FacebookTwitter
Webzine
Mars 2003
01/03/2003
 

Raoul Servais : L'intégrale des courts-métrages

A Cinergie, nous étions tous sur des charbons ardents en attente du projet de DVD sur Raoul Servais dont nos amis de Folioscope nous avaient promis la sortie. Peu de documents existent en effet sur le travail de ce maître belge du cinéma d'animation. Et, outre l'intégralité de ses courts métrages, on nous promettait des documents rares sur le « personnage » Servais : sa vie, son oeuvre. L'attente parut une éternité, la sortie ayant été plusieurs fois retardée, mais le jeu en valait la chandelle. Le disque que nous avons finalement pu glisser dans notre lecteur est très complet et d'une exceptionnelle qualité technique.

 

En plat de résistance, les courts métrages de Raoul Servais s'offrent à nous dans leur quasi-intégralité et avec une image de rêve. Ne manquent à l'appel que les deux premières oeuvres expérimentales (De zandloper et Havenslicht) et un essai moins réussi (Déviation). C'est l'auteur lui-même qui n'a pas souhaité leur intégration, on en retrouve cependant de brefs extraits en bonus, ainsi que des passages du téléfilm Le chant de Halewyn et du long métrage Taxandria. Et, cerise sur le gâteau, tous ces films ont fait l'objet d'une somptueuse restauration numérique. C'est le studio l'Equipe qui s'en est chargé, à l'aide d'Archangel, un logiciel acquis en Angleterre qui donne d'impressionnants résultats. Tous les défauts de la pellicule ont disparus, l'outrage du temps est lavé, l'image est stabilisée et la définition numérique donne à l'image une clarté reposante. Des qualités particulièrement appréciées à l'époque où de trop nombreux DVD -particulièrement pour les classiques- se contentent d'un paresseux repiquage d'une vague copie.

De La Fausse Note (1963) à Atraksion (2001) quarante ans de travail sont ainsi explorés en 10 courts métrages révélateurs de la diversité d'inspiration et de technique dont Servais a fait preuve tout au long de son oeuvre. On y retrouve son amour de l'humanité, malgré sa lucidité pour les faiblesses de l'homme (attrait pour le pouvoir et la richesse, goût de la destruction) qui lui inspire bien des craintes pour l'avenir. Son insatiable curiosité aussi, et sa faculté d'émerveillement, notamment devant l'oeuvre des grands maîtres surréalistes. Les bonus prolongent cette exploration de Raoul Servais et de son univers de façon rigoureuse et extrêmement documentée. L'amitié et le respect que lui vouent Philippe Moins et Doris Cleven transparaissent dans cette partie plus informative. Peu de documents audiovisuels de qualité ayant été consacrés à Servais, il a donc fallu improviser. Outre les extraits de films cités plus haut, on découvrira une interview « maison » du cinéaste, donnée dans les trois langues du DVD (tantôt en français, tantôt en néerlandais, tantôt en anglais) où, sous forme d'abécédaire (A comme..., B comme...) l'homme se livre tel qu'en lui-même. Y figure aussi un documentaire réalisé par la VRT en 2002 (dans sa série Oude Meesters) qui est un modèle d'approche de l'oeuvre à travers l'auteur et de respect pour celui-ci. Et ce n'est pas tout : une version de Papillons de nuit, un magnifique court métrage en décalage de l'oeuvre de Paul Delvaux, est commentée par le réalisateur ; on découvre un documentaire sur la servaisgraphie (qui, n'en déplaise à certains confrères, n'a rien à voir avec la sérigraphie) ; une galerie de photos, une biographie, et une filmographie. Difficile de faire plus complet. En attendant un aussi beau travail sur Taxandria pour fermer le cercle, on se régalera avec gourmandise de cette petite perle de collection.

Marceau Verhaeghe

DVD 9 zone 2; Pal ; couleurs ; 16/9 compatible 4/3 ; Dolby Digital ; +/-170'. Langues Fr, Nl, En, S/t Fr, Nl, En. Produit par Folioscope (Belgique) et SFSL (France). Distribué par Boomerang.

commentaires propulsé par Disqus