qui passe la nuit chez son amant et barbouille sensuellement sa bouche de confiture, Christine se meut avec une gaucherie encore impubère ».

On est proche de Lettre d'une inconnue dans lequel Joan Fontaine veut, toute sa vie, revisiter le lieu de son enfance.

On ne m'a pas dit d'aimer le cinéma, Jacques Fieschi, éd. Yellow Now, coll. Côté cinéma/Morceaux choisis.

commentaires propulsé par Disqus