Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2003
Mots-clés : rencontre,
 

Qui veut la peau de Roberto Santini ?

L'ombre d'un double
 Bingo ! Lorsque nous débouchons sur l'aire de l'aéroport de Zaventem nous nous attendons - faillite de la Sabena oblige - à trouver une sorte de maquette grandeur nature destinée à figurer, d'ici peu, parmi les curiosités que collectionne le Smithsonian Institute de Washington. Entre un violoncelle de Stradivarius ayant appartenu à Servais et une Kachina pueblo du siècle dernier recueilli sur le plateau du Colorado dans la réserve Navajo. Rien du tout ! Tout fonctionne !
Enfin, pas tout à fait, lorsque nous arrivons à l'aéroport, celui-ci subit une panne d'électricité qui ne fait pas que faire sauter l'éclairage mais également les terminaux d'ordinateurs des compagnies d'aviation. Le bordel quoi ! Si vous ajoutez, dans le hall d'entrée, une équipe de cinéma qui tourne un court métrage vous avez l'impression de vous retrouver comme Peter Sellers dans un film de Blake Edwards (au début de La Party, pour ne pas citer le film) ! A moins que les voyageurs et leurs bagages soient des sosies figurants des voyageurs avec bagages. Mais cela, ce sont les plans qui vont être tournés dans ce hall qui combine l'entrée et la sortie des artistes.
L'absence d'électricité n'interrompt pas pour autant la mise en place de la scène qu' Olivier Tollet et Jean-Julien Collette, les réalisateurs de Qui veut la peau de Roberto Santini ? ont décidé de tourner. La lumière ambiante étant jugée suffisante.
 Dans le hall, une sorte de triangle se configure occupé par des personnages immobiles, figurants figés dans une sorte d'éternité et parmi lesquels circule Joseph Conrad (Bernard Marbais), un homme hirsute, à la barbe non taillée, en sandales, revêtu d'un peignoir rouge qui laisse entrevoir un tee-shirt, sur lequel on peut distinguer le drapeau de la Grande-Bretagne, et un pantalon à carreaux. Il s'approche d'une femme immobile qui tient un landau dans lequel on peut imaginer qu'un bébé dort. Joseph se baisse pour regarder l'enfant.
La scène (un plan subjectif) est d'abord captée en plan large par un objectif Zeiss monté sur une Arriflex 16SR3 posée sur une dolly Chapman et cadrée par Benoît Deleris, le Chef Opérateur. Le point étant fait sur le personnage de Joseph Conrad qui évolue, avec naturel, dans un monde peuplé par les fantômes de son passé. La structure et la mise en place des figurants fait l'objet d'une discussion entre les deux réalisateurs, l'assistant et le chef-op., lequel est scotché au cadre de la caméra. Il s'agit tout à la fois de géométrie (les diagonales) pour placer les figurants à la manière des pions sur un échiquier et du trajet que doit emprunter Bernard Marbaix en lui évitant les voltes disgracieuses.

Les auteurs
 Olivier Tollet : « Le but est de faire le portrait d'un personnage qui peut être vu de manière différente selon les gens qui le perçoivent, l'autre façon est de le percevoir tel qu'il est c'est-à-dire un homme qui a un peu trop vécu, qui a eu une vie de cinglé. Par rapport à cela il a un côté décalé, un peu schizophrénique et ce que vous avez vu correspond à un moment où le personnage coincé dans un aéroport dont il refuse de traverser le hall et donc on a fait un plan subjectif qui reflète sa projection mentale, son décrochage visuel et sonore par rapport à la réalité.
Il évolue dans un monde figé dans lequel les souvenirs de la vie assez rude qu'il a vécue lui reviennent en mémoire. Le côté un peu sombre du personnage resurgit dans des configurations un peu surréalistes comme ici. »
Jean-Julien Collette : « En gros, on a voulu illustrer la vie de deux personnages qui apparemment n'ont rien en commun mais qui vont se rejoindre au terme d'un voyage. Joseph Conrad, un clochard qui vit dans cet aéroport, il connaît tout le monde et inversement tout le monde le reconnaît. Il a une personnalité schizophrénique : fantasque et souriante et une face intérieure qui cache un passé assez sombre. Il est confronté à des réminiscences qui lui font opérer des rituels tel que bénir des gens avec une sorte de compte-goutte. En parallèle on voit deux hommes d'affaire lors d'un vol, en provenance de Berlin, qui a un quart d'heure de retard. C'est le thème du film : Joseph Conrad attend tous les jours le même vol qui arrive à la même heure. Ce quart d'heure d'attente nous permet d'introduire le personnage et en même temps de découvrir, dans l'avion, deux hommes d'affaires dont l'un pète complètement les plombs parce qu'il prend conscience qu'il ne vit pas selon ses désirs, qu'il ne fait que les fantasmer. C'est aussi la rencontre entre ces deux personnages. »
 Puisque nous avons à faire à un duo de réalisateurs, comme les frères Dardenne, comme Philippe Boon et Laurent Brandenbourger, pour ne citer que ceux du cinéma belge, la question bateau, mais inévitable, que nous leur posons est : qui gère quoi ? L'un la direction d'acteur, l'autre le cadre ? Olivier Tollet : « On a fait nos études ensemble à l'INRACI. Et après celles-ci, on s'est rendu compte qu'on avait à peu près le même univers, qu'on racontait à peu près les mêmes choses.
Dés lors, on s'est dit faisons un projet ensemble. Ça s'est fait de manière très naturelle. On a écrit le scénario ensemble, on l'a présenté à la Commission de sélection, il a été retenu. J'y trouve mon compte et lui aussi. On se complète mais on est interchangeables en ce qui concerne la direction d'acteurs ou les aspects techniques. »
Jean-Julien Collette : « En fait on avait décidé de collaborer ensemble pour réaliser un long métrage dans l'avenir et c'est un peu le hasard qui nous a réuni pour que nous fassions ensemble ce court métrage. Pour le long on fait, chaque semaine un brainstorming avec un membre de l'équipe du tournage ».

Producteur
Anthony Rey, producteur, présent sur le tournage et qui vient de fonder Helicotronc, précise : « Je suis entré à l'INRACI, comme tout le monde, en ayant la prétention de devenir réalisateur mais finalement, m'étant aperçu que j'étais mauvais dans la direction d'acteurs, je me suis davantage intéressé au côté gestion, organisation des tournages. J'ai donc d'abord fait de la régie avant d'ouvrir ma propre boîte, il y a six mois. Qui veut la peau de Roberto Santini ? est le premier film de fiction que nous produisons après quelques films industriels. Le travail avec Olivier et Jean-Julien a été un travail de fond. Cela fait six ans que nous nous connaissons, trois-quatre ans que nous avons rentré le projet du court métrage mais sous un autre label de production. Ce qui est assez rare, c'est que pratiquement toute l'équipe, à quelques exceptions près, vient de l'INRACI. Si le court, comme je l'espère, sera réussi, on préparera ensemble un long métrage. Il n'y a pas de raison qu'on arrête de travailler ensemble. Entre-temps, il y a Guillaume Senez qui a obtenu un prix avec son film de fin d'études de l'INRACI et il écrit un scénario que nous espérons pouvoir produire.

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