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Regards sur le réel : 20 documentaires du 20e siècle

Regards sur le réel : 20 documentaires du 20e siècleN'ayant pas d'industrie, contrairement à l'Allemagne ou la France, le cinéma belge, dès ses débuts, s'est ancré dans un genre plus restreint que celui qu'offrent de vastes studios, le documentaire. Henri Storck, en le nommant "cinéma du réel" - dès les années trente - lui a donné un statut qui va au-delà du cinéma expérimental, autre genre artisanal également développé à cette époque, en Belgique.

Pour beaucoup de cinéastes - depuis l'invention du direct (image et son) - le partage se dessine plutôt entre le documentaire créatif (1) et le reportage télévisuel. Pourtant, la grande évolution a été le passage du muet au parlant. La parole a modifié le dispositif présenté aux spectateurs. Les mots qu'on écoute diffèrent de l'écriture sur des cartons (les intertitres) qu'offrait le muet. On peut donc dire qu'un film est tissé par une fiction, celle de l'imaginaire qu'offre la parole.

Dans le courant des années 70, les images cinématographiques se sont inscrites dans la longue durée de l'histoire. Cet ensemble d'archives permet à certains cinéastes de décrypter les sources pour montrer la genèse du processus et son développement.

La longue durée du cinéma nous permet désormais de disposer d'un corpus d'images d'archives filmées entreposées et conservées dans différentes cinémathèques.

La Cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles les met à disposition, moins pour commémorer le patrimoine que la mémoire présente et vivante ainsi que dans un souci de transmission. Un livre vient d'être publié sur des films réalisés au siècle précédant. L'éventail des films présentés est large de Images d'Ostende (1929) de Henri Storck à Wild Blue de Thierry Knauff (2000).

Avec Mobutu roi du Zaïre (1999), Thierry Michel multiplie les angles d'approche en se servant de diverses archives (notamment les reportages d'actualité télévisée) pour nous montrer la mise en scène du pouvoir. Anne Lévy-Morelle, dans le Rêve de Gabriel (1997) joue plutôt dans la micro-histoire, en racontant celle d'une famille qui change de paysage, de la Belgique au Chili, d'un continent à l'autre.

Avec Marchienne de vie (1993), Richard Olivier explore les possibilités du cinéma-vérité, l'événement étant la vie ordinaire et non pas le sensationnel. Dans ce film, le réel devient noir comme le charbon qui a fait vivre toute une industrie lorsque Marchienne faisait partie du grand bassin sidérurgique de Charleroi. La mise en scène de Richard Olivier nous montre des fragments qui restituent la vivacité du présent par rapport au passé. Le film interpelle le spectateur confronté à des moments d'un vécu déchiré par un chômage persistant, un lien social qui disparaît, la montée de la violence et un pouvoir politique aveugle. Un film d'une actualité brûlante en Europe.

Pour Olivier Smolders, dans Mort à Vignole, on meurt deux fois. Une famille vit deux deuils. Le second étant vécu lorsque les traces des images photographiques disparaissent et passent de la mémoire à l'oubli. Cette trace des moments fugitifs de la vie qui survivent intéresse de plus en plus le cinéaste. Le film s'interroge sur l'effacement de formes d'enregistrement qui substitue la disparition à la mémoire.

Il y a des cinéastes-essayistes (Olivier Smolders) et des cinéastes-conteurs (Eric Pauwels) pour qui fiction et documentaire n'ont plus de sens. Dans Lettre d'un cinéaste à sa fille (2000), Eric Pauwels bricole le cinéma comme s'il disposait d'une boîte à outils - utilisation de différentes approches techniques : 8mm, noir et blanc et couleur, vidéo, 16mm - tel un arpenteur pour qui le monde est une texture parsemée de contes. Pour le cinéaste, il s'agit de réunir leur diversité dans une constellation.

Après la présentation du livre, lors du débat, la question de la fiction et du documentaire est revenue à la charge. Elle a été posée à propos de Déjà s'envole la fleur maigre de Paul Meyer. Le cinéaste refusant que l'on considère son long métrage comme un documentaire (2). Dès lors, que fait-il dans le choix d'un livre sur 20 documentaires du 20e siècle ? Réponse : La frontière est tellement floue depuis les films réalisés par les frères Lumière, qu'on préfère, dans les écoles de cinéma comme la FEMIS, parler d'un seul cinéma. Plus concrètement, Raymond Depardon signale : « J'ai fait deux films de fiction, et faire un film de fiction est beaucoup plus rassurant. En tout cas, je l'ai vécu comme cela. Il n'y a plus l'angoisse de saisir le réel. Pour un documentaire, on part du brut et on est forcement déçu, on est déçu par l'image, on est déçu par le rendu ».

En effet, le cinéma direct demande une attention permanente lors de l'enregistrement puisqu'il n'y a qu'une prise. Il faut que la caméra portée et le son qui saisit la parole deviennent l'intercesseur qui enregistre les différentes phases entre réel et imaginaire. Moins "cool" et moins rassurant que plusieurs prises successives que permet une pure fiction.

Jean-Luc Outers, quant à lui, défend l'idée que dans la mesure où le cinéma mélange le subjectif à l'objectif, les films ont tous une forme de fiction. Il nous signale aussi le rôle de Strip-tease, l'émission de la RTBF, mais aussi de la folie douce et de l'auto-dérision du métissage à la belge.


(1) Cinéma documentaire, manière de faire, formes de pensée, éditions Yellow Now-côté cinéma.

(2) Sur Paul Meyer, lire aussi le long entretien qu'il avait accordé à Cinergie. 


Regards sur le réel : 20 documentaires du 20e siècle, sous la direction de Francis Dujardin :Films de Henri Storck, Paul Meyer, Edmond Bernhard, Luc de Heusch, Jean-Jacques Péché et Pierre Manuel, les frères Dardenne, Jean-Jacques Andrien, Mary Jimenez, Michel Khleiffi, Boris Lehman, Richard Olivier, Benoît Dervaux et Yasmina Abdelaoui, Claudio Pazienza, Anne Levy-Morelle, Thierry Michel, Chantal Akerman, Olivier Smolders, Eric Pauwels, Thierry Knauff.

Edité par Yellow Now-côté cinéma.

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