Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/04/2011
 

Premiers plans par Krzysztof Kieslowski

premiers plans de kieslowski

Courts métrages de Kieslowski

Sorti de l'école de cinéma de Lotz (Pologne) à la fin des années soixante, Krzysztof Kieslowski décide de réaliser des documentaires. Il veut observer la distance entre la vie quotidienne de chacun et le socialisme du réel dans son pays.

Le parcours du documentaire à la fiction se joue autour de deux courts métrages que nous proposent, en DVD, les éditions Montparnasse, parmi un ensemble de cinq films. En 1973, Kieslowski réalise Le Passage souterrain, son premier film de fiction, une sorte de prologue de ce que deviendra Brève histoire d'amour (Décalogue 6 et version différente en long métrage). Un enseignant profite de son séjour à Varsovie, lors d'un voyage scolaire, pour essayer de reconquérir la femme qu'il a quittée, le temps d'une nuit, dans le magasin où elle travaille désormais. Le coup de dé de ce film au cadrage étonnant est qu'il sera tourné en une nuit, Kieslowski estimant, en voyant les rushes, que les sept jours précédents du tournage n'apportaient rien d'intéressant.

En 1974, il réalise en plusieurs mois, Premier amour, un documentaire sur un jeune couple. Il est étudiant, elle est lycéenne. Ils décident de se marier parce qu'elle est enceinte. Les larmes du jeune père lors de la naissance de l'enfant bouleversent Kieslowski. Il ressent ce plan comme un viol de l'intimité. L'obscénité de cette scène va faire basculer le réalisateur du documentaire à la fiction. « Tout ne peut pas être filmé. C'est d'ailleurs le grand problème du documentaire. Moi-même, je me prends parfois au piège. Plus j'ai envie d'approcher une personne, plus elle s'esquive. Cette réaction est parfaitement naturelle, et il est impossible de passer outre » (…) « Le documentaire m'a donc conduit à la conclusion suivante : plus j'avais besoin de connaître un individu, et plus ce qui m'intéressait en lui m'échappait » (…) « J'ai réussi à filmer une vraie larme. L'effet est complètement différent. Maintenant, j'utilise la glycérine. J'ai peur des vraies larmes, je me demande toujours si j'ai le droit de les filmer. J'ai l'impression de pénétrer dans un domaine interdit. C'est surtout pour cette raison que j'ai fui le documentaire et que je suis passé à la fiction » (1).

Par ailleurs, un autre court, La Paix, préfiguration des films de fiction du réalisateur, a été interdit par la télévision polonaise qui l'avait produit. Le film nous parle des idéaux du héros et l'impossibilité de les accorder à la réalité de la société dans laquelle il vit. « Le film raconte l'histoire d'un homme qui ne demande pas grand-chose, et le peu qu'il a demandé, il ne parvient pas à l'obtenir. » (1)

Le tout avec une accumulation de détails d'une vie qui cherche à s'accomplir en passant de la morale (sans cesse violée) à l'éthique (laquelle s'oppose à la moralité d'un ordre social dominant qui ne cesse de se déréguler). C'est déjà la thématique des dix films du Décalogue.

Enfin, vous pourrez découvrir Le Personnel (1975) et Une brève journée de travail (1981). Les cinq films étant commentés par Gérard Pangon, déjà commentateur de la série des 10 films du Décalogue, toujours aux éditions Montparnasse.

(1)in Le Cinéma et moi de Krzysztof Kieslowski, pages 101-102 et P.121, éd. Noir sur blanc.

Et aussi les pages consacrées à Kieslowski dans de Lacrimae rerum de Slavoj Žižek, éd. Amsterdam.

Premiers plans par Krzysztof Kieslowski, 5 courts métrages, coffret de 2 DVD, éditions Montparnasse, diffusion Twin Pics.

 

commentaires propulsé par Disqus