Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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mars 2007

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08/03/2007
Mots-clés : rencontre,
 

Pierre Duculot à propos de Dernier voyage

Cinergie : Quelle est l’histoire de Dernier voyage ?
Pierre Duculot : À la veille des vacances, une famille (le papa, la maman et la petite fille) s’apprête, comme tous les ans, à partir. Le problème, cette année-là, c’est que la grand-mère est à l’hôpital. Ils ne savent pas trop s’ils peuvent partir ou non, mais, progressivement, on découvre que cette grand-mère n’est peut-être pas si malade que ça et qu’elle a envie de dire à sa famille de ne pas l’abandonner cet été. Ce qui m’intéresse, ce sont les rapports entre les trois générations ainsi que l’affectif face au matérialisme d’une situation.

C : Comment te situes-tu par rapport à Dormir au chaud ?
P.D. : J'aime bien les films plutôt humanistes et positifs. C'est très facile d'écrire un drame social qui finit mal, mais je pense que dans la vie, il y a des petits drames qui s'arrangent toujours tôt ou tard. J’avais traité Dormir au chaud sur un mode réaliste. Ici, c’est un autre angle : une comédie avec des effets de manche. Donc, ça se veut une comédie : si les gens ne rient pas, je rate mon coup.

C : Ton premier film se passe dans un village hennuyer et le deuxième, dans un hôpital carolo. Au-delà du changement d’univers, il y a quand même un thème qui revient : celui du rapprochement entre des mondes censés être opposés.
P.D. : J'aime les amitiés entre personnes de générations et de mondes différents. Je pense que c'est un sujet dont on ne parle pas parce qu'aujourd’hui, on est de plus en plus cloisonné : les jeunes entre eux, idem pour les gens de 50 ans, les Arabes, les Belges, les riches, les pauvres, … Moi, j'aime bien l'idée des incidents qui permettent aux gens de différents milieux de se rencontrer et, contrairement à ce qu'on pense, de très bien cohabiter et de s'apporter des choses mutuellement. C'est le sujet des deux courts, du troisième qui arrive et aussi de mon premier long. (…)
Je trouve que c'est souvent dans la confrontation que quelque chose naît au cinéma. Les milieux uniformes et homogènes me paraissent trop artificiels. La vraie vie, c'est autre chose, c'est d'autres gens : c'est le chauffeur de taxi qu'on croise, le gars avec qui on prend le bus, la personne avec qui on discute dans la rue…

C : La comédienne principale de ce court est Suzy Falk. Pourrais-tu m'en parler?
P.D. : J'ai choisi Suzy Falk parce que, pour moi, c'est une comédienne exceptionnelle, qui, fait rare pour les actrices de sa génération, est habituée au travail face à la caméra et sent très intuitivement quand on peut flirter avec l'excès et quand il faut privilégier la sobriété. Suzy, c'est la mémoire vivante du théâtre en Belgique. Elle a fêté ses soixante ans de carrière et elle a tout joué, sur toutes les scènes. Cela me touche énormément de voir que malgré cette carrière, elle continue à donner avec générosité son temps et son énergie, sans ménager sa fatigue, uniquement au service du projet : elle a viscéralement le sens du collectif. C'est aussi quelqu'un qui voit parfaitement les petits défauts d'un scénario. Elle a beaucoup travaillé sur des films d'école. Plus d'une fois, tant dans les répétitions qu'au tournage, elle a proposé des améliorations sur des détails, des mouvements, des costumes, auxquels personne n'avait pensé. Enfin, ce qui ne gâche rien, elle a un humour et un franc parler tout à fait réjouissant.

C : Christelle Cornil, bien présente dans Dormir au chaud, figure à nouveau au casting. Pourquoi lui avoir proposé un rôle bien plus féminin qu’à l’accoutumée ?
P.D. : Ça m’amusait de voir Christelle jouer autre chose que d’habitude : [dans mon film,] elle est une mère caricaturée, une bourgeoise cul serré, avec les talons, les fringues et les vacances à Marbella. À force de la faire jouer la bonne copine en gros pull, la fille sympa, rigolote et décontractée, on a oublié qu’elle était capable de camper une belle fille sexy d’autant qu’elle a une force de composition incroyable comme comédienne.

C : Comment as-tu pensé à Carlo Ferrante, offrant souvent des prestations comiques dans les courts métrages alors qu’il se révèle ici plutôt sérieux et tendu dans le rôle du mari et du fils ?
P.D. : C’est en le voyant dans le film de Vincent Lannoo, Ordinary Man, dans les scènes où il est un peu coincé par toutes ses bêtises. Il joue remarquablement le mec qui ne sait pas ce qu’il doit faire, qui est hésitant, pudique et gêné. Le sujet du film parle de la confrontation à la mort de sa maman, au malaise face aux médecins et aux infirmières. Je pensais qu’il allait être juste dans ce genre de graves moments d’hésitations et, effectivement, il est incroyable. Et puis, c’est un comédien qui a fait beaucoup de cinéma et c’est très bien parce qu'il ne théâtralise pas trop.

C : Il y a un autre personnage que je voudrais aborder avec toi : celui de la jeune infirmière arabe qui se lie d’amitié avec la vieille dame…
P.D. : …Qui est très important ! C’est la complice de la vieille dame. C’est une comédienne épatante qui s’appelle Safya Latreche. Au cinéma, elle n’a quasi rien fait. (…) Ce n’est pas évident de trouver une jeune comédienne arabe de 20 ans; il n’y en a pas plein les conservatoires. J’en ai vu d’autres, mais c’est vraiment elle qui m’a flashé. Et ici, elle étonne tout le monde : il y a trois jours qu’elle est là, elle n’avait jamais vu de caméra en vrai et elle est juste à tous les coups.

C : Qu’est-ce que tu retires de l’expérience « Dormir au chaud » et plus généralement, du travail sur un plateau ?
P.D. : Dormir au chaud a, à ce jour, été vendu en télévision en Belgique et en France. Il a fait 35 festivals, eu des prix, donc il tourne bien. Je ne vais vraiment pas m'en plaindre. C'est vrai qu’au début, il était accueilli avec sympathie. Pour les gens, c’est un film fait par ce journaliste qu'ils connaissaient. Maintenant, ils se disent : « c'est le film belge qui a pas mal tourné ces six derniers mois. Qu'est-ce que ce gars est capable de faire sur le suivant ? ». En même temps, très honnêtement, sur le plateau, j'apprends tous les jours. Je n'ai jamais fait d’école de cinéma, j’étais juste, à l'occasion, attaché de presse sur quelques films. Donc, je suis vraiment le moins formé de la bande et en apprentissage permanent sur un plateau. J'ai presque envie de dire « un peu d'indulgence, s’il vous plaît (rires)! »
C'est presque compréhensible que ce ne soit pas d'un grand professionnalisme à tout niveau vu que je suis un cinéaste débutant. C'est pour ça que je veux encore faire un court avant de passer à un long; j’ai besoin de travailler, d'apprendre, de me confronter à des situations. Dans le prochain court métrage, il y aura, par exemple, beaucoup d'extérieurs, alors que, jusqu'à présent, je n'ai quasiment tourné qu’en intérieur et des scènes d'action alors que mes films sont très calmes.

C : Est-ce que tu sens que tu te positionnes de plus en plus en tant que réalisateur ?
P.D. : Je dirais ça après Dernier voyage (rires)! Le premier s'est très bien passé, donc, j'ai pu monter le deuxième assez facilement. Je prends du plaisir à la fois à préparer les films, à les écrire, à travailler avec la production et sur le plateau de tournage aussi. J'aime beaucoup ça, donc oui, j'ai envie de continuer !

 

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