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01/02/2004
 

Playtime de Jacques Tati

 

Comme tous les films maudits -La règle du jeu de Jean Renoir en est un parfait exemple - Playtime est le film le plus éblouissant de Jacques Tati. Il a connu un succès critique démenti par un relatif insuccès qui a mené son auteur à la banqueroute. Renoir et Tati étaient-ils simplement en avance sur leur temps ? Dans le cas de Playtime, la ville futuriste dans laquelle s'égare Monsieur Hulot était, en 1967, tout à fait prémonitoire. Trente ans après elle est devenue banale même si le comportement de Monsieur Hulot,  l'homme catastrophe de la modernité et celui d'une horde de touristes américains perdus dans un Paris qui ne ressemble guère à celui des cartes postales, le sont moins.

« Je l'adore absolument. Je crois que c'est peut-être le plus grand cinéaste du monde. Playtime, c'est gigantesque, le plus grand film qui ait jamais été tourné sur les temps modernes », (1), écrivait Marguerite Duras.

Le film

Comme fable sur le grain de sable qui fait dérailler les mécaniques les mieux huilées, on fait difficilement mieux. Monsieur Hulot a rendez-vous dans un immense hôtel avec Monsieur Giffard. Tandis qu'il s'efforce de le trouver, une jeune américaine débarque à Paris avec un groupe de touristes pour visiter Paris. Ils sont conduits dans le même hôtel, une sorte de building de verre au parcours labyrinthique. Le soir, tout le monde se retrouve à l'inauguration du « Royal Garden », restaurant branché de la capitale dont les promoteurs essaient de dissimuler l'inachèvement..
La structure du film bien qu'elle n'adopte guère les règles de la narration classique est d'une grande précision. Comme le précise Tati, au début la ligne droite prédomine (les gens étant prisonniers des lignes tracées par une architecture moderne déshumanisée), ensuite, l'ouverture du Royal Garden inaugure la courbe, le cercle et la convivialité qui fait tourner les gens non plus comme des toupies mais des êtres humains enfin libérés d'un espace qui en faisaient des automates. Ajoutons que Tati est particulièrement vigilant en utilisant l'espace sonore du film. De manière récurrente, au plan d'ensemble qui domine le plus souvent l'image répond les gros plans sonores qui sont destinés à attirer l'attention sur un détail souvent situé à l'arrière-plan.

Suppléments

Les bonis supervisés apportent un réel supplément au film. Après une biographie en images réalisée par Stéphane Goudet, celui-ci, nous propose, en voix off, grâce aux images d'archives de l'INA, de pénétrer dans cette ville fantôme construite en 1964-1966, près de Vincennes : Tativille. Pour tourner Playtime, Tati y fit construire un studio six fois plus grand que le studio de la Victorine à Nice, où fut tourné Mon Oncle. Si cela lui permettait de maîtriser l'espace de la ville de Playtime, tourné en 70mm, cela lui occasionna un dépassement de budget considérable (au départ 2,5 millions d'euros, à l'arrivée : 14,4 millions d'euros). Tati surnommé « tatillon » pour sa méticulosité n'hésita pas à retourner un tiers du film. Deux plateaux de cent mètres sur vingt-cinq furent construits d'après les plans d'Eugène Roman, le chef décorateur. Malgré de multiples interventions auprès d'André Malraux, le Ministre de la culture de l'époque, le décor fut détruit. Sylvette Baudrot, la scripte, précise que Tati évitait le rouge parce qu'il voulait une couleur froide, désaturée donnant l'impression que le film était en noir et blanc
Les bonis offrent des précisions sur le travail de restauration entrepris par François Ede avec le soutien de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. Le négatif original était non seulement détérioré mais lors de sa redistribution en salles, en 1978, le film avait été réduit à 120'. C'est donc la seule version disponible à ce jour. Environ 7.500 images (5') ont été scannées en haute définition. Les plans retrouvés allongent le film de 6'.

JMV


Playtime de Jacques Tati, 1967, deux disques sur DVD, Cinéart, diffusion Boomerang Pictures.
(1) Référence bibliographique : Les yeux verts de Marguerite Duras, Jacques Tati de Stéphane Goudet, Tati de Michel Chion, trois livres parus aux éditions des Cahiers du cinéma.

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