Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2002
 

Plus que deux d'Yves Cantraine

Dès la lecture du titre, l'auteur du film nous place face à un dilemme : celui du plus que deux : faut-il prendre et comprendre ce"plus" comme additif ou négatif de la notion de "que deux" ? Le film débute sur une scène familiale, la mère, le père et les deux fils s'apprêtent à commencer le repas du soir et tandis que le père coupe le rôti il s'effondre victime d'une crise cardiaque.L'ensemble du film, muet a part quelques chants d'enfants, entretient ce climat de non-dit, une absence de communication et donc de dialogue qui plonge, le spectateur, dans cet espace malsain de la relation impossible ou interdite. Quatre plans sur le visage fermé de la mère suffisent pour illustrer le niveau d'échange ou d'ouverture possible dans cette famille réduite à ce trio matriarcal.

Après ce décès, les fils, très dissemblables tant physiquement que dans leur existence et leur travail (l'un est lunaire, poivrot et ouvrier débardeur tandis que l'autre est chef de chorale, raffiné à la limite de la manie) continuent maladroitement leur parodie de survie. Illustré par des images floues, quasi utérines, les frères indiquent leur souffrance de ne pas pouvoir se parler, ni s'entendre. Ce climat sobre comme forgé dans le destin monte en intensité, l'absence d'échanges et de paroles, le père pivot parti... Cela augure un tableau qui ne pourra que mener au pire. Drame d'autant plus évidemment sanglant qu'aucun des deux frères ne parvient à faire exister ses désirs et cela ne peut déboucher que sur une violence soulignée par l'utilisation récurrente du rouge dans les images.


Noir dans son propos, l'auteur de ce film nous plonge dans les tréfonds d'un simple drame familial débouchant sur une dimension digne de toute l'implacabilité de la tragédie antique.

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