Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2005
Mots-clés : court métrage, rencontre,
 

Patrick Ferryn

Lors d’un gala de bienfaisance pour la Croix rouge qui offre aux participants la projection de Bambi (Walt Disney), on doit évacuer Patrick Ferryn de la salle. Il avait trois ans. Ce choc ne l’empêche pas de faire partie, chez les scouts, d'un ciné-club, « le Clan de la nuit », où l'on projette des films qui, pour la plupart, viennent des pays de l’Est Européen, comme Cendres et diamant d’Andrzej Wajda et La Ballade du soldat de Gregori Tchoukhraï.
A l’adolescence, c’est la découverte des classiques du cinéma conservés par le Musée du Cinéma qui le fascine et dont il devient, en bon cinéphile, l’un des piliers dans les années soixante. Il y voit énormément de films. Ignorant l’existence d’écoles de cinéma, étant peu intéressé par la scolarité, il voyage. « Je n’envisageais pas de grandes études, je regardais beaucoup par la fenêtre pendant les cours ». Néanmoins intéressé par l’image, il étudie la photo et travaille dans un studio publicitaire durant quelques années.« J’ai eu la chance de tomber sur Gaston Xhardez, un grand photographe publicitaire. Chez lui j'ai pu apprendre la prise de vues d’un peu tout. Un jour, c’était un paquet de margarine, le lendemain des sous-vêtements, le surlendemain une voiture. Qui plus est, il fallait faire un maximum avec le minimum ».
Nous sommes en 1970, après la sortie de Blow Up d’Antonioni dans lequel David Hemmings était l’incarnation du photographe.
« Dès lors, se souvient Patrick Ferryn, pour réussir dans ce métier il fallait être anglais. Les clients nous demandaient tous si on travaillait avec un Hasselblad ! En fait on travaillait avec l’Hasselblad mais plus souvent au Bronica qui est la jeep du moyen format ou à la chambre technique. »
Après avoir quitté la chambre obscure du studio photo, il travaille pour la Fondation d’Egyptologie Reine Elisabeth, se rend en Egypte pour photographier les tombeaux que les archéologues recensent à Louxor, dans la vallée des Rois.
« On commençait le travail vers cinq heures du matin, on terminait vers midi, à cause de la chaleur, et le soir, on passit des moments exaltants avec les gens d’autres missions qui, comme nous, travaillaient dans la vallée des Rois. »
Cela tombait (si l’on ose dire) très bien pour Patrick Ferryn qui, amateur d’archéologie n’hésite pas à fonder une revue avec d’autres passionnés avec lesquels il écrit des livres sur les civilisations disparues (publiés chez Robert Laffont).
Après s’être lancé  dans le film d’entreprise, où il collabore aà diverses reprises  avec Michel Baudour, il réalise Silex, un court métrage produit par Image-Création et dont Alain Pierre a composé l’illustration musicale.
Fan de folksong américain, Patrick Ferryn a eu l’occasion de rencontrer Derroll Adams en 1964. Il le perd de vue, voyage, et le redécouvre en rangeant sa collection de 33 tours vinyles. Curieux, il se demande ce que Derroll a pu devenir. Derroll Adams, l'homme au banjo.
« Je me suis dit qu’il était peut-être rentré aux Etats-Unis. Je n’avais plus entendu parler de lui depuis des années. Et pour cause, il était malade et s’était retiré près d’Anvers. J’ai essayé d’en savoir plus, et j’ai découvert qu’il n’existait pratiquement rien sur lui ».
Assez vite, via la VRT, il retrouve l’ancien manager de Derroll, revoit celui-ci et, encouragé par Michel Baudour décide de faire un film afin de conserver les traces peu explorées des sixties.
« On a donc commencé par les interviews jusqu'à la fin de l’année 1998 ». Les galères commencent car curieusement le sujet n’intéresse pas les producteurs. Le film se poursuit donc sur de longues années, en autoproduction et avec des bouts de ficelle.
« Ayant l’occasion, pour mon boulot, d’aller aux Etats-Unis, nous avons saisi l’opportunité pour rencontrer Pete Seeger, Jack Eliott, Allan Taylor et Arlo Guthrie et d’autres grands folksingers. Aux Etats-Unis, Derroll Adams est une figure  moins connue qu'en Europe  bien que  Bob Dylan le connaisse.
Au Centre bruxellois de l’Audiovisuel, Kathleen de Béthune a soutenu le projet sur la durée, ce qui a permis de boucler le tournage ». Le montage est assuré par Denise Vindevogel, qui, coup de dés du hasard, a habité durant les années soixante, dans la même maison que Derroll.Le film ressuscite non seulement Derroll Adams mais son entourage et la culture beatnik dans laquelle il se mouvait.
« J’ai essayé de faire en sorte que le film ne soit pas uniquement musical mais de replacer le parcours de Derroll dans son contexte. Le mouvement beatnik était, au départ, une opposition contre le mode de vie américain et la guerre de Corée. Ensuite, il y a eu le Vietnam et cela s’est amplifié avec les hippies pour, en fin de compte, être récupéré par les marchands et s’édulcorer. Derroll Adams connaissait bien Allen Ginsberg et William Burroughs. Lorsque Derroll a débarqué en Europe en 1958, il a été l’un des premiers à faire connaître le mouvement beat. Et beaucoup de gens chez nous ont été influencé par cela. Le café Welkom était l’un de ces foyers mais à l’échelle de Bruxelles ».
Depuis, Patrick Ferryn a eu l’occasion de tourner un petit film sur le banjo américain dans les Appalaches, la « Jérusalem » du banjo, et de visiter les archives concernant la musique old time d’Alan Lomax (père et fils) et de leur successeur Alan Jabbour à la bibliothèque du Congrès de Washington. « On l’a filmé et il nous a permis d’accéder à de très belles archives. Actuellement, le film est diffusé confidentiellement aux Etats-Unis où ils l’adorent »
Il s’appelle Banjo Frolic, a été tourné en dix jours, a une durée de 107’ et lorsqu’on s’étonne de la durée de « son petit film » il botte en touche : « C’est un petit film sur de grands bonshommes ! »

 

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