Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Septembre 2013
 

Par dessus le mur de Jean-Paul Le Chanois

Chronique ordinaire

La collection Souvenirs de France, éditée par l’association Belfilm, permet de revenir sur des œuvres parfois injustement tombées aux oubliettes. À une époque où les films sont le plus souvent de banals produits de consommation, où leur passage éclair en salles ne laisse pas le temps de les voir mais bien le temps de les oublier, ce patient travail d’édition permet de faire acte de mémoire, d’inscrire les œuvres dans le temps et d’élargir un peu sa vision de l’histoire. Car non, le cinéma français des années 50 ne se résume pas à Renoir, Ophüls ou René Clair.

Retour sur un cinéaste généreux bien mal connu et qui, pourtant, a signé une trentaine de films.

jaquette Dvd Par dessus les mursQuelques rares cinéphiles français, sans doute, pourront citer de mémoire les plus grands succès de Jean-Paul Le Chanois. Beaucoup de spectateurs lambda pourtant, ont dû voir au moins un de ses films sans le savoir, Les Misérables, tourné en 1958 avec Jean Gabin dans le rôle de Jean Valjean, Bourvil dans celui de Thénardier et Bernard Blier en inspecteur Javert… sans oublier « les airs égarés et les mouvements d’orfraie » (comme la décrit Victor Hugo) de l’inimitable Silvia Monfort, compagne du cinéaste à cette époque. C’est elle que l’on retrouve ici dans le rôle principal de Par dessus le mur, titre désastreux pour un film pourtant bourré de qualités.

Silvia Monfort, c’est Jeanne, une femme plutôt libérée qui vient s’installer dans une petite banlieue champêtre après son mariage. Son gentil mari, Jean, un brin paternaliste, part au boulot chaque matin de bonne humeur (et en retard) pendant que Simone, styliste, crayonne à la maison… bonheur et tranquillité. Mais, on le sait, bonheur et tranquillité ne font pas un film (quoique), et cette petite chronique amoureuse tourne vite à la chronique villageoise. Car « par dessus le mur » donc, Simone et Jean peuvent apercevoir la vie de leurs voisins, les observer mentir, cacher, feindre, trahir, réprimer, etc., et constater peu à peu les ravages du comportement des adultes sur la jeunesse. La comédie de mœurs glisse alors vers la fable éducative, car les tourtereaux attendent un enfant et sont bien décidés à ne pas suivre l’exemple de leurs proches. La fugue d’un petit voisin, un adolescent mal dans se peau, va leur permettre de faire leur apprentissage de futurs parents, des parents attentifs, ouverts, à l’écoute, bien loin des modèles observés jusque-là par le couple.

Plus que ténue, cette histoire ne tient que par la qualité de son traitement. C’est par son élan d’humanisme et sa vitalité que Par dessus le mur séduit et emporte l’adhésion. Jean-Paul Le Chanois, toujours en distance, crée un véritable univers, entre onirisme et fantastique, un monde de conte traversé de situations fantasques, tapissé d'images d'Epinal, de recoins féeriques habités par des personnages hauts en couleurs. La reconstruction du monde qu’il propose oscille entre néo-réalisme italien et réalisme poétique français d’une manière magistrale. Sa caméra, joyeusement omniprésente, nous guide à travers cette histoire comme une conteuse experte enchante un enfant.

Si les critiques de l’époque n’ont pas hésité a parler du film de façon un brin condescendante, lui reprochant son avalanche de bons sentiments, voire sa niaiserie (« un film gentil, bon comme le bon pain » in L’Express, 1961), il serait réducteur de ne voir dans Par dessus le mur qu’une série d’anecdotes gentillettes et divertissantes. De même, alors que le sujet de l’éducation portait en lui les germes d’une démonstration pesante, Jean-Paul Le Chanois évite scrupuleusement le film à thèse donnant à l’ensemble des airs de fable sans se noyer dans l’eau de rose. Ce plaisir du récit, du romanesque allié à une belle profondeur psychologique donnent finalement au film une dimension étonnamment dramatique et poétique qui mettent la tête et le cœur en joie.

Bonus

Court métrage datant de 1967, Le violon de Cremone de Jacques Kupissonof s’inspire de l’acte III des Contes d’Hoffmann sur la belle Antonia que le conseiller Krespel séquestre, l’empêchant de chanter.

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