Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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mars 2010
05/03/2010
 

Que personne ne sorte d’Yvan Govar - Belfilm

Saga Yvan Govar III
Suite, mais pas encore fin de la saga Yvan Govar, réalisateur belge oublié, et enfin réhabilité grâce à l’editeur Come and see et l’asbl Belfilm. Du polar mélodramatique (La croix des vivants) au polar drolatique (Que personne ne sorte), il n’y a qu’un pas que le réalisateur franchit avec allégresse pour notre plus grande joie.

Que personne ne sorteNul n’est prophète en son pays et Yvan Govar en aura fait les frais tout au long de sa courte carrière de réalisateur. La Belgique le boude, et après six longs métrages il met un terme définitif à la réalisation en 1965. Et pourtant, bien que de qualités inégales, les polars d’Yvan Govar n’ont pas à rougir face à des Georges Lautner ou des Gilles Grangier.
Qu’ils soient noirs, réalistes ou parodiques, les polars français des années 50 et 60 sont devenus des références d’un cinéma populaire de qualité dans lesquels les monstres sacrés (Ventura, Gabin, Blier) s’en donnent à cœur joie. Réalisé dans le même esprit que Les Tontons Flingueurs sorti d’ailleurs la même année, en 1963, Yvan Govar décide de porter à l’écran le roman de Stanislas-André Steeman, Que personne ne sorte. Pour l’adapter, il fait appel à André Tabet, qui lui concocte des répliques cinglantes et des dialogues d’un comique truculent, dignes d'un Sacha Guitry (« Mon cher petit papa, ta morale est comme les régimes alimentaires, elle interdit tout ce qui est bon » ou encore « vous ne comprenez rien aux femmes, leur crédulité est sans bornes car elles se croient seules à savoir bien mentir »).
La musique du générique nous prévient immédiatement, après de sourds et graves accords ponctués de coups de feu, elle saute sans transition dans les tonalités légères et guillerettes. Nous sommes donc dans la parodie policière où rien ne doit être pris au sérieux. Pour incarner Adélia et Jo, Yvan Govar fait appel à un duo de choc, Jacqueline Maillan et Jean-Pierre Marielle et La Maillan, diva du théâtre de boulevard, n’est pas du genre à faire dans la demi-mesure. Dès son entrée, c’est un tourbillon qui déferle et prend toute la place. Excessive, exubérante, elle ne redoute jamais d’en faire des tonnes et nous bombarde de mimiques irrésistibles, de mines volontairement outrancières auxquelles répond, avec brio, son partenaire et complice, Jean-Pierre Marielle. Tous deux se livrent à un jeu des plus réjouissants qui font lorgner cette comédie policière du côté du vaudeville. Dans le rôle d’Adélia, veuve au cœur d’artichaut, et auteur farfelue de contes pour enfants, Jacqueline Maillan prend un malin plaisir à jouer les idiotes, voire les connes, et nous à la suivre dans ses rocambolesques péripéties. Face aux six truands, kidnappeurs d’enfants qui vont, tour à tour disparaître, Adélia fait figure d’une Alice au pays des merveilles à la candeur exagérée. Le réalisateur s’amuse visiblement beaucoup à la mettre en scène et insère, à chacune de ses apparitions, une partition musicale en totale rupture avec l’action. Quand Adélia apparaît, le polar se tait pour laisser place à la franche comédie, et il faut dire qu’ici, le rose et le noir se marient plutôt bien. Tourné presque uniquement en huis clos, l’ingéniosité des situations et le rythme échevelé, à l’image même des personnages, nous entraînent dans un univers distrayant sur un air joliment désuet.

Bonus

À la bonne tambouille de Raymond Dastra – 1958 – 15’

Le réalisateur de La cave édité par Belfilm et Come and see sur le DVD Mystère à Shangaï, signe ici un court métrage « comique » mettant en scène une galerie de personnages hauts en couleurs face à un gangster. Une cocotte, un sourd, un couple usé, un vieux célibataire étriqué et un voyageur de commerce mettent à mal Dédé-La-Guimauve à grand renfort de poêle et de rouleau à pâtisserie dans le bien nommé restaurant La Bonne tambouille.
Raymond Dastra est le réalisateur fétiche du producteur Fernand Janssens. Dans les années 50, Fernand Janssens produit des courts métrages qui passent en avant-programme dans les salles, ce qui lui permet d’obtenir, grâce au système de détaxation instauré par le ministre des affaires économiques, un pourcentage sur les recettes du long-métrageauquel le court est associé. Dans ce contexte, et à la vision de ce film, on peut douter que la qualité ait été pour eux une véritable priorité.

Que personne ne sorte d’Yvan Govar – 1963 – 90’
D'après l'œuvre de Stanislas-André Steeman
Co-scénariste : Jacques Séverac et André Tabet - Dialogues d’André Tabet - Directeur de la photographie Pierre Levent - Musique de Louiguy
Avec Philippe Nicaud, Jacqueline Maillan, Marie Daëms, Jean-Pierre Marielle, Jess Hahn, André Dumas, Jacques Dumesnil, Roger Dutoit, Maria Pacôme.

www.belfilm.be

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