Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2004
Mots-clés : rencontre
 

Philippe Suinen : CGRI, vingt ans après

Fondé par la Communauté française, auquel s'est joint par la suite la Région Wallonne, le Commissariat général des Relations internationales a fêté, l'an dernier son vingtième anniversaire. L'occasion de vous faire découvrir la ligne éditoriale d'un organisme qui présente en Europe, en Afrique, en Amérique du Nord et en Asie, des films belges dans des festivals, des semaines de projections de cinéma belge. Il publie aussi des monographies (Henri Storck, André Delvaux, Chantal Akerman, Marion Hansel ), des dicos comme Dic Doc sur le documentaire ou Image par Image : le cinéma d'animation Wallonie-Bruxelles, co-édités avec la Communauté française de Belgique. Bref un travail considérable qui, sur la durée, donne un look au cinéma belge dans le monde et permet des sorties en salles à l'étranger. 

 Les films belges, en effet, jouissent d'une grande estime à l'étranger, et rencontrent un succès qui ne cesse de croître alors qu'ils n'en trouvent que peu dans leur propre communauté. Paradoxal certes ! Nous ne sommes pas loin de penser (après l'avoir testé ces derniers mois) que les 16-20 ans (le public qui investit le plus dans le cinéma) n'est pas réfractaire aux films d'auteur. Ils ne les connaissent pas ou plus exactement n'ont pas le temps de les découvrir car leur programmation en salles est trop courte. Or pour un film d'auteur rien jusqu'ici n'a jamais remplacé le bon vieux bouche à oreille.
Nous avons rencontré Philippe Suinen, Commissaire et Directeur Général du CGRI et de l'AWEX pour parler de la diffusion culturelle du cinéma belge à l'étranger. Car si le cinéma belge, malgré ses difficultés budgétaires, survit c'est en partie parce qu'il s'amortit à l'extérieur de nos frontières.

Cinergie : Outre les festivals où nos films sont invités, vous organisez des semaines de films à l'étranger qui ont de plus en plus d'impact?

Philippe Suinen : Ces deux dernières années, nous avons organisé des festivals de films belges à la Film Society of Lincoln Center à New York qui a eu un franc succès et un festival en Algérie. Avoir dans ce pays une manifestation centrée sur le film belge est également un appel d'oxygène. L'Algérie est un des derniers pays avec lequel on a passé un accord-cadre de coopération, ce n'est donc pas tout à fait par distraction que nous y avons été. (rires).
L'année dernière nous étions également le pays invité du Festival international du film de Valladolid. Cela signifie, pour nos films, la prise en charge des frais de tirage d'une copie sous-titrée en anglais et en espagnol. Ce fut le cas pour C'est arrivé près de chez vous ou avec Rosetta et Le Fils des frères Dardenne ou Une part du ciel de Bénédicte Liénard lorsqu'ils ont été sélectionnés au festival de Cannes.

C'est encore le cas pour Folie privée de Joachim Lafosse, qui après Angers sera cet été à Locarno. Par ailleurs certaines de ces rencontres s'accompagnent de Rencontres professionnelles entre producteurs belges et producteurs ou distributeurs du pays concerné. Dans ce cas le CGRI prend en charge les frais de déplacement de l'ensemble des représentants belges. Ces rencontres étant organisées avec le Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel du Ministère de la Communauté française.
Nous organisons également des rétrospectives consacrées à l'oeuvre de Chantal Akerman, Gérard Corbiau , Luc Dardenne et Jean-Pierre Dardenne, André Delvaux, Thierry Knauff. Cette année, outre un hommage à André Delvaux en Espagne et à l'Institut français de Cracovie nous avons aussi soutenu Les rendez-vous du cinéma québécois et l'Atelier Grand Nord, consacrés aux scénarios de langue française. Il s'agit d'un partenariat entre 4 états francophones : la France, le Québec, la Communauté Wallonie-Bruxelles et la Suisse. Sans compter notre collaboration au Centre Pompidou pour l'hommage rendu à Chantal Akerman en diffusant l'intégralité de son oeuvre. Cette manifestation a donné lieu à une publication, co-éditée avec Les Cahiers du Cinéma : Chantal Akerman, autoportrait en cinéaste.

C. : Un bel album avec un DVD permettant de découvrir Saute ma ville, le surprenant premier film de Chantal Akerman. Dans l'immédiat, se profile le festival de Douarnenez (17 au 24 août) où beaucoup de films belges, des deux communautés sont programmés. Vous avez écrit un livre sur les minorités. Comptez-vous vous y rendre ?
Ph. S. : Oui. D'autant qu'il s'agit d'un festival intitulé « les Belgiques » (voir infos). Il y aura plus d'une vingtaine d'artistes belges (réalisateurs, plasticiens, auteurs de bd, musiciens) qui s'y rendront. Par contre, on me demande de participer à un débat sur les labyrinthes belges mais la Belgique n'est pas un labyrinthe ! C'est un lieu de diversité, multiculturelle, multichrome où chacun à un niveau de subsidiarité qui correspond à sa spécificité. Ce n'est donc pas un labyrinthe. 

C. : Et ensuite, quel sera le pays qui découvrira nos films ?Ph. S. : Les Etats-Unis, plus exactement New York découvrira du 27 novembre au 9 décembre, un Focus on Black Belgian Cinéma dans le cadre du 12th African Diaspora Film Festival. Il s'agira, selon le souhait des organisateurs, d'oeuvres que nos cinéastes ont réalisées en rapport avec l'Afrique noire.C. : Comment expliquez-vous le peu de succès des films de notre communauté en Wallonie et à Bruxelles alors qu'ils remplissent de plus en plus de salles à l'étranger? C'est notamment le cas du Fils le superbe film de Jean-Pierre et Luc Dardenne, qui a eu plus de spectateurs à l'étranger et en Flandre que dans la Communauté française ?
Ph. S. : La Belgique est un pays de diversité qui comprend plusieurs identités. Ce phénomène identitaire est positif car il implique qu'on essaye le contact avec l'autre. On essaye de se montrer tel qu'on est et d'être en contact avec l'autre tel qu'il est. Ce qui appelle l'internalisation, l'échange. C'est pour cela qu'il m'arrive de dire que la Wallonie est dans un phénomène d'internationalisation militante. On a une capacité d'intégration et d'absorption, de co-existence qui fait que nous n'avons pas de réflexe « chauvin » car nous sommes métis par définition. On est à l'écoute du monde tout en ayant nos racines. Le câble télévisuel est une bonne illustration de cela avec la mosaïque de chaînes qu'il offre.

C. : Le CGRI a développé, au fil du temps, dans la Communauté européenne et hors de celle-ci, des accords de partenariats culturels. Vous en êtes à plus de trente pays ?
Ph. S. : On a des accords de coopération, aussi bien au Nord qu'au Sud. On a par exemple, un partenariat avec les huit pays qui viennent de rentrer dans l'Union européenne, avec accord-cadre de coopération, commission mixte, enveloppe budgétaire, etc. mais aussi avec huit pays en voie de développement.

C. : Je vois que vous développez un partenariat avec Hanoi.
Ph. S. :
Oui.

C. : L'ouverture vers l'Asie dont le cinéma de création se développe parallèlement aux films de genre (Hong Kong, Japon) nous paraît importante. C'est une façon de contourner l'emprise écrasante du cinéma hollywoodien ?
Ph.S. :
C'est un débat fondamental qui concerne la diversité culturelle. La Communauté française et la Région wallonne sont impliqués dans ce débat. On réclame un instrument juridique contraignant pour que les gouvernements puissent continuer à avoir le droit et la pratique d'intervenir en faveur de la production et de la diffusion de biens et services qui reflètent leur identité ainsi que leur expression culturelle. Au sommet francophone de Beyrouth, il a été décidé que cet instrument serait logé à l'UNESCO. De façon à ce qu'il n'y ait pas possibilité d'un recours, de l'organisation d'un panel dans le cadre de l'OMC en défaveur de gouvernements comme le nôtre qui interviennent -et on est fier de le faire - en faveur de la diffusion de biens et services culturels. Un monde sans diversité est un monde dangereux. Il l'est déjà actuellement, mais le serait davantage sans cette diversité. Parfois on a présenté le phénomène identitaire comme impliquant un repli. Ce qui n'est pas vrai. C'est parce qu'on est tel qu'on est qu'on a envie de le montrer aux autres donc il y a une part d'identité dans l'altérité. Le monde doit se baser sur la protection des identités et des minorités, c'est là quelque chose qui me tient à coeur.
On espère que le débat n'ira pas à un train de sénateur au sein de l'UNESCO sur cette directive de façon à éviter un hiatus, une période intermédiaire où on serait incertain par rapport aux décisions de l'OMC. C'est un débat d'une importance, pour l'avenir, d'une importance et d'une densité extraordinaires.

C. : Nous pratiquons la politique de la diversité culturelle. Que pensez-vous du système des quotas mis en place par la Corée du Sud qui lui permet de produire quelques 140 films par an? 
Ph. S. : Il y aussi une part de quotas dans la directive « Télévisions sans frontières. » Ce qui compte c'est le résultat et il doit être visible pour les opérateurs et les créateurs.
On parle de la Corée. C'est un bon exemple, nous avons à partir de la fin du mois d'août une exposition à Séoul sur notre bande dessinée. Dans la préface du catalogue je me suis permis d'insister sur la diversité culturelle, car les Asiatiques ont des thèses fort peu éloignées des thèses américaines. On organisera également en septembre un séminaire avec nos partenaires vietnamiens à Hanoi sur la diversité culturelle. Ce n'est pas par hasard si l'on a choisit l'Asie. C'est là qu'il faut convaincre que la mosaïque des identités culturelles est une richesse et non un appauvrissement. Cela se fait dans le cadre de l'ASEF (Association entre la Communauté européenne et l'Asie du Sud-Est et qui a son siège à Singapour.)
Mais il faut mettre sur le même pied, la libre circulation. Il ne faut pas ériger de nouvelles frontières. Le principe de base consiste à protéger sa production locale tout en restant ouvert aux productions et créations des autres. C'est pourquoi la libre circulation des artistes et des créateurs, c'est un vieux rêve qui souvent se cogne le nez contre un mur qui s'appelle Schengen mais qui doit continuer à être soutenu. On aura la reconnaissance de la spécificité que si on organise des courants d'air et que s'il y a des oeuvres et des créateurs qui s'y engouffrent et y circulent.

C. : Vous ne pensez-pas que c'est une faiblesse mais surtout une chance pour le cinéma de la Communauté française de devoir monter des coproductions internationales pour exister. Nos auteurs sont obligés de s'ouvrir au monde extérieur.
Ph. S. : On peut formuler les choses plus positivement encore : le partenariat est une valeur ajoutée. Nous sommes placés dans une situation où celui-ci a presque une valeur existentielle. Et tant mieux. Cela peut être considéré comme une faiblesse mais il ne faut pas être dans un schéma trop rationnel. On est parvenu, dans les productions, à avoir un état d'esprit et une volonté de créer qui ne cesse de s'affirmer.

C. : De façon symétrique et inverse depuis peu les réalisateurs français découvrent les compétences artistiques et techniques de notre communauté à travers des co-productions. Et donc la circulation s'établit dans les deux sens.
Ph. S. : Nous avons aussi un système fiscal qui encourage à tourner chez nous...Il est vrai que l'ancienne condescendance, dans le créneau du cinéma, a prit la forme d'une curiosité suivie d'un raisonnement plus intéressé. Nous, au CGRI, organisme d'intérêt public qui soutient les créateurs, devons répondre à de plus en plus de demandes. Notamment dans le cadre de semaines Wallonie-Bruxelles du Cinéma, de rétrospectives. Donc, il y a le réflexe d'organisateurs qui ont intégré le cinéma belge, notamment le cinéma belge francophone, dans leur organigramme. Ils se disent qu'on se renouvelle sans cesse et qu'on a des films singuliers. Ils ne nous oublient plus dans leur programmation. Ce qui est une forme de notoriété qu'ont acquis nos créateurs. On ne peut que développer ce mouvement. Notamment pour les films qui sont en compétition, assez régulièrement on prend en charge la version anglaise, y compris les frais de traduction et la version espagnole. Il y a donc là une certaine pratique qui aide à la prise en considération de notre cinéma au niveau international. Ce qui est logique puisque l'art et la création ont une dimension universelle. Sans parler de nos publications que vous connaissez.

C. : Les publications tant pour les monographies de réalisateurs que les dictionnaires sur le documentaire sont devenus des outils indispensables à tous ceux que le cinéma belge francophone intéresse. Comptez-vous poursuivre - avec le concours de la communauté française de Belgique - dans la voie de l'édition ?Ph. S. : Oui, tout à fait. On s'efforce, malgré le contexte budgétaire, de conserver une ligne éditoriale cohérente. Ce sont des outils qui font connaître le travail de nos réalisateurs. On espère faire prochainement une mise à jour du Dic Doc puisque la publication à déjà cinq ans d'âge. Et on a un projet sur  Filmer la danse  puisque non seulement Thierry Knauff, Eric Pauwels, Michel Jakar, Thierry De Mey mais aussi Chantal Akerman y ont consacré une partie de leur activité cinématographique.
 

Contact : CGRI
Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française de Belgique
Place Sainteclette 2, B-1080 Bruxelles
Tél. : 32.2.421.82.11.
Courriel : rwb.cgri@cfwb.be 
Site  : www.wbri.be

A signaler aussi : Le Bureau de Liaison du Cinéma de l'Espace Francophone Boulevard Léopold II, 44, 1080 Bruxelles
Site : http://www.cinemasfrancophones.org/

Centre du cinéma et de l'Audiovisuel
Service Général de l'Audiovisuel et des Multimédias de la Communauté française de Belgique.
Boulevard Léopol II, 44, 1080 Bruxelles
Tél. : 32.2.413.22.43
Courriel : daav@cfwb.be
Site : www.cfwb.be/av

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