Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Quand le vent est au blé de Marie Devuyst

Pierre angulaire historique de l’alimentation occidentale, le pain est, aujourd’hui, nutritivement pauvre, de plus en plus mal accepté par nos organismes et globalement dégueulasse. La faute au blé moderne, variété hybride passée sous la meule de la logique productiviste. Alors qu’on commence tout juste à percevoir sur nos corps les effets d’une exploitation agro-alimentaire déraisonnée, faire machine arrière semble déjà être de l’ordre de l’impossible. Pourtant, de plus en plus de petits producteurs en Belgique comme ailleurs, tentent de remettre en question la logique capitaliste d'exploitation agricole conventionnelle pour revenir à une production paysanne. Démarche Donquichottesque ou levain d’une nouvelle fournée générationnelle qui n’aura de toute façon pas d’autres choix que de repenser son rapport à la terre et à ce qu’on en sort ?

Quand le vent est au bléL’homme au physique sec et vigoureux descend de son tracteur pour cueillir une poignée de grains de blé. Il les frotte dans ses mains rugueuses de paysan, souffle dessus pour en retirer les cosses et mâchonne sa récolte annonçant sourire aux lèvres “ Mmm, il est bon” !
L’introduction a tout de l’image d’Epinal propre à la tendance documentaire “feel good” qui a le vent en poupe ces temps-ci. Et les bonne bouilles des gens de la terre, avec leurs sourires de gentils, leurs gestes plein de douceur font d’abord craindre une énième production conventionnelle.

Pourtant, Quand le vent est au blé, plutôt que de se rattacher, comme bien des films récents, à la parole autorisée des sempiternels bien pensants écolo-médiatiques, prend le parti de puiser directement sur les terres arables carolos, pour en extraire un singulier échantillon de vie paysanne où se côtoient post-babas, agriculteurs conventionnels, néo-ruraux et thésarde en agriculture.
Parti à la rencontre de ces paysans du XXIe siècle, la réalisatrice nous dévoile un monde où la réflexion est vivante et la remise en question aussi constante qu’impérative. Car il n’y a rien d'idyllique à vouloir produire autrement aujourd’hui. Et le type de l’introduction de l’avouer tout de go : « Il est clair que nos enfants ne veulent pas de notre vie ». C’est cette balance dans le regard qui fait la force du film. Ce qu’il perd d’élan lyrique, il en gagne en intelligence. Le propos est humble, mesuré, et dramatiquement conscient.

Car c’est un métier que d’être paysan ! Et si les convictions sont une chose, le fait de produire deux tonnes par hectare quand le voisin en fait dix, en est une autre. Aussi, l’action et la pensée sont ancrées dans le concret aussi assurément que les quelques champs de ces amateurs de semences anciennes sont entourés de centaines d’hectares de blé conventionnel. Si le vent est au blé, les pesticides qu’il charrie ne s’embarrassent pas des notions de propriété.
Et si, comme le dit un des protagonistes, « C’est aussi politique de s’occuper de la diversité de nos semences que d’aller manifester », difficile d’être optimiste par les temps qui courent. Tout étant allé tellement fort, vite et loin dans le sens capitaliste qu’on n'aura sans doute pas la force d’aller dans l’autre sens.

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