Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Portrait musical de Arno

Rencontre avec Yvan Schreck, Samuel Thiebault et Arno sur le tournage de la 3e histoire des Histoires

Troisième histoire des Histoires est une série de films musicaux proposés par Culture Box, la plateforme web de France Télévision. Yvan Schreck, réalisateur, et Samuel Thiebaut, producteur, chapeautent cette nouvelle collection dont le premier épisode sera diffusé sur Internet le deuxième dimanche de janvier. Chaque histoire, découpée en trois épisodes, est prise en charge par un réalisateur spécifique. Les Histoires s'articulent autour d'auteurs compositeurs : Arno, Philippe Katherine, Arthur H sont de la partie. Le défi lancé aux réalisateurs ? Réfléchir à la place de la musique dans les films.

Rencontre avec Yvan Schreck, réalisateur du portrait consacré à Arno.

Cinergie : Comment définirais-tu ce que tu réalises ? C'est un portrait, un clip ? C'est quoi ?
Yvan Schreck: Ce n'est ni un clip, ni un portrait, ni une captation, ni un long-métrage, ni une fiction, ni un documentaire, je ne sais pas trop ce que c'est. C'est un peu un mélange de tout cela. L'idée de départ est de permettre à des réalisateurs et des auteurs compositeurs interprètes de faire une rencontre et de faire quelque chose qui soit à la fois de la musique et à la fois de l'image, du cinéma. La vraie question du film est comment la musique s'insère dans un récit cinématographique qu'il soit documentaire ou de fiction.

C. : Tu as choisi Arno parce que tu l'aimes bien, tu as voulu mieux le connaître ?
Y. S. : J'ai choisi Arno non seulement parce que j'écoute ses chansons depuis très longtemps, mais aussi parce que je l'avais déjà vu dans des films. C'est un personnage cinégénique qui se prête au récit, et cela fonctionne. Je lui expliquais les scènes et il les interprétait à sa manière.

C. : À partir du moment où il y avait seulement deux jours de tournage, je suppose que tout cela était préparé à l'avance. Tu avais fait tout le découpage avant ?
Y.S. : On a deux jours de tournage et un budget assez réduit et donc c'est beaucoup de préparation. On est venus deux fois à Bruxelles, on a repéré les lieux et très vite, je me suis rendu compte que j'aimais la zone du port et que je voulais faire un portrait de la zone portuaire à travers la musique d'Arno. Pas un portrait exhaustif, un portrait tout à fait subjectif. On a trouvé une petite histoire dans laquelle la musique pouvait avoir lieu.

C. : Tu as choisi le port pour mieux comprendre le personnage ou la musique d'Arno ?
Y.S. : Non, ce n'est pas pour comprendre un personnage car ce n'est pas un film sur Arno. Le port me touche car c'est l'entrée de Bruxelles. Et comme c'est la ville d'Arno, je me suis dit que ce serait assez intéressant. J'aimais aussi le côté industriel, on ne sait pas trop si c'est une zone habitée, non habitée, c'est une zone un peu à part.
J'avais déjà fait une première partie sur Rodolphe Burger. C'était le portrait de la vallée des Vosges, celle où j'ai grandi, qui est aussi la vallée de Rodolphe Burger. On essaie de trouver des lieux qui soient en cohérence avec ce qu'on fait avec l'artiste. Là, c'est Bruxelles parce que c'est proche d'Arno mais c'est aussi faire un pas de côté car c'est son Bruxelles à lui, ce n'est pas le centre ville.

Yvan SchreckC. : Tu avais discuté de tout cela auparavant avec lui ?
Y.S. : Oui, je lui avais envoyé un premier scénario qui ne lui convenait pas, puis je suis revenu ici et j'ai eu cette idée d'une espèce de campagne poétique et politique dans le port de Bruxelles car les paroles d'Arno sont assez ancrées socialement, mais toujours poétiques. Arno est sur le pont, il fait campagne et parle aux péniches qui passent. Le soir, il fait un meeting, qui s'avère être un concert dans le club de yachting, le BRYC. L'idée, c'était de mélanger tous les gens qui occupent ce port : du pontier au marin, en passant par le batelier. Arno écrit sur des petites choses, sur des gens simples, il a une écriture qui est presque enfantine. De plus, je trouve ça intéressant de confronter un artiste qui fait son métier à d'autres gens qui font le leur. Ce fossé qu'il peut y avoir entre faire son métier pour un artiste, qui est ici une star, et un pontier, finalement, il y a la même attention, le même désir de bien faire, parfois la même passion. C'est la même chose pour moi : je trouve ça important en tant que réalisateur d'avoir une notion de savoir-faire, voire d'artisanat.

C. : Tu as trois caméras sur place ?
Y.S. : C'est pour gagner du temps, car on n'a pas le temps de changer d'axe, de déplacer la caméra. Donc, dès qu'on le peut, on essaie d'en mettre au moins deux pour pouvoir se couvrir car c'est sûr qu'on est dans un rapport au tournage qui est assez pressé par le temps. Mais dans l'esprit, c'est plutôt filmé à une caméra. Il y a une caméra maître et une ou deux secondaires.

C. : Il y aura de la musique ?
Y.S. : La musique, ce n'est que de la musique live qu'on a tournée hier, ce n'est pas du play back. Il n'y aura pas de musique additionnelle. Sinon, la musique des sons de la ville. Il s'agit de trois titres à chaque fois et ce sont des titres qu'on a choisis par rapport aux paroles qui correspondaient vraiment au sujet. Ce sont des musiques inédites qu'il vient de créer pour son prochain album qui sort en janvier que je ne peux pas dévoiler.

C. : Est-ce qu'il y a une ambiance particulière en tournant ces jours-ci à Bruxelles ?
Y.S. : Le contexte est un peu particulier, le film devait être annulé, finalement on a quand même décidé de le faire en faisant appel à de la sécurité surtout pour la scène qu'on a tournée hier où il y avait beaucoup de monde. La seule chose que je pourrais dire, c'est que je suis vraiment content qu'on soit en train de le faire car c'est une manière de dire fuck à tout ce bazar et de continuer à faire des choses. Il ne faut pas se laisser intimider.


ArnoRencontre avec Arno

C'est que, face à Arno, nos questions restent souvent en suspens... Apparemment, Arno ne fait pas de campagne politique dans le film d'Yvan Schreck... Peu importe ce que l'on fait finalement, tant qu'on reste soi-même... C'est la grand-mère d'Arno qui le dit. Arno est fâché, le bazar actuel le déprime. Avant, c'était mieux, il y avait du partage, de la solidarité, on se passait le pétard. Maintenant, c'est fini. Et lui, voyeur peinard, le cul dans son fauteuil, il observe la scène et s'inspire de ce qui se passe pour le raconter. Il constate seulement. Loin de lui l'idée de vouloir changer le monde ou l'être humain avec ses chansons. Il fait trop de conneries et n'a pas la prétention de faire la morale aux autres. Son dernier album n'est pas nécessairement plus engagé : "J'ai seulement fini cet album au mois d'août en Angleterre, c'est encore un peu tôt pour le dire. Je ne peux pas encore prendre de la distance."
Arno aime bien le pont de Laeken sur le canal de Willebroek comme lieu de tournage. Bon, ce n'est pas Venise, mais il y a la flotte et pour cet originaire d'Ostende, c'est bien de se mouiller. "Je suis né avec les bateaux. Quand on vit à la côte, il y a une frontière, c'est la mer, on se demande toujours ce qu'il y a après l'eau. Je suis très curieux, et c'est pour ça que je voyage beaucoup, pas seulement physiquement mais dans ma tête aussi."
Pour le chanteur, il reste une lueur d'espoir : " Pour le moment, on peut encore choisir. J'espère qu'on pourra toujours le faire, mais j'ai peur parce qu'il y a un nouveau fascisme qui arrive dans tous les sens. Je dis fuck them all."


Rencontre avec Samuel Thiebaud, producteur de la collection.

Cinergie : Des portraits qui ne sont pas vraiment des portraits, des documentaires qui ne sont pas vraiment des documentaires, des clips qui ne sont pas des clips...
Samuel Thiebaud : Oui, c'est une collection qui donne carte blanche à un réalisateur et à un artiste. C'est entre le court-métrage et la captation de concert. C'est une forme très libre. Sur le web, on peut faire ce qu'on veut, on n'est pas contraint par des formats, des durées. Ici, on est à la frontière entre la vie et la musique. Cela commence comme une histoire, comme un court métrage, et ça se prolonge en musique. Après, en fonction de la sensibilité du réalisateur et du scénario qui va être écrit par le réalisateur et l'artiste, on peut aller plus vers une forme documentaire ou une forme plus fictionnelle. Le regard d'Yvan Schreck est plein d'humanité, il interroge les gens, il s'intéresse à ce qu'ils font, Arno rencontre des personnages passionnants, intéressants à Bruxelles.
On a un projet avec Vincent Paronnaud, qui avait fait Persepolis d'après la B.D. de Marjane Satrapi, qui va mettre en scène Arthur H. On est dans un univers tout à fait différent, empreint d’expressionnisme allemand, on est dans l'univers de M le Maudit.

Samuel ThiebaudC. : C'est toujours un dialogue qui se crée entre un réalisateur et un artiste ? C'est un projet qui se crée ensemble ?
S.T. : Avec France Télévision, on a fait une liste des artistes avec qui on voulait travailler. Pas seulement en fonction de leur actualité. Avec Arno, le projet correspond à la sortie de son dernier album donc on est en rapport avec l'actualité de l'artiste, mais on est indépendant des maisons de disques. L'objectif de la collection n'est pas de servir la promotion des artistes. On propose à un réalisateur d'écrire une histoire autour d'un artiste, soit il le connaît, soit il ne le connaît pas. Par exemple, Gaëtan Chataigner et Katerine se connaissent très bien. Mais, Arthur H et Vincent Paronnaud ne se sont jamais rencontrés. L'univers d'Arthur H a déclenché quelque chose dans la tête du réalisateur. Il a écrit un scénario qu'il a soumis à Arthur H. Ils se rencontrent, ils en discutent, ils le peaufinent. À la fin, quand ils sont d'accord, l'histoire commence et on fait intervenir de la musique live. Cela intervient dans le film au milieu de la fiction, on met de la musique dans la vie.

C. : Les réalisateurs sont tous très différents, les artistes sont-ils plus proches ?
S.T. : Pour l'instant, c'est le début. On n'a tourné que trois épisodes : un avec Arno, un avec Rodolphe Burger et un avec The Rodeo. L'objectif de la collection est de ne pas faire que de la chanson, on peut impliquer aussi des instrumentistes de la musique classique, baroque, du jazz, du hip hop. L'objectif, c'est d'être assez large.
L'année prochaine, je pourrais peut-être vous dire vers où on est allé et ce qui a le mieux fonctionné, mais pour l'instant, nos désirs nous poussent vers un choix esthétique très large.

C. : Ce n'est pas un clip musical, c'est plus que ça. Vous voulez présenter l'univers de chaque artiste ?
S.T. : Ce n'est pas un clip, car la musique se joue là, dans le film. Dans un clip, c'est du playback. Ici, Arno part en campagne et son projet politique, ce sont ses chansons. Pour Rodolphe Burger, il est un facteur et sillonne les vallées des Vosges avec sa camionnette. Au lieu de donner les lettres aux gens, il va les chanter et il les chante pour de vrai.

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