Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/2000
Mots-clés : rencontre,
 

Pourquoi se marier le jour de la fin du monde : rencontre avec Elina Lowensohn et Jean-Henri Compère

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Pourquoi se marier le jour de la fin du monde de Harry Cleven, ne provoque pas l'indifférence. Le film a ses détracteurs, il a aussi ses défenseurs passionnés. A Cinergie, nous sommes résolument dans le clan des seconds. Nous vous avons expliqué pourquoi à l'occasion de notre reportage sur le tournage, de notre critique du film et de la transcription de l'entrevue que nous a accordée le réalisateur. Sur le tournage, nous avions aussi rencontré Pascal Greggory. A l'heure où le film sort en salles, nous sommes allés voir du côté des deux autres comédiens comment ils ont vécu l'aventure.Nous avions pris le thé avec la délicieuse Elina Lowensohn à l'occasion de son passage à Bruxelles et avons traqué Jean-Henri Compère jusque dans sa maison de Schaerbeek. La magie de l'écrit fait que nous pouvons vous les livrer tous les deux ensemble. On nous pardonnera cette petite fiction qui ne déforme rien aux propos des deux comédiens.

Cinergie : Qu'est-ce qui vous a décidé à collaborer avec Harry sur ce projet?
Elina Lowensohn : A la lecture du script, j'étais déjà séduite par l'histoire et le personnage de Juliette mais c'est lorsque j'ai rencontré Harry que j'ai su que nous allions travailler ensemble. J'étais impressionnée par sa douceur, mais aussi la force tranquille qui émane de lui. Il savait avec précision ce qu'il voulait et en parlait avec une telle force de conviction. Il savait l'exprimer de manière tellement belle. J'ai accepté naturellement.
Jean-Henri Compère : C'est ma troisième collaboration avec Harry sur trois films. C'est un pacte. Il a l'obligation morale de m'engager dans tous les films qu'il fait. Je suis en quelque sorte son grigri (rires!). En fait, quand il m'a proposé le rôle de Gaspard, je l'ai pris comme un cadeau magnifique que peu d'acteurs se voient offrir. C'est un personnage qui a tout à être, qui donne tout à jouer. Au départ, c'est un gars normal, neutre, qui de sa gentillesse naturelle évolue jusqu'à devenir une espèce de bête qui, par amour, devient violente. Il y a toute une palette de décomposition et de recomposition qui était très intéressante à faire.

C. : Elina, comment voyez-vous votre personnage?
E. L. : C'est quelqu'un de fort. Elle se bat tout le temps. Elle veut sortir de la cage dans laquelle elle est enfermée et c'est dans le désir et l'amour qu'elle trouve la force de le faire. C'est un personnage en recherche, elle est tiraillée. Elle peut hésiter à certains moments, mais c'est quelqu'un qui sait ce qu'elle veut. Et elle va vers la lumière.

C. : C'est difficile de travailler avec Harry?
J-H. C. : C'est un directeur d'acteurs exigeant. Et c'est normal. Il sait ce qu'il peut demander et tant qu'il ne l'a pas, il continue. C'est un peu stressant quand après la dixième prise, tu l'entends dire : «C'est bien ... mais...», et tu sais qu'on est reparti. (rires) En même temps c'est quelqu'un avec qui on parle beaucoup, ce qui permet de bien préparer. Jouer sous sa direction c'est très physique aussi.
E.L. : Ce n'est jamais difficile quand tu travailles avec quelqu'un qui sait où il va. Ce qui est dur pour un acteur, c'est de te rendre compte que ton metteur en scène n'a pas d'idée précise de ce à quoi il veut aboutir. Avec Harry, pas de problème de cet ordre.

C. : C'était un tournage extrêmement léger, en DV, avec une toute petite équipe. Cela a du vous changer des conditions de travail des Etats-Unis ?
E.L. : Mais aux Etats-unis aussi, vous savez, j'ai travaillé la plupart du temps avec de très petites équipes. Un tournage avec Hal Hartley s'apparente plus à un tournage avec Harry que se comparer avec un Spielberg. C'est vrai que j'ai joué aussi dans La Liste de Schindler, mais je n'ai pas du tout aimé l'atmosphère. C'était comme une usine, impersonnelle et toujours sous tension. En outre, le cinéma ou le théâtre conventionnels ne m'intéressent pas. Je préfère l'avant garde, la création. On me dit que je suis attirée par les personnages bizarres. Non, je suis attirée par les projets qui peuvent m'apprendre quelque chose.
J-H. C. : Travailler dans ces conditions peut être fatiguant, parce que ce sont de longues journées. Il n'y a pas la spécialisation qu'on trouve dans une équipe plus large, alors il faut être attentif à ce que tout le monde fait, donner de temps en temps un coup de main. Mais c'est en même temps un vrai bonheur et une liberté formidable.

C. : Quand vous avez vu le film terminé, vous l'avez retrouvé tel que vous l'attendiez ?E.L. : Bizarrement oui, même si je sais qu'il a évolué au montage, c'est à peu près comme cela que je le voyais. Je trouve que c'est un très beau film. Il me plait même s'il s'y trouve des éléments que j'apprécie plus que d'autres.
J-H. C. : Au début, j'ai eu une impression étrange parce que je voyais que des scènes que j'avais jouées d'une certaine manière avaient été déplacées et, mises dans un autre contexte, veulent dire autre chose. Mais je me suis vite extrait de ces contingences spatiales et temporelles et je suis rentré assez rapidement dans le film. Le sens est préservé et pour le spectateur qui n'y a pas participé, l'important est que ce soit raccord et que cela fonctionne. Je suis très content et très fier de ce film. Il me plaît vraiment beaucoup.

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