Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/1999
 

Rachid et Martha de Mathias Gokalp

Mélodie de l'amour

Adoptant la forme ultra-casse-gueule d'une comédie musicale, Rachid et Martha est un petit bijou de réalisation. Hommage au Jacques Demy d'Une chambre en ville et des Parapluies de Cherbourg, mais également nourri de références à l'Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht, ce court métrage pétillant et grave, pétri d'émotions vraies, témoigne d'une soufflante maîtrise technique. Le film débute par l'arrivée de Martha (Joëlle Camus) dans le salon de thé-restaurant d'Aimée (Françoise Lebrun). Arrivée aussi remarquable que dynamique. "Femme battue sans mari", Martha la jolie blonde à l'oeil poché se présente pour demander du boulot et réussit à convaincre Aimée de l'engager en lui promettant d'effectuer son travail à la satisfaction des clients. Sa rencontre avec Rachid (Lotfi Yahya), le cuisiner algérien sans papiers du restaurant, est de celles qui annoncent le coup de foudre...

Mais n'en disons pas plus pour préserver la force du film. Contentons-nous de souligner combien les relations chorégraphiées entre Martha, Aimée et les divers clients donnent lieu à de féroces clins d'oeil et des caricatures assassines qui mettent à mal les conventions sociales. Tous les rapports humains - et la mise en scène même ! - se verront ainsi dynamités par la spontanéité et le regard vrai avec lesquels Rachid et Martha observent le monde.

Rachid et Martha n'est pas exactement le coup d'essai de Mathias Gokalp. Mais l'on n'en admirera pas moins le talent avec lequel le cinéaste a su tirer des conditions de réalisation d'un travail de fin d'études à l'INSAS (en termes de durée de tournage et de disponibilité des décors et des moyens techniques, les studios d'une école de cinéma ne sont pas précisément un plateau de la MGM) une comédie musicale aussi riche et réussie. Le résultat est là, tangible sur l'écran. Rachid et Martha est de ces films qui dispensent un plaisir sans restriction.

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