Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
avril 2009
09/04/2009
Mots-clés : film belge, animation,
 

Paola Poule Pondeuse de Louise-Marie Colon

Panique à l’abattage.

Dans le paysage sombre et désespéré que nous propose le court-métrage belge d’animation actuel et où se décline sur tous les modes graphiques et souvent avec talent l’expression d’une faillite existentielle faite de solitude et de renoncement, l’apparition de Paola Poule Pondeuse de Louise-Marie Colon fait l’effet d’un cocorico tonique et joyeux, bouffée d’oxygène pleine d’humour et de pertinence.

Soulignons avant toute chose qu’il s’agit là d’un travail d’atelier qui sous la houlette éclairée et complice de Louise-Marie Colon réunit un groupe d’enfants de deuxième primaire particulièrement déluré et inventif. Ajoutons que la réussite d’une telle aventure n’est pas due au hasard d’une réalisation vu que dans la même sélection, Louise-Marie Colon en compagnie de Delphine Hermans présentait un autre court-métrage J’ai faim où se manifestent la pertinence de la démarche de cet atelier et les qualités de son travail.

Paola Poule Pondeuse comme son titre l’indique raconte l’histoire d’une poule qui enfermée dans un élevage industriel pond à longueur de jour des œufs. Domestication et esclavage, violence et rébellion, le désir d’évasion est grand et Paola trouve la stratégie adéquate pour qu’à nouveau le chemin de la liberté s’offre à elle. Et la voila qui court par monts et par vaux jusqu’à sa ferme d’origine où elle retrouve la compagnie de ses amis vaches et moutons en une allégresse qui frise le bonheur.

Quoi de plus simple. Un monde d’exploitation, un autre d’indépendance, le refus viscéral de l’un, le désir impératif de l’autre et entre les deux, un mouvement, une dynamique voulue qui sous des allures de fuite vers une oasis enchantée cache bien d’autres choses. Car nos auteurs de douze ans n’en restent pas là et la chute de leur histoire en dit long sur la sensibilité de leur propos. Au de-là d’une énième resucée de Chiken run, Paola non content d’opposer au monde industriel de l’absence de soi, celui d’une communauté de vie, met en scène les prémisses d’une contagion rebelle qui opère de monde à monde. Entre celui des vaches et celui des poules apparaît comme la résonnance d’une même nécessité de révolte. Ce qui s’oppose offensivement à la mort et au «tous dans le même sac » est ici perçu comme la force qui nait de cette conjugaison de différentes formes de vie qui interagissent et jouent de leurs singularités pour refuser une même servitude.

Leçon politique oh combien bienvenue, Paola Poule Pondeuse étonne et détonne tant par son contenu que par la qualité de sa réalisation. Non seulement le travail d’animation est plus que chouette mais la conception du commentaire du film en dit long sur l’intelligence qui anime un tel projet. Loin d’une voix unique, ces toutes les voix des enfants qui participent à la narration, mélangeant intonations et ressentis, nous disant clairement que leur propos n’a rien à voir avec toutes les sauces d’un discours individuel. Il s’agit bien comme dans l’histoire du film d’une proposition et d’une aventure commune et collective. Et c’est formidable.

Comme ce qui précède le laisse deviner, Paola Poule Pondeuse est du cinéma comme on aimerait en voir plus souvent. Et à ce stade de conclure, il est bon d’évoquer le générique final qui voit défiler en un seul mouvement de rassemblement les visages réjouis de tous ces marmots qui espérons le n’en resteront pas là.

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