Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
07/10/2011
 

À pas de loup d’Olivier Ringer

À pas un peu frileux…

C’est toujours gai, dans les festivals, de découvrir des films hors des projections de presse, on les voit avec un public plein de désir de cinéma et qui se prête franchement au jeu. Et quand c’est un film pour enfant, cela est encore plus réjouissant. Présenté à Namur dans le cadre d’une séance familiale, en avant-première d’une sortie prévue pour 2012, À pas de loup d’Olivier Ringer a fait quelquefois rire la salle, a déclenché de petits frissons et quelques beaux moments de paroles collectives, rapport précieux et joyeux des enfants au spectacle. Mais ce jeune et, d’ordinaire, si enthousiaste public, resta quand même discret, ce qui témoigne des limites de ce second long métrage. La petite Cathy part en voiture comme chaque week-end avec ses parents à la campagne. Et la gamine, pas vraiment triste, constate une fois de plus que ses parents ne la voient pas, ne lui prêtent pas attention, et que si elle descendait de la voiture à la station-service, ils ne se rendraient pas compte de sa disparition… Ce qu’elle tente d’ailleurs avant de courir après la voiture qui a en effet démarré... Finalement, à la campagne, Cathy, qui ne va pas pêcher avec son papa, qui ne va pas faire des courses avec sa maman, qui s’ennuie, trouve des « graines magiques » à planter, et décide de ne pas rentrer. Elle met alors son plan à exécution.

À pas de loup aurait mérité plus d’inventivités formelles et plus d’audaces narratives pour soulever vraiment sa salle de rires, d’émois ou d’effrois. Et ce, malgré ces riches et intéressants postulats de base : tout filmer du point de vue de son petit personnage principal, la craquante Cathy (interprétée par Wynona Ringer) et lui laisser presque entièrement le monopole de la parole à travers une voix-off – ce qui ne fait pas toujours sens quand on sait la propension des enfants à parler à voix haute quand ils jouent et se racontent des histoires… Dans ce périmètre carré défini par ces contraintes narratives et formelles, une caméra plus enlevée et plus audacieuse aurait pu réinventer ces mondes bruissants et riches qui peuple l’imaginaire des enfants. Et l’on s’étonne ainsi du sang-froid de cette petite fille qui ne s’effraie pas trop de la nuit campagnarde et de ses bruits mystérieux ; on se demande comment elle tient à si peu se nourrir – et ne pas trépigner de faim ; on se prend à rêver à d’autres moments de forêts un peu plus peuplés de monstres etc. etc. Certes, le film y va tout de même entre la bête chien, le monde du poisson, la conversation aux petites graines, mais il y va un peu trop modestement au vu de son postulat, ce point de vue de petite fille…
Mais À pas de loup est un joli et tendre film qui donne toute la parole à cette petite enfant et qui réussit à ne pas trop tomber dans une sorte de moralisme éducatif de bonne – et généralement de mauvais – aloi. En s’amusant, cette petite enfant redécouvre le monde toute seule, et son chemin l’entraîne dans la forêt où elle se transforme en un petit Tom Sawyer, prête à tout pour échapper à la punition qu’elle craint. Malheureusement, là encore, À pas de loup reste un peu frileux, et cette découverte de la liberté et du monde sauvage est un peu peine-à-jouir, même si on s’émerveille de ses ingénuités, de ses trouvailles, de sa sagacité envers le monde adulte, de ses abandons au monde mystérieux qu’elle déchiffre. Et l’on frissonne un peu à la voir escalader sans souci des chemins tortueux et disparaître dans la forêt. Pas tout à fait réaliste jusqu’au bout donc, le film s’écarte adroitement des drames anecdotiques, des leçons de morales poussives et, prenant absolument parti pour l’enfant – même si c’est d’un point de vue d’adulte un peu stérile -, trouve une jolie trouvaille pour faire revenir la farouche Cathy auprès de ses parents…

commentaires propulsé par Disqus