Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Ongles Rouges de Valérie Vanhoutvinck

Des Visages et des sourires

Ongles rouges, découvert au festival Millenium, ce film sera bientôt en salles. Inspirée par les ateliers qu'elle anime en prison depuis de nombreuses années, Valérie Vanhoutvinck a accompagné six femmes incarcérées. Dans ces moments d'échanges et de partage, elles ont élaboré ensemble une réflexion sur le corps, les gestes et le visage. Marquée par la confiance et les liens indéfectibles qui se sont créés lors de ces rencontres, la réalisatrice leur a proposé de prolonger l'expérience à travers un film. Ongles Rouges est le résultat de ce processus guidé par la pudeur, le respect et la joie de vivre.

ongles rougesDes ongles vernis battant un tambour ouvrent ce film d'atelier lumineux et délicat. Depuis la mer du Nord, la cinéaste écrit à ces femmes avec qui elle a tant partagé : Laetitia, Laura, Léocadie, Loredana, Marie-Ellen et Stella. Le film sera rythmé par ces échanges épistolaires, manière de se donner des nouvelles et de garder ce contact si intense. Lorsque le film commence, Loredana, enjouée et enthousiaste, est sortie de prison. Le film fera le lien entre celle, déjà dehors, et celles encore dedans : conversation et retrouvailles recomposées par un montage qui semble abolir les distances.

Disposant de très peu de temps pour filmer et dialoguer avec ces femmes prisonnières, Valérie Vanhoutvinck a mis en place un dispositif simple et pertinent : devant un fond noir, seules ou en duo avec leur compagne de cellule, les protagonistes se livrent et parlent de leur corps et de leurs gestes dans cet univers enfermé. Elles se racontent et se livrent à travers le récit de leurs cicatrices, de leurs tatouages, de leurs piercing ou de leurs cheveux. Le corps devient lieu de mémoire et d'histoire(s). Grâce à la confiance et aux possibilités d'expression développées lors des ateliers créatifs, ces portraits se révèlent ludiques et complexes. La franchise des mots émergent de poèmes-slam où se jouent la définition et l'affirmation de soi ; l'humour surgit des incroyables séquences d'autoportraits dessinés à l'aveugle.

ongles rougesLe corps, au-delà des stigmates et des marques qui contribuent à définir ces femmes, est aussi l'expression d'une gestuelle. La cinéaste interroge l'importance des gestes effectués en prison pour maintenir un équilibre et une certaine résilience. Le travail effectué dans l'atelier de couture, par l'ensemble des gestes qu'il exige, devient un lieu d'apprentissage et de solidarité. Les scènes de miroir, essentielles, constituent des moments de dialogues avec soi, mais aussi de révélation des visages. Le visage, à l'instar du corps, est un réceptacle des coups ou des cadeaux reçus par la vie. Il est surtout le lieu de rencontre avec l'autre. Les différentes scènes où les femmes discutent avec leur co-détenue sont, à ce titre, magnifiques.

Le matériau filmique est enrichi par la présence de « cartons » inspirés par les paroles des femmes et où se disent les manques, les désirs, les envies au quotidien, sans pathos ni mièvrerie. Refusant d'aborder les raisons de leur incarcération, la réalisatrice offre un portrait collectif singulier, loin des idées reçues, et très enthousiasmant.

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