Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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01/05/2008
 

[REC] 2007, de Jaume Balaguero et Paco Plaza - BIFFF 2008

affiche recDéconseillé aux cardiaques et aux femmes enceintes
Une équipe de reportage télévisé constituée de la jeune présentatrice Angela (Manuela Velasco) et de son caméraman (que l’on ne verra jamais puisque nous ne voyons que ce qu’il filme) suit le quotidien d’une caserne de pompiers de Barcelone. Appelés en urgence, les chevaliers du feu se dirigent vers un immeuble du centre-ville dans lequel une vieille dame vient d’être en prise à un accès de folie. Une fois à l’intérieur du bâtiment, les pompiers et l’équipe de télévision doivent faire face à une catastrophe sans précédent. La vieille dame en question semble être atteinte d’une forme aiguë de la rage et a la fâcheuse tendance à se réveiller après sa mort. Evidemment, le building est condamné et mis en quarantaine par les autorités médicales et militaires... avec une vingtaine de personnes condamnées à périr contre la propagation du virus et la transformation des braves gens en zombies féroces (comme tout zombie qui se respecte...) 

Immense succès populaire et critique en Espagne, [REC] (pour « record », vous savez, le gros bouton rouge qui permet de filmer !), un des meilleurs moments de cette édition du BIFFF a été, à tort et à raison, comparé à un Projet Blair Witch nettement inférieur. À raison car les réalisateurs reprennent pour principe celui de la « peur vécue de l’intérieur » : toute l’action est filmée par un caméraman / protagoniste propulsé malgré lui au milieu de l’action, un procédé pas vraiment neuf puisqu’il figurait déjà dans le légendaire Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato en 1980 et que deux autres films récents, le spectaculaire Cloverfield et le caustique Diary Of the Dead l'ont également adopté. 

Mais la comparaison avec Le Projet Blair Witch s’arrête là. En fait, nous sommes dans un film aux enjeux totalement différents sur un point crucial : celui du point de vue des réalisateurs. Le Projet Blair Witch était davantage un film « de monteurs » : les deux réalisateurs ayant demandé aux trois acteurs principaux de tourner les images de leur périple et de les rapporter. Une approche qui se voulait donc plus proche du documentaire puisque les réalisateurs ne dirigeaient pratiquement rien. [REC] est d’un tout autre acabit puisque ici les réalisateurs sont les véritables maîtres d’œuvre de l’histoire et du scénario, dont le principe (l’évolution de personnages sur plusieurs niveaux hostiles avec plusieurs indices à trouver pour survivre) se rapproche plutôt du jeu vidéo. [REC] serait-il donc la première adaptation réussie d’un jeu vidéo sur grand écran ? Oui, si l’on excepte le fait qu’il s’agit d’un scénario (extrêmement) original ne s’inspirant d’aucun titre en particulier même s'il fait penser à plusieurs reprises au jeu Resident Evil. Les adaptations officielles de ce jeu sur grand écran ayant été particulièrement catastrophiques, les fans peuvent enfin prendre leur revanche. Avec pertinence, les deux co-réalisateurs de génie reprennent pour le cinéma les codes de la petite lucarne en plaçant tous les protagonistes et le spectateur au cœur même de l’action. L’implication émotionnelle et sensitive est totale. Nous sommes avec les acteurs dans le bâtiment, terrorisés à l’idée d’être mordu par un des infectés.

Mission impossible pour Balaguero (Darkness, Fragiles) et Plaza (Romasanta, Peliculas para no dormir) : flanquer une trouille monumentale en s’attaquant à nos angoisses les plus primaires. Les véritables films de pétoche qui affolent les pacemakers de nos grands-mères ne sont effectivement pas si nombreux. Au hasard, citons Massacre à la Tronçonneuse, de Hooper, Halloween de Carpenter, The Shining de Kubrick, The Thing de Carpenter, Seven de Fincher, le récent Shiver d’Isidro Ortiz… Difficile aujourd’hui de faire monter le trouillomètre quand toutes les ficelles du film de genre ont été utilisées jusqu’à la corde. Et c’est bien là l’exploit qu’arrive à réitérer [REC]. Les dix dernières minutes du film sont traumatisantes à souhait, dix minutes d’angoisse pure durant lesquelles le spectateur le plus endurci sera scotché de peur à son fauteuil. Non seulement le film fait peur, mais l’origine de ces dix dernières minutes (que nous ne dévoilerons pas, n’ayez crainte) arrive également à provoquer un véritable malaise. Mission réussie !

Le film est également un succès au niveau de la caractérisation des personnages et des comportements humains en temps de crise. Tour à tour héroïques, lâches ou tout simplement dépassés par la situation, les personnages de [REC] représentent un microcosme d’une société en plein effondrement, rappelant en ce point les meilleurs castings des films catastrophe des années 70. Les comportements les plus vils se déchaînent dans l’hystérie générale et [REC] fait parfois le triste – mais réaliste – constat d’une Humanité revenue à l’état primal. Le spectateur n’a plus qu’à prendre position pour tel ou tel personnage, ce qui donne au film cette interactivité désirée par les réalisateurs.

Ni remake, ni suite, ni adaptation, [REC] est un film rafraîchissant dans le monde du cinéma de genre qui, ces derniers temps, ne manque guère de talents mais manque cruellement d’originalité. Pour preuve, le film à peine âgé d’un an vient déjà de se voir acoquiner d’un remake américain intitulé Quarantine, dont la bande-annonce laisse à penser qu’ils ont tout refait à l’identique si l’on excepte le passage de la langue ibérique à la langue de Tom Cruise. Originalité quand tu nous tiens… Que cela n’empêche personne d’aller voir ce monument de terreur qu’est [REC] ! Vous n’en sortirez pas indemnes. Et vous ne passerez pas l’été prochain à Barcelone !...

REC]de Jaume Balaguero et Paco Plaza - 2007
Avec Manuela Velasco et Ferran Terrazza. 

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