Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Juin 2002
01/06/2002
Mots-clés : tournage, rencontre,
 

Pierre-Paul Renders & Frédéric Sojcher - ARPF

 Cinergie : Pourquoi la création d'une nouvelle association de réalisateurs alors qu'il en existe déjà quatre si l'on compte les réalisateurs de télévision ?
Pierre-Paul Renders : L'association qui nous représentait avant la création de l'ARRF était l'ARPF. Au départ, c'était une association de réalisateurs qui par la force des choses étaient aussi producteurs. La structure belge étant telle qu'il était impossible de réaliser un film sans le produire soi-même. Mais la structure du cinéma a évolué en Belgique. On a vu l'émergence de vrais producteurs et de vraies associations de producteurs. Et l'ARPF est devenue davantage une association de producteurs-réalisateurs que l'inverse. Tout d'un coup, les réalisateurs se sont trouvés avec le sentiment que personne ne les représentait dans la singularité qui est la leur.
Frédéric Sojcher : Il y a dix ou vingt ans, la situation n'était pas la même qu'aujourd'hui. Pierre-Paul Renders, Frédéric Fonteyne ainsi que d'autres membres de l'association n'ont pas créé des structures de production.
Dès lors, où faut-il les situer ? D'autant que les réalisateurs ont leur propre identité. Or, il n'existait pas d'association pour représenter les réalisateurs qui ne sont pas producteurs. D'où l'idée de l'ARRF. Il est plus sain que chacun représente sa singularité, même si l'on sait qu'on va faire du cinéma tous ensemble par après. Il ne faut pas s'affronter les uns les autres, mais il faut que chacun puisse défende la démarche qui lui est propre.

C. : Allez-vous défendre le droit d'auteur à travers les différents supports, notamment le numérique, qui existent ?
P.-P .R. : Pour Thomas est amoureux, j'ai cédé les droits d'exploitation à mon producteur. C'est comme ça que ça marche. On peut revoir les choses. Le fait est qu'on met souvent ces cessions de droits en participation pour boucler le budget d'un film qui, sans ça, n'existerait sans doute pas. Le droit d'auteur est une question spécifique par rapport à l'ensemble des problèmes que nous rencontrons dans notre travail. En entrant dans l'association, je me suis rendu compte qu'il y avait une série de questions auxquelles il fallait réfléchir puisque c'est notre métier en tant qu'auteurs et détenteurs d'une culture propre. L'important est qu'on puisse continuer à faire un travail de qualité. Il faut éviter les dérives. Le droit d'auteur est un combat important, mais nous ne sommes pas les seuls à le mener. La SACD s'y consacre et fait bien son boulot.
On avait trois raisons importantes pour se lancer dans cette association. La première est qu'on s'est rendu compte que par essence les réalisateurs sont individualistes et qu'il n'y a pas ou très peu de rencontres entre nous pour échanger des idées. Il n'y avait pas de lieux pour cela. La deuxième est qu'on avait tous envie d'être partie prenante dans le débat général qui agite les professionnels de l'audiovisuel depuis les revendications du collectif 2001. On désirait, en tant que réalisateurs, participer aux discussions qui ont lieu sur les priorités à donner. Le troisième élément est toute la question de l'exception culturelle. La volonté de défendre l'idée que l'économie doit être au service de la culture et pas l'inverse. On voulait une plate-forme de réflexion et d'action pour défendre ce point de vue de l'exception culturelle en accord avec d'autres associations (en Belgique et à l'étranger).
F. S. : Il va y avoir une réunion à Montréal. C'est ce genre de thèmes-là qui seront mis en avant, de même que la problématique du droit d'auteur. Sur le continent américain, ils sont plus menacés que nous. Le risque qui existe en Belgique est qu'officiellement on ait le droit d'auteur mais que dans la pratique, on considère de plus en plus le réalisateur comme un exécutant et que les salaires ne soient pas à la hauteur des copyrights américains. Il y a des bases syndicales aux États-Unis, ils ne peuvent pas être payés n'importe comment même s'ils cèdent leurs droits. Bon, si maintenant en Belgique, on a des petits salaires et qu'en plus on perd le droit moral sur l'œuvre… Je pense que si on regarde la perspective sur les vingt dernières années, en Belgique, on voit que c'est un cinéma d'auteur. Mais ce n'est pas pour ça qu'il n'y a pas des films qui ont eu des succès commerciaux.
P.-P. R. : Je pense que ce sont un peu les règles du jeu. Un réalisateur ne doit pas contrôler son producteur et inversement. On pourrait imaginer que dans les contrats, il y a ait une association dans les idées. C'est la question du droit moral, comment le réalisateur peut continuer à avoir un droit de regard sur son œuvre après que le film est terminé.
Les réalisateurs ne font pas ce métier uniquement pour l'argent pas plus qu'ils n'ont des désirs de stars ; ils ont juste envie que leurs films soient vus afin de pouvoir faire les films suivants. On n'est pas réalisateur pour s'enrichir mais il faut pouvoir vivre de son métier. 
On est parfois surpris de voir un film, pour lequel beaucoup d'argent public a été versé, ne rester qu'une semaine à l'affiche. Comment trouver des formes alternatives de diffusion ? Si on proposait au Ministère de l'Éducation, pour les réalisateurs qui le souhaitent, d'être payés au même tarif qu'un enseignant pendant trois mois pour aller dans les différents lycées de Wallonie présenter son film et faire un travail pédagogique autour de son film ?

C. : Bonne idée, en effet, la transmission entre générations, c'est crucial.
F. S. : Il y a différentes générations de cinéastes. Il est intéressant d'avoir une transmission des films de notre communauté. On est en train de mettre en place, avec la Cinémathèque Royale de Belgique, un cycle de projection avec pour principe qu'un réalisateur présente le film d'un de ses collègues.
Par ailleurs, il faut préciser qu'il y a différentes tendances qui sont représentées dans l'association. Parmi les membres, chacun a ses priorités. Le domaine d'action possible s'amplifie à chaque fois. On ne veut pas passer pour une association de réalisateurs frustrés ou aigris parce qu'exclus d'un certain type de production. Par contre, on a envie d'avoir le plus de poids possible, d'être rejoints par le plus possible de réalisateurs.

C. : Etes-vous en contact avec la partie néerlandophone du pays ?
P.-P. R. : Il y a un effet de miroir avec le côté flamand. Une association similaire s'est créée presque en même temps que la nôtre. On évolue en parallèle. On en a entendu parler la première fois qu'on s'est réunis. Et on a salué leur initiative.
Il n'y a pas de frontière linguistique pour nos problématiques. Cela se passe au niveau national.
F. S. : Je ne voudrais pas qu'on apparaisse comme un club fermé. On voudrait être ouvert à tout le monde. Mais on ne connaît pas tout le monde… Il faut nous contacter. La seule limite est que les gens prennent connaissance de la chartre et qu'ils y adhèrent. On accepte que les producteurs-réalisateurs participent à l'ARRF mais seulement en tant que réalisateurs.

C. : Le statut de l'artiste vous satisfait-il ?
F. S. : Pas du tout. Dans le projet actuel, en ce moment (début mai 2002), le réalisateur n'est pas représenté dans le " statut de l'artiste ". On se bat pour changer ça. C. : Quels sont vos projets ?
P.-P. R. : On va faire des conférences. La première aura lieu sur le tax-shelter. Suivra le statut social et fiscal du réalisateur en collaboration avec la SACD et la CGSP, ainsi que la commission de sélection qui pourra expliquer son mécanisme et ses choix qui sont, comme vous le savez, l'objet de multiples rumeurs dans le milieu du cinéma. S'il y a une transparence, tout le monde va y gagner.

C. : Ce n'est pas nous qui vous démentirons. J'imagine qu'il y a des tarifs d'inscription ?
F. S. : Deux tarifs de cotisation. Il y a les membres effectifs, il faut alors avoir réalisé soit trois courts métrages soit un téléfilm ou un long métrage ou un documentaire, c'est 75 €. Et les membres stagiaires, catégorie destinée à tous les jeunes cinéastes, et là c'est 30€.

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