Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/1997
 

Parallax - Yves Hanchar et Harry Cleven.

Parallax est une école privée et donc payante qui vise à former des comédiens et plus particulièreent des acteurs de cinéma. Lors de sa création, cette école fondait sa publicité sur l'image mythique des stars et des vedettes du box office. Aujourd'hui cette prétention a complètement disparu au profit d'une pédagogie tournée vers la recherche et l'expérimentation et ce grâce au travail enthousiaste de deux cinéastes, Yves Hanchar et Harry Cleven.

Yves Hanchar : Depuis une dizaine d'années, Parallax reçoit une subvention de la Communauté Française pour réaliser un film de court métrage avec les étudiants. Dans le cadre de l'école, c'est à la fois un exercice fondé sur le jeu face à la caméra et un film de fin d'année. A deux ou trois reprises, j'ai réalisé ce type de film-exercice. Ce fut mon premier contact avec l'école. Je connaissais le directeur J.-M. Valmont qui était alors préoccupé par l'avenir de son école. Celle-ci allait assez mal, avec très peu d'étudiants et trop peu de professeurs. J'ai essayé d'améliorer la situation. J'ai précisé l'approche pédagogique et développé un système fondé d'avantage sur l'idée de séminaire. J'ai ainsi réorganisé les cours en invitant pour de courtes durées et sur des sujets précis des professionnels, metteurs en scène et techniciens, du théâtre et du cinéma.
L'idée de base du programme tournait autour du jeu de l'acteur et s'inspirait d'abord de l'expérience théâtrale. Mais comme je viens du cinéma, l'idée de travailler le jeu pour le cinéma m'intéressait. Je voulais élargir la problématique du jeu. Créer des ouvertures, rendre compte de la variété incroyable des expériences de jeu. Je voulais mettre en place une espèce d'approche multimédia du jeu allant du théâtre classique jusqu'à la création radiophonique ou à l'animation. J'ai donc réuni une vingtaine de professeurs qui venaient d'horizons très différents et avec eux, j'ai essayé de faire un programme qui ne se cantonne pas à une seule préoccupation afin d'échapper à l'esprit de chapelle. J'ai contacté et engagé des gens qui pouvaient monter Shakespeare et d'autres qui pouvaient faire de l'improvisation. J'ai mélangé les genres, les compétences, les parcours, les techniques. La question que je posais aux futurs professeurs était la suivante : si vous deviez mourir demain, que voudriez-vous transmettre ? Communiquer son enthousiasme, sa passion aux autres, voilà le fondement qui doit unir un corps pédagogique. Et je crois que c'est sur cette base que l'école existe aujourd'hui : un travail constant sur ce qu'il faut transmettre et qui libère les professeurs des contraintes d'un savoir connu pour susciter chez eux le désir de se livrer et de livrer ce qu'ils connaissent le mieux.
Je pense cette école comme un lieu où il y aurait à la fois des cours, des rencontres, des discussions, des échanges, des découvertes autant pour les étudiants que pour les professeurs. Je ne veux pas former des acteurs de cinéma mais des comédiens qui soient capables de comprendre et de répondre aux techniques cinématographiques et théâtrale et qui puissent s'adapter aux différentes conditions et exigences qu'elles supposent.Parmi les personnes à qui j'avais demandé de donner cours, j'ai rencontré Harry Cleven qui a tout de suite été séduit par ce que j'essayais de faire. Nous avons réalisé avec les étudiants deux court métrages de fin d'année et notre entente a été parfaite. Je lui ai donc proposé de s'occuper avec moi des programmes et des rapports avec les étudiants.
Harry Cleven : Notre travail commun sur les courts avait été pour moi une découverte. Je ne pensais pas ce type d'entente possible. Nous avions tout fait à deux, écrire, réaliser et cette complicité, nous avons voulu la poursuivre dans le cadre plus général d'une restructuration de l'école. J'ai senti que nous pourrions nous passer le relais, développer un double point de vue, ce qui est toujours plus intéressant, et ainsi trouver le temps de continuer nos projets personnels en même temps que ceux de l'école.Ce qui m'intéresse, ce n'est pas une formation clé sur porte, contrôlée, sans faille mais au contraire de créer un lieu où peuvent voir le jour des acteurs qui ont une autre sensibilité que celle donnée par un savoir tout fait. Dans l'équipe de professeurs qu'Yves avait réunie, il y avait des gens connus, qui avaient de la bouteille, du métier, et des gens tout neufs qui avaient envie de se faire les armes.
Je me suis rendu compte que cette espèce de mélange porte ses fruits quand les professeurs sont habités par un projet, que c'est là que le résultat est le meilleur, quand passion et expérience se rejoignent. Aussi une de mes options est de demander à des réalisateurs dont le scénario est encore en recherche de venir l'essayer avec des étudiants acteurs, en les dirigeant dans certaines séquences par exemple. Nous avons fait une expérience dans ce sens avec un réalisateur qui avait un projet de court. Et cela a très bien marché. Les étudiants ont travaillé avec quelqu'un qui n'était plus un pédagogue mais un créateur, dans une situation où tout ce qu'ils vivaient renvoyait directement aux problèmes et aux motivations que pose un vrai film. Et cela m'a encouragé à faire plus d'expériences de ce type. Proposer à des professionnels non plus de faire un exercice avec des étudiants mais de les impliquer et de les diriger dans leur travail personnel. Par exemple, cette année j'ai invité Eve Bonfanti, qui termine un scénario de long métrage de fiction, à profiter de notre film de fin d'année pour venir tester, expérimenter les idées clés de son projet.Et cette démarche, j'ai envie de l'étendre également aux cours qui concernent le jeu théâtral.
Proposer à des professeurs d'explorer avec les étudiants des sujets ou des techniques qui les intéressent tant dans les domaines du travail de la voix, du corps ou du jeu que dans ceux plus théoriques de l'esthétique ou de l'histoire du théâtre, par exemple. Avec cette idée de différencier les points de vue et les approches afin que les étudiants puissent, à l'intérieur de ce que nous leur proposons, trouver leur propre chemin. Et le chemin de l'un n'étant pas forcément celui de l'autre, c'est très important pour moi de ne pas les former à tous marcher pareil. Donc chercher et créer des espaces d'apprentissage où chacun puisse développer sa différence et sa propre sensibilité. Et puis j'ai des projets hors cours, qui portent sur des ateliers de jeu mais destinés à des réalisateurs qui deviendraient acteurs le temps d'un stage par exemple comme cela se fait dans les pays de l'Est. Ou encore des ateliers de direction d'acteurs qui réuniraient des réalisateurs et des comédiens professionnels. Voilà où nous en sommes, un début, avec des idées plein la tête. C'est sans doute très idéaliste mais rêver et construire une école où j'ai vraiment envie d'aller, quel plaisir.

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