Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : court métrage, famille,
 

Raconte-moi des salades d'Olias Barco

Petites (et grandes) misères

Seule production belge francophone sélectionnée au Festival de Berlin avec le long métrage de Yaël André, Si j'étais dictateur, Raconte-moi des salades est un court métrage de famille un peu foutraque, bidonné et bidonnant. Après son second long métrage Kill Me Please, huis clos en noir et blanc à l'humour grinçant et vitriolé réalisé en 2010, Barco retrouve Stéphane Malandrin à l'écriture et Guillaume Malandrin à la production avec leur nouvelle société Altitude 100, créée suite à la dissolution de La Parti. Dix minutes d'hystérie collective dans un restaurant au bord de la faillite où un joyeux bordel raconte, vif comme l'éclair, un monde cosmopolite dans la panade qui tente de sauver la face. Un petit film qui, sous des faux airs bricolés à l'arrache, fait mouche.

image du filmFace à une caméra portée et en sillage, dans un cadre qui flotte, une lumière un peu pourrie, des personnages défilent et se racontent. Ça sent le vrai-faux reportage, le récit compliqué d'un restau monté à plusieurs, d'amitiés brinquebalantes qui fleurent bon la couverture sentimentale et ignoble de l'exploitation à tout crin. Et très vite, la caméra est appelée ailleurs, vers le hors-champ, quand les mots et les situations débordent du cadre et que les faux-semblants volent en éclat. Entre le cuisto sénégalais exploité et digne qui tente de tenir sa cuisine quand bien même il ne peut plus cuisiner, Ahmed, le garçon de cuisine qui fume des clopes en cachette et explose comme un soulard quand on l'accuse d'avoir bu, l'autre Africain qui s'envoie en l'air et parle par onomatopées, et le patron endetté attaqué de toutes parts qui tente diverses défenses et autres chantages pour parer à l'ennemi, il y a tout un bordel de claques verbales et de sales coups, d'émotions qui craquent. Tout part à vau-l'eau, et chacun tente de ne pas trop couler dans le désastre imminent. En quelques minutes joyeuses et bien senties, à travers des comédiens tous justes et hilarants, image du filmRaconte-moi des salades croque le monde du travail - ou son arrière-cuisine - d'une époque en déroute, faite de petites démerdes, de grosses emmerdes, de rapports de force violents, absurdes ou éreintants, de mixités et d'exploitations à tous les étages. La drôlerie du film tient à ses comédiens, à son rythme, à ses catastrophes en chaînes, à la déconstruction des personnages qui tentent de faire bonne figure mais qui, très vite, n'arrivent plus à donner le change. Et à la saveur de ses dialogues percutants, ou plutôt de ces logorrhée, de ces salades, qui se déversent dans une ultime tentative désespérée de maîtriser une situation incontrôlable, pensée magique de l'ordre du « Tout va très bien, Madame la Marquise », à l'image de notre monde contemporain. Et finalement, quand ça craque de tous côtés et que raconter des salades n'arrive plus à faire gober que ça tient encore debout, ne reste plus qu'à chanter.

Sélectionné en compétition officielle au Festival de Berlin

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