Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Qu'elle est jolie notre petite rue de Marian Handwerker

Le cinéma comme outil de construction de soi

"Un film doit être un don au public. Il doit être fait localement pour le monde entier". Ces paroles de Marian Handwerker, réalisateur, entre autres, de Marie et de Pure Fiction, prennent tout leur sens dans ce nouveau projet original et ambitieux dont il nous présente la première partie : Lilly. Localement, c'est le quartier Marconi à Forest où s'est déroulé le tournage. C'est également ces jeunes des quartiers défavorisés des communes bruxelloises qui, grâce aux ateliers de quartiers créés par l'asbl Atout Projet, prennent la parole par l'intermédiaire du 7ème art. Ce qui rend ce projet local universel, ce sont les thèmes abordés dans le film, nés des tourments de ces jeunes de 6 à 18 ans : la mixité, la coexistence de cultures bigarrées, la difficulté de s'inscrire en tant que citoyen au milieu de cette diversité et la quête d'identité qui l'accompagne. Car si un film doit être un don au public, il est aussi don de soi.
Le cinéma est l'outil mis à la disposition de ces jeunes par « Atout Projet » et Marian Handwerker pour leur permettre de se construire et faire l'offrande de leur vision de la vie, de leur imaginaire, de leurs préoccupations mais également de leurs espoirs aux spectateurs. Ce qui était tout d'abord présenté comme un court métrage n'en est pas un. Des personnages dont on ne sait que très peu de choses apparaissent et disparaissent, les histoires ne sont pas finalisées et tout reste en suspend, car ce n'est qu'un pilote, la première partie d'un projet d'envergure. Marian Handwerker avoue son ambition : réaliser une chronique bruxelloise de trois heures en un vingtaine d'épisodes sur le peuple de la ville qui l'a accueilli il y a trente ans de cela. Car les sujets abordés par ces novices du cinéma sont également chers à ce professionnel qui a quitté son Kazakhstan natal pour notre plat pays.
Aujourd'hui, le réalisateur lève le voile sur une portion de son dessein. Cette chronique ne commence pas dans la joie. Leïla fête son anniversaire mais, déjà, une ombre au tableau : Lilly, sa chatte, s'est sauvée, comme sa mère l'a fait il y a longtemps déjà, la laissant seule avec sa soeur. Les problèmes de couples, qu'ils soient mixtes ou non, sont présents dès le départ. Fidèle à lui-même, Marian Handwerker ne veut pas d'un optimisme béat. La vie est dure et il s'engage dans les combats sans fuire la violence de la réalité. Mais si ce premier épisode commence sur une note pessimiste, il n'est néanmoins pas exempt d'un espoir latent, comme celui de Leïla qui attend toujours le retour de sa mère, ou de son copain qui sait que Lilly aussi va revenir. Mais le vent frais qui provient de ce projet n'est pas (encore ?) dans l'histoire qui commence à se dérouler sous nos yeux. Il est dans le regard de ces jeunes, dans leur maladresse d'amateur qui ont bien compris le sens de ce mot et crient haut et fort qu'ils font un film parce qu'ils aiment la vie. A nous maintenant d'espérer qu'ils arriveront au bout de leur rêve et nous le présenteront prochainement. Une histoire à suivre...

 

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