Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juin 2008

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03/06/2008
 

Paix sur les champs de Jacques Boigelot - Belfilm

« Bien des gens prétendent que les lignes de la destinée sont gravées dans la paume de la main. Peut-être est-ce vrai, mais au moment où le sort saisit son burin pour dessiner nos vies conformément à ces lignes mystérieuses, nous ne nous en apercevons jamais. » 
Marie Gevers

Crime et châtiment
paix sur les champsLes années 70 sont dans l’air du temps. L’asbl Belfilm lance son pavé dans votre vidéothèque en éditant Paix sur les champs (1970) de Jacques Boigelot. Un moment propice pour sortir les slogans du genre « les frontières, on s’en fout ! » ou encore « soyez réalistes, demandez l’impossible » puisque ce petit film belge tourné dans la campagne flamande fut nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger en 71.  Ne vous attendez pas pour autant à la libération sexuelle (quoique..) et aux luttes d’étudiants contre les CRS (SS), Paix sur les champs plonge dans l’univers paysan d’une petite bourgade entre traditions et superstitions.
 
Paix sur les champs, avant d’être un film réalisé en 1971, est un livre publié en 1941 par l’auteur belge Marie Gevers, première femme élue à l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Son talent d’écrivain n’étant plus à démontrer, il est évident que Jacques Boigelot, en choisissant d’adapter ce roman, se trouvait déjà en présence d’un excellent scénario. Si bon livre n’est pas toujours (et même rarement) synonyme de bon film, il convient ici de saluer l’adaptation faite avec la collaboration de René Wheeler (adaptateur, entre autres, de Jour de fête de Jacques Tati) qui n’évince en rien l’univers et la profondeur de l’œuvre littéraire. L’écrivain, venue assister, trente ans après la parution de son roman, à la projection du film fut d’ailleurs fort touchée par sa transposition à l’écran.
Dans un mystérieux pays de forêts et d’étangs vivent deux familles à jamais unies par la haine : les Verryck et les Vanashe. Johanna Verryck sait, au plus profond de son cœur, que Stanne Vanashe, fils d’une sorcière et malheureux héritier de ses maléfiques pouvoirs, a tué par amour sa fille Lodia d’un coup de couteau il y a de cela 20 ans. Pour soulager sa peine et le crime impuni, Johanna vit recluse avec sa deuxième fille à laquelle elle a donné le même funeste prénom, Lodia. Quand le fils de l’assassin, Louis, croise le regard de la belle et jeune fille, les destinées se mêlent à nouveau.
Amour et haine, volonté humaine et destinée tracée, guérisseur et sorcière, ombre et lumière, le film se construit sur les dualités. Dualité renforcée encore par la photographie de Philippe Collette et de longs plans sur la nature tantôt douce et bienveillante tantôt hostile et menaçante. Toute la poésie et la pureté du style de Marie Gevers sont ainsi rendues à l’écran par une spiritualité, une étrangeté qui envahit l’espace.
En adoptant une mise en scène sobre et relativement classique, le réalisateur se fond avec aisance dans des différents genres, passant ainsi du film policier au drame sentimental, de la tragédie au fantastique, de la comédie de moeurs au réalisme. Bien ancré pourtant dans un univers rural hautement connoté, le film s'affranchit du pur régionalisme et s'anime d'un souffle quasi shakespearien.
Du côté des acteurs, peu de déceptions, hormis Héléna Manson dans le rôle de Johanna qui confond plateau de cinéma et scène de théâtre. Pour se consoler, on retrouve avec plaisir nos deux Roméo et Juliette, la charmante et éthérée Claire Wauthion entre gravité et exaltation, et Georges Poujouly (le petit Michel de Jeux interdits) qui, sauf quelques centimètres, n’a pas changé du tout.
Un Roméo et Juliette qui se termine bien !

Bonus
Les quatre saisons de Philippe Collette – 1960 – 12’
Trois minutes par saison accompagnées d’un texte de Marcel Broodthaers et une traversée musicale de l’Espagne (le concerto d’Aranjuez pour le printemps) aux Etats-Unis (un jazz endiablé pour l’été) en passant par les accords vibrants du XVIIème siècle (un quatuor à cordes pour l’automne) et une polyphonie religieuse baroque (l’hiver). De belles images de fleurs et de fruits, de plages et de dunes, de forêts et de chasse à courre, de lacs gelés et de brouillard pour un cycle de la vie qui sera encore là après nous.
Les souvenirs du vieil hiver de Jean-Pierre Nelis – 1962 – 12’
Troisième présence de Philippe Collette sur ce DVD, ici pour le décor sonore et bien sûr la photographie. On retrouve Jacques Boigelot non pas à la réalisation mais dans l’écriture du texte. Douze minutes en noir et blanc consacrées à l’hiver ardennais et son lot de légendes.
Paix sur les champs de Jacques Boigelot - 91' - 1970
D'après l'œuvre de Marie Gevers
Adaptation : René Wheeler - Image : Philippe Collette - Production : Philippe Collette
Avec Christian Barbier, Héléna Manson, Georges Poujouly, Claire Wauthion et Arlette Schreiber
Les DVD de la collection Belfilm sont uniquement disponibles sur le site http://www.belfilm.be/
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