Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
10/10/2011
 

Pina de Wim Wenders

Les rêves manqués


«Longtemps, j'ai pensé que le rôle de l'artiste était de secouer le public. Aujourd'hui, je veux lui offrir sur scène ce que le monde, devenu trop dur, ne lui donne plus : des moments d'amour pur. »

Deux ans déjà que la célèbre danseuse et chorégraphe allemande, Pina Bausch, a disparu. Dans son éternel voyage, Pina a emporté sa danse avec le monde, l'essence de l'incurable désir d'amour, les difficultés avec l'autre, qu'elle a transmises durant plus de trente ans. Elle a emporté cette beauté silencieuse qu'elle a su saisir en plein vol. Wim Wenders avait rêvé d'un projet non pas sur elle, mais avec elle. Sa mort brutale a transformé l'idée première pour faire naître ce film en forme d’hommage, Pina, édité aujourd'hui en DVD par Cinéart.

L'enthousiasme qu'a suscité Pina de Wim Wenders est sans précédent. Comment un film d'auteur, sur la danse, a-t-il pu tenir l'affiche aussi longtemps, faire un nombre aussi impressionnant d'entrées ? Cet incroyable intérêt a, très certainement, été suscité par l'utilisation de la 3D, ouvrant une nouvelle voie pour le cinéma de manière plus décisive qu’aucune autre réalisation. Du coup, même le large public étranger à la danse autant qu'à la chorégraphe, est venu en masse voir la virtuosité enfin rendue possible. Et de la virtuosité, il n'en manque pas pour donner au spectateur la sensation du mouvement, bref, pour pénétrer intimement dans les remous, les impulsions, et les trajectoires des corps, pour les vivre avec eux. De même, si le port des lunettes 3D ternissait toujours les couleurs, Wenders parvient à introduire dans Pina des couleurs flamboyantes, des lumières éclatantes qui laissent béat d'admiration. Pari réussi donc pour une 3D qui n'est plus un gadget clinquant et inutile, mais donne toute sa force au propos, se fait même narrative, et lui donne littéralement corps. Du coup, le film est un objet visuel irréprochable qui s'empare de la beauté et la projette comme rarement. Pourtant, la beauté peut-elle se satisfaire d'elle-même ? Quel souvenir garde- t-on du film quelques semaines après ? Si Pina est étonnant dans le présent de sa vision, il s'efface malheureusement bien vite, ne laissant derrière lui qu’un sillage vague, l’ébauche d’une couleur. Beau, mais encore ?
On se demande si Wenders, sous le poids de la technique, a fini par disparaître, et avec lui, son point de vue d'auteur ou bien, si c'est la vénération qu'il portait à la chorégraphe qui a fini par le paralyser dans un hommage un peu figé. Le film, en effet, ne perce jamais le mystère Pina et à ce titre donne le sentiment d'arriver déjà trop tard. Plus spectaculaire qu’émouvant, plus esthétique que saisissant. Ni les témoignages des danseurs, ni les duos dansés en extérieur ne parviennent à nous empoigner comme le faisaient pourtant, en un instant, les ballets de la chorégraphe.
En 1983, une jeune Belge du nom de Chantal Akerman suit, avec sa petite équipe, les danseurs de la troupe de Wuppertal durant cinq semaines. En 26 minutes, Akerman, sans aucun artifice, et tout entière à la rencontre d’un monde dansé, nous restitue la violence de l’amour, l’incommunicabilité, le jeu sensuel et cruel des corps. Chantal, pas plus que Pina, ne recherche le beau… Une ronde effrénée, la courbe d’un dos, un geste répété jusqu’à l’insoutenable, un demi plié, racontent un monde qui ne cherche ni perfection, ni mesure, mais l’ivresse et le sentiment de ne faire qu’un avec lui. Et c'est bien grâce au film d'Akerman que l'on comprend alors pleinement cette injonction qui sert de sous-titre au film de Wenders, « Dansez dansez sinon nous sommes perdus » et qu'il met si mal en évidence. Un film beau comme l’antique et qu’on aurait tellement aimé plein de fureur, de cris et de joie.

Bonus

Interview de Wim Wenders
Hughes Dayez laisse la parole au réalisateur tout au long de trente minutes divisées en chapitres. Wenders explique la genèse du projet et la difficulté de transposer la danse à l’écran. La 3D lui offre alors l’accès à l’espace, espace qui est le royaume des danseurs. Le rêve partagé, avec la mort brutale de Pina, devenu impossible, s'est transformé en rêve solitaire.
Il exprime toute l’admiration qu’il voue à cette femme et à son art.

Berlinale tapis rouge
Les images glamour du tapis rouge berlinois. Sourire,flash et autographes.

Berlinale conférence de presse
Dix minutes du jeu questions/ réponses lors de la conférence de presse donnée par Wenders et les danseurs à Berlin.

Pina de Wim Wenders
Format :16/9 compatible 4/3 Son : Dolby Digital 5.1 Langues : Divers Sous-titres : Français, Néerlandais Bonus : Interview de Wim Wenders par Hugues Dayez + Berlinale Tapis rouge + Conférence de presse Berlinale.

Edité par Cinéart Twin Peaks
Existe également en version Blu ray 2D et 3D.

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