Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2004
01/02/2004
 

Ordinary Man (ex-White End) de Vincent Lannoo

Séquence

Image du film.

De l'avenue Jeff Lambeaux on a une vue imprenable sur la prison de Forest, ce bâtiment à l'étrange architecture genre château fort. Le raccord est tracé puisque dans un appartement situé à trois cents mètres de là, Vincent Lannoo, tourne des séquences de son second long métrage. Une embrouille, genre thriller qui développe une scène dans laquelle Simon (Stefan Liberski), un policier portant képi bleu roi et godasses noires cirées, se fait rabrouer par sa mère, chez qui ce célibataire endurci demeure - sous prétexte qu'il irait rejoindre un jour de Noël, une traînée! Seigneur ! - Ils parlent à toute blinde, haut et fort. Dépité, Simon repousse sa mère (Anne Carpio) qui essaie de lui barrer le passage et lui rétorque qu'il n'est plus un bébé, qu'il fait ce qu'il veut, laissant la vieille dame les yeux au ciel, en proie à une crise de larmes. Pas du genre à capter les événements qui se précipitent et une histoire qui se dénoue à deux pas de chez elle. Vous pensez : allons, bon ! Stefan Liberski en flic c'est une comédie ou un clin d'oeil à ses sketches. Pas du tout. Son rôle est d'être un policier et son jeu est d'une sobriété exemplaire face à sa mère qui, quant à elle, se déchaîne

dans une crise d'hystérie plus vraie que nature. Seul Vincent Lannoo qui observe la scène depuis un moniteur vidéo et modifie certains détails dans le jeu des protagonistes arbore un large sourire. Le plan se déroulant devant la porte d'entrée est tourné au fond de l'appartement à l'aide d'un Fujinon, un objectif de longue focale sur une caméra MPEG-IMX (un standard vidéo proche de la HD) prêtée par Sony pour le tournage d'un film au budget minimaliste. L'emploi de la longue focale est censé compenser le manque de profondeur de champ de la DV-Cam, haut de gamme, la trop grande netteté est l'un de ses inconvénients mineurs. Autour de la caméra, la scripte, en baskets agrémentés de lacets blancs, en T-shirt noir et jean assorti, prend des photos avec un appareil numérique en nous disant : « On n'a pas d'argent pour prendre des polaroïds ». L'assistant caméra en jeans délavé, chemise en flanelle rose qui dépasse sous un blouson fait le clapman. Le réalisateur qui a laissé tomber l'éternelle casquette qu'il avait pris pour habitude de visser sur son crâne, vêtu d'un pull à col roulé ample et d'un jeans délavé orné aux genoux de superbes pièces bleues navy genre rustines sur les roues de vélo, est d'une bonne humeur contagieuse, il s'amuse et fait partager son plaisir de tourner à l'ensemble du plateau. Léger bémol lorsqu'il nous glisse : « J'espère réaliser le prochain film avec un peu d'argent. Tu me vois souriant. Mais tous les gens que tu vois ici ne sont pas payés et on aimerait faire les choses de façon normale ». Ensuite l'équipe se déplace. De l'avenue Jeff Lambeaux la caméra cadre Simon qui de la fenêtre surveille si la voiture de George, le protagoniste principal du film, passe dans la rue.

Image du Film

Vincent Lannoo

« C'est de nouveau, une autoproduction comme Strass, nous confie le réalisateur de J'adore le cinéma. Après Strass, j'ai écris plein de choses et me suis rendu compte que financer un film normalement ça prend du temps. Comme je suis quelqu'un d'impatient, cet été j'ai écris un thriller, j'ai appelé mes petits camarades et je leur ait demandé s'il étaient d'accord pour partir sur une économie du même type que Strass et ils m'ont répondu positivement. Du coup on est partis avec plus de moyens mais aussi peu d'argent.
Il y a deux parties. C'est un film qui démarre en automne et se poursuit en hiver. C'est l'histoire d'un type qui pète les plombs et qui dans un accès de rage comme on peut en avoir sur la route, à certains moments, passe la ligne, dépasse la limite et tue un homme. Il se retrouve avec la compagne de celui-ci sur les bras qu'il n'a aucune envie de tuer et qu'il ne peut pas relâcher sans mettre sa liberté en danger. De fil en aiguille il décide de l'enfermer dans le coffre de sa voiture. Et ce qui était important -et ce pourquoi on a interrompu le tournage pendant près deux mois- est de montrer qu'elle reste longtemps dans le coffre de la voiture. Elle arrive en automne et on se retrouve pour la période de Noël, à la fin du film.
Ce n'est plus une mini DV comme on avait dans Strass, c'est carrément une caméra haut de gamme que nous prête généreusement Sony et qui sans être de la HD est meilleure que de la Béta-Digital. Mine de rien on n'est pas très loin de la définition du 35mm ou du bon S16. Je montrais des images à Stéph tout à l'heure, il a été surpris de leur qualité

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Après Strass, un film sous label « Dogma », j'avais envie d'aller dans un genre très opposé qui soit un film de genre. J'ai un autre projet de thriller qui coûtera plus cher, celui-là. J'avais très envie parce qu'on ne fait pas assez de films de genre chez nous, sauf en Flandre, et quand on voit l'émergence du cinéma asiatique qui s'est fait en grande partie dans le thriller ça vaut la peine d'essayer de s'approprier le genre(1). Parce qu'il s'agit de mettre le thriller à la sauce belge, d'essayer d'y mettre un peu d'humour, de décalage et que ce soient des personnages belges joués par des comédiens belges. Les seconds rôles, pour une fois, sont interprétés par des français.

Stefan Liberski

« Je fais de moins en moins d'autoproduction pour l'instant, nous explique Stefan Liberski. C'est pourquoi tu me vois de plus en plus dans les films des autres. Tu me verras bientôt interprétant un petit rôle dans Zoning Lonesome Cow-Boys, le prochain film de Bouli Lanners, en février. Ainsi que dans Jovial, Terre d'accueil, un autre film de Bouli Lanners qui est en préparation et dans lequel aussi théoriquement j'interviens de manière plus importante. C'est un peu le hasard mais aussi le côté familial qu'on a en Belgique. J'ai l'impression que les familles d'acteurs existent, soit dans les pays très riches, soit dans les pays très pauvres. Nous réagissons à nos pauvres moyens en se serrant les coudes. Il fait encore très froid dehors mais en se serrant les coudes on y arrive.
Dans mes autoproductions j'ai joué quelquefois le rôle d'un flic. Sauf qu'ici il doit être beaucoup plus sérieux. On n'est pas dans la caricature, encore que dans un thriller les flics sont codés mais avec d'autres couleurs que le burlesque. D'après ce que j'ai pu voir du film on est dans l'excès mais dans un autre genre. Chez Tarantino on est aussi dans l'excès. Ici, pour ce que j'en ai vécu et vu comme premier montage, on navigue entre les deux. Comme j'endosse assez bien ce genre de costume et de rôle, j'espère ne pas être voué aux rôles de flic (rires) ! »
Lorsque nous lui parlons de la réalisation de son propre long métrage, King Kong Paradise pour savoir s'il en sera l'un des personnages, il lève les yeux au plafond : « Je ne jouerai pas dans mon film, j'ai l'impression qu'il y a déjà tellement de travail, tellement de soucis, de choses à surveiller que je me demande même comment font Nanni Moretti ou Woody Allen ou tout autre réalisateur jouant dans son film pour arriver à le terminer. Peut-être ont-ils de très bons assistants ! » Théoriquement, il débutera la deuxième quinzaine du mois d'août, pour se prolonger en septembre et en octobre.

1.Ce qu'a réalisé le cinéma asiatique en s'appropriant les films de cape et d'épée du muet produits par Hollywood. Ils en ont fait un genre singulier, les films de sabre (le wu xia pian). Juste retour des choses Hollywood se met actuellement à la sauce wu xia pian (Cf Kill Bill 1 et 2 ou Le Dernier samouraï) De même le thriller américain est revisité par John Woo, Tsui-Hark, ou Takeshi Kitano avec une chorégraphie et une violence stylisée qui la différencie clairement du « gunficht » américain.

 

 

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