Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
15/01/2001
Mots-clés : rencontre,
 

Pierre-Paul Renders

 " Je suis hanté par la peur de tomber dans la normalité. Je suis d'ailleurs réfractaire aux habitudes. C'est pas très pratique tous les jours. Comme je suis assez pondéré j'ai une réputation de diplomate. J'aime être à contre emploi de ce que l'on pourrait penser que je suis parce qu'il n'y a rie de plus déprimant que de se laisser enfermer dans les choses. Il faut explorer la multiplicité qui est en nous. Thomas est amoureux parle de ça, du fait qu'on s'enferme soi-même trop souvent dans une image de soi que la société nous demande d'assumer.On doit choisir une carrière et on doit s'installer. Ca m'effraie parce que j'ai l'impression que ca tue ma créativité, mon goût de la vie même si par ailleurs je peux être quelqu'un de très raisonnable. Si j'ai choisi le métier de réalisateur c'est parce que c'est un métier où il est difficile de s'installer en tout cas lorsqu'on choisit de ne pas rentrer à la Télé. La notion de carrière m'effraie plutôt qu'elle ne me rassure. La réalisation est un métier où l'on peut changer tout le temps passer du documentaire à la fiction voire à la pub.
Et puis, surtout, quand on termine un long métrage - ce qui vient de m'arriver - on repart à zéro dans une nouvelle aventure avec de nouvelles personnes. On ne s'enferme pas " nous explique Pierre-Paul Renders, l'oeil pétillant de malice, un réalisateur trentenaire, qui dégage une sympathie immédiate. Pour l'heur, il fait une pause, regarde en silence vers nulle part, toussote, hum...hum, extrait un kleenex délicatement de sa boîte, le déplie, le lisse sur la table et le plie en quatre le geste aussi mesuré, qu'il a la parole vive. Passionné par son sujet, il est intarissable. C'est une aptitude qui frise l'attitude : parler à toute allure, comme Michaël Schumacher conduit sa Ferrari sur les circuits de F1 ou Gérard Depardieu récite Racine à la belle Carole Bouquet. Plaît-il ? L'ivresse verbale ! Hum, bien sûr (bien qu'il ne boive que de l'eau). Moui, c'est ça. Enfant et adolescent Pierre-Paul aime les contes : " Tout ce qui racontait des histoires : la littérature, la bande dessinée, le théâtre, le cinéma ". Il écrit, dessine et pendant ses études à le bonheur de rencontrer des professeurs de latin et de grec passionnants et passionnés par les matières qu'ils enseignent. Dans la foulée il passe une licence en philologie classique et en orientalisme, ce qui lui permet de goûter aux charmes du vieux slave et du sanskrit " J'avais envie d'étudier les auteurs qui fondaient notre pensée et notre langue ". Mais aussi d'étudier le langage comme moyen de communication, " comment rentrer dans la pensée de quelqu'un d'autre pour pouvoir dialoguer, comment éviter des conflits récurrents avec une même personne parce qu'on est incapable de changer son point de vue ". L'IAD lui semble une continuité logique : après le langage écrit, celui de l'image, autre versant de la communication. Il y rencontre Yvan Lemoine, Geneviève Meersch, Fréderic Fonteyne, Béatriz Flores, Pascal Zabu, et en prime, Philippe Blasband et Benoît Verhaert (qui, pour leur part, y passent, en coup de vent, pour filer, toutes voiles dehors - excusez, votre serviteur pour cette métaphore filée, un brin usée -- à l'INSAS). "Ce sont des rencontres qui, pour moi, ont été fondamentales ", souligne-t-il. Il réalise un vidéogramme sur les jumeaux et puis, La Tendresse, son premier court métrage professionnel qui est l'un des épisodes des Sept péchés capitaux 1991). Un film sans dialogue où il entend combiner l'imagination et l'émotion (" l'imagination sans émotion ça ne donne que des clips vidéos "). Il fait remarquer, à votre serviteur, que son prénom lui va comme un gant : Pierre est l'instinctif et Paul l'intellectuel. Lorsqu'on lui demande quelles sont ses référents cinématographiques, il répond sans hésiter, du tac au tac : " David Lynch et David Cronenberg. Mais le film que j'aurais aimé faire c'est Brazil de Terry Gilliam que j'ai vu l'année où je suis entré à L'IAD. Il était plus de dix ans en avance sur son temps. C'est un film qu'il faut voir et revoir. Je suis un fan de l'imagination, pas seulement comme moyen de divertissement ou d'évasion. L'imagination c'est essentiel dans la vie de tous les jours. C'est comme le sport, c'est un muscle. Un peu d'imagination, même à petite dose, ça fait du bien. Ca aide toujours à résoudre un problème . On a tous, quand on voit les enfants dans les écoles primaires on voit qu'ils en ont. Malheureusement on en manque dans le système éducatif. Faire du cinéma c'est essayer de dérouiller l'imagination des gens, leur donner à manger autre chose et laisser au spectateur le soin d'imaginer le hors-champ ". C'est ce qui lui a plu dans le scénario de Thomas est amoureux rédigé par Philippe Blasband. Le tournage a pris cinq semaines et la post-production neuf mois, comme la gestation d'un enfant (rappelons que votre serviteur a rendu compte de l'étape du montage dans votre webzine favori d'octobre 1999, lien Archives et Le moniteur du Film n°179). " Au montage j'étais heureux tout le temps, poursuit-il le sourire éclatant, j'ai été verni d'être soutenu par Diana Elbaum, par que là, pour le coup autant on avait été économe au tournage, autant on explosé en post-production, en explorant des possibilités dont je ne soupçonnais pas, au départ, la part créative. C'est comme aller à la pêche et ramener de gros poissons ".
Nous ne nous appesantirons pas sur les fonds inter-séquences, les jump-cut invisibles, la construction minutieuse des effets de parasitage, vous verrez un film dont nous rendrons compte dans notre webzine de Février.
Présenté pendant la journée de la Communauté française au Festival International de Bruxelles, le 23 janvier 2001, le film a été diffusé, en temps réel, en avant-première, sur Internet pour les heureux possesseurs d'une ligne ADSL (accès Internet à haut débit).

 

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