Mars 1997
Entrevue
Critique
- Quest, de Tyron Montgomery
- L'Amateur, film en forme de poire d'Olivier Smolders
- Pour rire! de Lucas Belvaux
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Lucas Belvaux
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Vidéo
Entretien avec Lucas Belvaux pour son dernier film 38 témoins -
Vidéo
Claude Semal dans La Raison du plus faible de Lucas Belvaux -
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Lucas Belvaux, leçon de cinéma -
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Entretien avec Lucas Belvaux pour son dernier film 38 témoins -
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La Trilogie de Lucas Belvaux -
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Entretien avec Lucas Belvaux -
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La Trilogie Belvaux de Lucas Belvaux -
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Sortie DVD
DVD de 38 témoins, un film de Lucas Belvaux -
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Un couple épatant, Cavale, Après la vie de Lucas Belvaux -
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La Raison du plus faible de Lucas Belvaux -
Sortie DVD
Rapt de Lucas Belvaux -
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Sur le tournage de La raison du plus faible de Lucas Belvaux -
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Sur le plateau de l'émission de l'Envers de l'écran. -
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Nature contre nature -
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La Raison du plus faible de Lucas Belvaux : tournage
Pour rire!
Pour rire! de Lucas Belvaux
Pour rire, vraiment ?
Comme pour couper l'herbe sous le pied des critiques, Lucas Belvaux fait lui-même, dès le titre, le commentaire de son film : Pour rire! Tout le contraire, a priori d'un titre opaque. Mais il faut toujours se méfier de ce qui paraît trop clair, trop explicite; le piège n'est jamais loin. Un tel programme annoncé d'avance conditionne forcément la vision du film. Un peu comme un filtre. Le spectateur, sachant cela, attend de voir. Et attend de rire.
Alors, quand le film s'ouvre sur un procès pour crime passionnel, il se demande un peu si c'est sérieux ou juste pour rire. Pour aller plus loin, il est en droit de se demander : ce titre, n'était-ce pas, justement, pour rire ? Non, bien sûr, où serait l'intérêt, sinon? Et de fait, on rit beaucoup.
D'où la question immédiatement corollaire : une fois qu'on sait que, oui, on va rire, on se demande de quelle manière. Et c'est là que Belvaux frappe fort : il ne choisit pas entre un rire franc, bon enfant, et un rire jaune puisqu'on a droit aux deux. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Un homme (Jean-Pierre Léaud dans son exercice préféré : la réinvention de lui-même) découvre que sa femme le trompe. Plutôt que de lui faire une grande scène d'hystérie (toujours pénible), par un procédé qu'on ne révélera pas, il va se lier d'amitié avec l'amant, pour mieux saboter la liaison (on surveille mieux de près) tout en essayant de regagner le coeur de sa femme.
Belvaux reprend un thème usé jusqu'à la corde (le ménage à trois vaudevillesque) et se dit qu'il va bien rire. Après tout, c'est dans les vieux clichés qu'on fait les meilleurs détournements. Il fait de Léaud un manipulateur d'autant plus convaincant qu'on ne l'imagine pas du tout dans ce rôle (l'acteur comme le mari). Il n'a pas vraiment l'allure du cerveau inquiétant et froid, calculateur et revanchard, comme un Machiavel de hasard.
La mise en scène, à l'air faussement détaché, renforce encore cette impression d'improvisation qui évite au film d'être un de ces objets bien ronds, bien polissés, sans fausse note, travail de celui qui a tout prévu et veut que ça se voie. Autre tour de force, donc : Belvaux filme le travail (de sape de Léaud) mais le camoufle intelligemment. Donner, dans une machination, l'impression d'un hasard possible permet d'éviter le fatalisme, plutôt ennuyeux en termes de fiction parce qu'il ôte la possibilité de croire en une fin à notre convenance.
Mais tout cela ne serait décidément que pour rire (le rire franc) si le cinéaste n'avait décidé de donner une vraie épaisseur aux personnages de la femme et de l'amant, montrant ainsi la cruauté du jeu auquel s'adonne le mari (le rire jaune). L'amant, photographe sportif, est rigoureusement dépourvu de duplicité. C'est même un type absolument charmant, prêt à se jeter à l'eau pour secourir quelqu'un, sans calcul. De telle sorte que le dindon de la farce est aussi le personnage le plus évidemment sympathique. Lucas Belvaux nous rappelle ainsi, et de belle manière, que rien n'est jamais vraiment pour rire, qu'il y a toujours quelque chose derrière, que le rire innocent n'existe pas.

