Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2002
Mots-clés : sortie en DVD, rencontre,
 

Petites Misères

Jaquette de Petites Misères de Philippe Boon et Laurent Brandenbourger

Le Film
Le film dés le pré-générique s'ouvre sur l'exploration par la caméra des rayons d'un Hyper- marché. D'abord floue, l'image devient nette et l'on constate que cette grande surface est déserte. Nulle trace d'être humain. Pas de Gustaves en vue. Générique, et le film démarre. Jean, (Albert Dupontel), huissier de justice traque les consommateurs indélicats, le plus souvent fauchés, en compagnie d'Eddy (Bouli Lanners), un policier qui n'arrive pas à saisir qu'on s'intéresse davantage aux choses qu'aux gens. Drôle de couple : un tueur avec un curé. Second couple Nicole, la femme de l'huissier qui est neurasthénique et devient une acheteuse d'un genre compulsif (et on est modeste) en compagnie de Georges, (Serge Larivière), un postier désargenté, et poilant mais saisi par la fièvre consumériste. Cet homme de communication achète toutes les nouveautés afin, prétend-t-il, que les firmes multinationales puissent écouler leurs produits, en offrir d'autres et, ainsi, sauver l'emploi de millions de gens. Un altruiste, quoi ! Inutile de vous dire que ces deux couples forment un quatuor dont les excentricités vont croissant, un quatuor qui chevauche à toute allure le genre d'une comédie douce-amère dont on retiendra quelques phrases-clès : « ce n'est plus un dîner c'est une prise d'otages » ou « il est mort mais propre » ou encore « Nicole, on a un piano dans le salon ! ».
L'un des meilleurs gags du film étant que Georges, notre employé des postes fait marcher automatiquement l'alarme lorsqu'il dépasse les caisses d'une grande surface. Il sonne mais c'est de naissance s'évertue-t-il à répondre malicieusement aux différents cerbères qui veulent s'emparer de sa personne. On en est sonné mais pas raplasplas !
La boîte noire du film, le tigre dans le moteur, davantage que la publicité (vitrine haut de gamme du consumérisme) est son prêt-à-porter : le télé-achat. C'est d'ailleurs le feuilleton favori de Nicole et de Georges lorsqu'ils sont au lit. Voilà une émission qui a remplacé la cigarette post-coïtale.

Les bonus
1. Les coulisses du tournage grâce à un making-off assez enlevé.
2. Les filmographies de Marie Trintignant, Albert Dupontel, Serge Larivière , Bouli Lanners, Philippe Boon et Laurent Brandenbourger.
3. Un diaporama nous permet de découvrir des instantanés du tournage pris par notre confrère, Marc Bossaerts.
4. Bande annonce officielle
5. Bande annonce inédite basée sur l'idée de l'émission Télé-achat.
6. Une série de scènes inédites parmi lesquelles des scènes où Nicole, s'interroge, en voix off , sur son vécu : « J'avais pas fait grand-chose de ma vie. La liberté c'était de savoir que j'allais parcourir 6.400 km de rayonnages » ou « J'avais tout mais quoi foutre de cette liberté ?»


Entretien avec les réalisateurs sur l'édition du DVD

C. : Pensez-vous de l'édition en DVD de votre film lui offre une seconde vie après sa sortie en salles ?
Philippe Boon : Je peux que me réjouir que le film sorte en DVD. Ceci étant, la confidentialité et le manque de publicité pour annoncer l'existence de ce film restent de mise, comme c'était déjà le cas pour la sortie salles en France (et, dans une moindre mesure, en Belgique). D'un point de vue commercial et industriel, cela peut se justifier. Pour le reste,...
Laurent Brandenbourger : Je pense qu'une deuxième vie vaut toujours mieux qu'une seule.


C : Pensez-vous atteindre grâce à ce support, un public différent de celui qui fréquente les salles ?
PH. Boon : Je pense que le film pourra enfin être vu par ceux qui ont été surpris par son passage éclair en salles. Je suis intimement convaincu que si chaque belge achète deux ou trois exemplaires du DVD, sa vie s'en trouvera considérablement améliorée (celle de mon producteur également).
L.Brandenbourger. : Oui: plus riche, plus consumériste, donc un public de choix; notre public cible.


C: Que pensez-vous du chapitrage ? Y avez-vous participé ?
Ph. Boon : Ma participation au DVD a consisté à superviser plan par plan le master vidéo avec le directeur photo pour obtenir un étalonnage parfait. Pareil pour le son, qui est dolby digital 5.1, ce qui signifie qu'un spectateur bien équipé pourra voir le film dans des conditions optimales.
L.Brandenbourger. : Je n'en pense strictement rien vu que je ne l'ai pas vu, ce qui est sans doute assez consternant, mais je suis un garçon consternant et en plus on m'en a dit le plus grand bien. Ça doit être bien, non?


C. : Le bonus permet d'offrir au spectateur le contexte dans lequel le film s'est fait. Etes-vous pour la diffusion d'un making off, d'entretiens avec les réalisateurs ou acteurs. Ce qui permet de revenir au film après-coup
Ph.Boon. : Le bonus, tout comme le mot supplément, est un argument de vente efficace, qui attire le chaland. Trop souvent ces bonus et autres making off sont complaisants ou/et exécutés à la va-vite, dans une logique commerciale. En revanche, j'aime beaucoup les commentaires audio des Réalisateurs, véritables leçons de cinéma lorsqu'ils sont sincères. Je regrette que « Petite Misères » n'en comporte pas.
L.Brandenbourger. : Un vrai making off aurait sans doute été assez croustillant, surtout pour les amateurs de ragots qui, c'est bien connu, se mange avec des flageolets, mais bon, on a eu du mal à les insérer dans la boite, et puis les conséquences olfacto-auditives durant la vision peuvent conduire à une mauvaise interprétation du film (surtout des scènes de lit) alors on a laissé tomber.


C : Le bonus permet d'insérer des scènes inédites, coupées au montage. Cela vous paraît-il intéressant ?
Ph.Boon. : Je suis dubitatif concernant les scènes inédites et autres fins alternatives sur un DVD :
-d'un point de vue de cinéphile, ça m'intéresse, pour en savoir plus sur la mécanique interne d'un film en gestation.
-d'un point de vue de réalisateur, je ne suis pas emballé à l'idée de vider mes fonds de tiroir devant le public. D'abord, ça tue un peu la magie autour d'un art qui se voudrait parfait ; ensuite, si certaines scènes ont sauté au montage, c'est qu'il y avait une raison, dont acte.
Et puis maintenant, il y a une méchante manie chez les producteurs, les distributeurs et autres vendeurs de pop-corn qui répondent aux auteurs au moment du montage : « Ta fin triste, tu la mettras en supplément DVD ! Nous, on pense que le happy end attirera plus de monde !... »
L.Brandenbourger. : Le bonus permet d'insérer des scènes inédites, coupées au montage. Cela vous paraît-il intéressant ?Alors là, oui, tout à fait. On devrait également songer aux scènes non tournées ET aux scènes envisagées sérieusement puis abandonnées pour d'obscures raisons et qui vous donnent soudain une impression de vertige existentielle, plus près des étoiles, dans l'espace infini. Et comme on ne connaît pas 70 % de ce qui constitue notre univers, vous parlez d'une perspective. J'espère que ça passe bien sur le DVD.


C. : Pensez-vous que la diffusion d'un court-métrage, dans les bonus, apporte un plus ?
Ph.Boon. : Oui, sans hésitation ! Parce que c'est une oeuvre en soi, et qu'elle donne une idée de la face cachée du parcours d'un cinéaste de long métrage.
L.Brandenbourger. : Ben oui, mais je pense que la vraie innovation, dans ce domaine, serait de coller l'appareil qui permet de faire des oeufs carrés; malheureusement les temps révolutionnaires de Pif Gadget me semblent perdu à tout jamais dans cet espace infini dont nous ne connaissons même pas 70 % et traversé par de fulgurants flageolets.


C. :Pensez-vous que les ados - Playstation 2 est muni d'un lecteur DVD - peuvent découvrir grâce au DVD des films différents que ce que leur propose le Top 10 ?
Ph.Boon. : Le DVD est un outil supplémentaire, tout comme la télévision, le cinéma, le livre, les profs de français, les cinémathèques, les grands-pères truculents, le rabbin du quartier, ... qui permet aux ados d'aborder le monde de différentes manières et de puiser ce qui les touche et les forgera à jamais.
Notre seul devoir consiste à leur montrer qu'à côté du Mac Do, il y a les Sushis et le poulet tika.
L.Brandenbourger. : Ça dépend. Si ils se trouvent actuellement en orbites autour des fulgurants flageolets oui, sinon non.
Petites Misères, DVD, Cinéart-Boomerang pictures.


Grands Classiques
A l'initiative de Madame Viviane Reding, la Commission Européenne a décidé de familiariser le public européen avec son patrimoine cinématographique en lançant en novembre 2002, dans 70 villes d'Europe, les Cinéd@ys. L'opération s'effectuant sous le patronage de Pedro Almodovar. Ajoutons que les classiques en DVD reçoivent l'aide de MEDIA II. Cela nous a incité à lancer une sous-rubrique à « En DVD » : Grands Classiques, consacrée à la présentation d'un film clé du patrimoine cinématographique et que vous pouvez découvrir en DVD ou, en salle, au Musée du Cinéma. Une récente enquête du quotidien « Le Monde » démontrant que le DVD ne concurrence pas la vision en salles. Nous démarrons avec Le Voleur de Bicyclette de Vittorio de Sica. Pas seulement parce qu'il s'agit d'un grand film mais aussi parce qu'il y a trente ans il a décidé Dominique Standaert à devenir cinéaste et à réaliser Hop!. Quel meilleur exemple de transmission entre le cinéma d'hier et celui d'aujourd'hui ?

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