Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

P’tit Quinquin de Bruno Dumont

Présenté à la dernière Quinzaine des Réalisateurs, à Cannes, P’tit Quinquin, la série policière écrite et réalisée par Bruno Dumont et produite par ARTE détonne parmi les propositions ciné du moment. Porté par des comédiens hauts en couleur, le DVD édité par Blaq Out s’intéresse en quatre épisodes et un bonus à deux mondes qui n’auraient pas dû se croiser : une bande d’enfants canailles et un duo de gendarmes fantasque au possible.

Episode 1. L’bêt humaine.        
Clap de début. Le Nord de la France, un village des côtes du Boulonnais. P’tit Quinquin, un fils de paysan, s’amuse avec ses pétards, ses copains et Eve, sa petite amie, aux bords de l’eau. Soudain, une vache morte se pointe à l’horizon, suspendue dans les airs par un hélicoptère. Le commandant Roger Van der Weyden et son fidèle second, Carpentier, sont sur les lieux et mènent l’enquête : le corps de Madame Lebleu est retrouvé dans la vache. Nulle trace de sa tête. Où peut-elle bien se trouver ? L’histoire et le ton sont lancés.

Episode 2. Au cœur du mal.
Une deuxième vache est retrouvée sans vie, sur la plage, contenant elle aussi des membres d’un corps humain. Cette fois, il s’agit d’un homme, ouvrier sur des chantiers. Les deux gendarmes poursuivent leur enquête, cherchant à établir le lien entre les deux faits divers. Rapidement, ils apprennent que la deuxième vache est une vache folle, mais leurs questions restent sans réponse. Heureusement, Ch’tiderman débarque.

Episode 3. L’diable in perchonne.  
La série macabre se poursuit avec la découverte d'un troisième corps, cette fois retrouvé dans le purin. Le jour de la fête nationale, Carpentier et son supérieur interrogent les majorettes du village, notamment leur chef semblant très proche de Monsieur Lebleu. Les crimes ne sont toujours pas élucidés et l’enquête piétine. Dans le purin.

 

Episode 4. Allah Akbar
Le mal est partout, une nouvelle série de crimes, les uns plus farfelus que les autres, sévit dans le village de P’tit Quinquin. Le commandant Roger Van der Weyden laisse apparaître son goût pour les femmes et les chevaux. Les cochons s’en mêlent, l’extrémisme religieux aussi, et P’tit Quinquin découvre qu’il a une famille plus élargie que prévu. Clap de fin.

La série
Dès les premières minutes de cette série étrange et burlesque, les cocasseries s’empilent comme la vaisselle sale dans l’évier : le langage parlé de tout ce drôle de petit monde, les tics faciaux et corporels de Bernard Pruvost, le gendarme qui ne maîtrise rien sauf le code de l’honneur et de la gendarmerie, les petites phrases savoureuses (« À quoi ça sert les vacances si on peut rien foutre ? », « On est au cœur du mal, là, Carpentier ! », « On a un corps sans tête, il nous faut la tête », « Les analyses, c'est la règle et la règle, c'est la règle »), les gags en tout genre (la messe savoureuse à l’église, la conduite astucieuse de Carpentier, le lancé de vaisselle du grand-père).
Dans cette série originale, on retrouve la patte spécifique de Bruno Dumont (Hors Satan, L’humanité, Camille Claudel), son goût invétéré pour le réel et les acteurs non professionnels, anti-héros touchants et fabuleux, les décors naturels, mais aussi cette touche pittoresque et décalée au possible qui nous épate à chaque fois. La particularité de ces images, c’est que Bruno Dumont s’est essayé avec succès à un 4x52 minutes, et qu’on y voit quelque chose de nouveau, de radicalement différent dans l’univers de la série française mais aussi une étape dans la filmographie du cinéaste.

P’tit Quinquin n’est pas une série policière classique. C’est du cinéma surréaliste, une énigme, une réflexion sur la folie généralisée et le mal radical et aveugle, sur les ténèbres, sur les apparences trompeuses, sur le mysticisme. On aimerait y saisir toutes les clés, mais la chose s’avère impossible. On se laisse embarquer dans l’univers tragi-comique de Dumont, parmi cette galerie de personnages authentiques qui, le temps de 4 épisodes, nous fait entrer dans une enquête criminelle des plus effroyables avec une touche d’humour impayable, mais aussi dans un univers enfantin des plus poétiques, avec une musique de générique émouvante au possible.

Le bonus
Le DVD édité par Blaq Out recèle une petite perle d’huître. Bruno Dumont s’entretient avec le critique Philippe Rouyer dans le cadre d’un bonus commandé par Universciné. Il dévoile certaines choses passionnantes sur ce que certains appellent la fameuse « méthode Dumont » et sur son cinéma fait d’éléments du réel, de comédiens du cru et d’artifices en tous genres. Il revient surtout sur la genèse de ce projet (une occasion offerte par ARTE, une envie de faire une comédie avec des couleurs, des oppositions, des adultes et des enfants), l’importance du casting (« un film, c’est un accident, on fait des paris », « il arrive ce qui arrive, il n’y a pas de contrôle ») et du montage (le moment où on coupe les « fautes », celui où l’on découvre des accidents, des imprévus comme quand P’tit Quinquin parle en mâchouillant son pain et qu’on ne comprend absolument pas ce qu’il dit).

Passionnant bonus que celui-là, tout autant que le travail de Dumont. Reste à saluer l’initiative de Blaq Out d’éditer une série telle que celle-ci, mais aussi l’intégrale des films de Dumont en DVD et Blu Ray (et de les restaurer tous sauf Camille Claudel sorti en 2012). Sur son compte Twitter, Blaq Out se voit comme une société d'édition vidéo consacrée au cinéma d'auteur et une tête chercheuse insatiable. Les amateurs de DVD que nous sommes à Cinergie et l’envie de soutenir un auteur que JMV, notre cher passionné en chef, n’aurait pas renié pour sa fidélité au réel et sa puissance cinématographique, font écho à cette idée de tête chercheuse. Peut-être que, finalement, la tête de Madame Lebleu n’est pas loin.


P’tit Quinquin de Bruno Dumont : Edition Blaq Out : 4 épisodes, un bonus, des vaches folles, des petits mots d’amour, pas mal de folie, de noirceur et beaucoup de grands mystères.

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