Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/1997
 

Pour toujours d'Eric Pauwels

Le désir d'être vivant
L'une des caractéristiques du cinéma d'Éric Pauwels tient à l'invention d'un territoire utopique, mi-réel mi-imaginaire, où des femmes et des hommes cherchent et partagent, au gré de leurs dérives, des petits moments d'intense plaisir, nés d'une liberté hasardeuse et tout entiers voués au désir d'être vivant. Dans ses films précédents, Éric Pauwels ne faisait qu'entrevoir un tel lieu. Sa narration était de l'ordre de la quête, du voyage. Elle se construisait, mobile, dans cette tension vers un ailleurs, sans cesse deviné, et qui parfois surgissait, de façon aléatoire, comme se rencontraient ses personnages.

Avec Pour toujours, son dernier film, il tente le pari de pénétrer, occuper, circonscrire un tel lieu pour, à partir de là, de cet endroit précisément, voir et regarder, dire etPour toujours d'Eric Pauwels raconter cet instant fragile et unique, que peut-être le cinéma est le mieux à même de capter et de traduire, celui du bonheur simple et immédiat, quotidien et intime, qui survient et déjà disparaît. Et il réussit des moments rares, émouvants comme son prologue, petit chef-d'oeuvre d'intelligence et de sensibilité, comme les balades de ses personnages secondaires, respirant d'une existence charnelle rarement vue au cinéma, comme enfin cette course de PUF, le chien du film qui résume en un élan passionné toute la beauté du projet d'Éric Pauwels. Pourtant, malgré toutes ses qualités, les trouvailles de mise en scène, la puissance de chaque plan, l'existence des paysages, des êtres et des choses, Pour toujours n'en reste pas moins un pari non tenu. Car Éric Pauwels, en trouvant l'espace de son film, s'y installe et abandonne le mouvement de sa quête, évacuant ainsi l'enjeu même de sa démarche cinématographique. Pour toujours fait très vite du surplace, coince, s'épuise et se répète, cherchant dans la description d'un état, dans sa mise en forme et en image, à pallier le manque d'histoires, de fiction qui enferme ses personnages dans les signes de leur bonheur. Et plus Éric Pauwels veut nous livrer les clés de son film comme pour conjurer cet effet d'emprisonnement, plus nous avons l'impression qu'il se vide de sens, devenant un bel objet un peu creux, nous laissant avec cette impression douce amère d'être passé à côté de quelque chose de magique, au sens premier de sacré. Par-delà cet échec qui n'est somme toute qu'une transition dans le travail d'Éric Pauwels, Pour toujours nous est sans doute nécessaire, voire indispensable car il nous dit qu'il est des lieux qui n'existent que parce qu'on les parcoure, des territoires qui se créent comme on les marche et que vouloir les raconter reste une aventure qui ne supporte aucune limite.

 

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