Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Octobre 2017
 

Rencontre avec Bjorn Gabriels, rédacteur en chef de la revue critique Filmmagie

« C'est important de construire des ponts entre le cinéma flamand et francophone » 

Dans une presse belge en mutation, les revues professionnelles et spécifiques liées au cinéma restent marginales, côté francophone surtout. Le paysage flamand en offre, de son côté, plusieurs, comme Film, Vertigo ou Filmmagie en version papier ; Cinea, Sabzian ou Kortfilm sur le net.

C'est au sein des bureaux de la plus ancienne, Filmmagie, à Schaerbeek, à deux pas de la gare du Nord, que nous nous sommes entretenus avec celui qui en est le jeune rédacteur en chef depuis le début de cette année, Bjorn Gabriels. Fort de 61 années d'existence, ce mensuel a profité de cette rentrée et de son n°677 pour revoir son format.

Cinergie : Comment vous êtes-vous retrouvé à la tête de Filmmagie, à 33 ans seulement ?

Bjorn Gabriels par Piet Goethals

Bjorn Gabriels : Simplement parce que j'y travaillais depuis longtemps ! J'ai commencé comme étudiant, il y a dix ans, plus exactement chez Cinémagie, qui était un format plus essayiste sortant quatre fois par an, et qui a plus tard fusionné avec Film & Televisie, un titre bien connu du public flamand, ce qui a donné naissance à Filmmagie. Étant toujours journaliste indépendant, j'ai été surpris quand on m'a demandé, en janvier dernier, d'en devenir le rédacteur en chef, mais le défi de renouveler ce magazine m'a séduit. Tout en essayant de garder sa ligne éditoriale, puisque l'ossature de cette parution a plus de soixante ans.

C. : Comment faites-vous fonctionner cette revue ?
B. G. : C'est une revue en papier d'une cinquantaine de pages, qui bénéficie d'une déclinaison en ligne. Nous avons un noyau de cinq journalistes indépendants qui travaillent beaucoup, et puis, une vingtaine de personnes (copywriters, journalistes, professeurs, directeurs d'écoles... tous passionés de cinéma) qui y collaborent occasionnellement. Sans oublier des photographes reconnus au nord du pays, comme Kris Dewitte et Piet Goethals. Notre budget n'est pas immense et l'aspect passionnel est primordial, mais j'ai néanmoins comme principe de rémunérer toute personne effectuant un travail.

C. : Vous vous targuez d'être une revue critique indépendante. Pourquoi le mentionnez-vous en sous-titre de la revue ?
B. G. : Parce que bien que nous soyons financés par le Fonds Audiovisuel Flamand (VAF) via un support structurel, nous fonctionnons avec peu de publicité, alors qu'il y a des années, on y trouvait régulièrement des annonces de banques ou même de cigarettes ! C'est une forme de décision collégiale, mais aussi d'évolution. Pour nous, l'important est avant tout de continuer à proposer une réflexion journalistique sur la culture et le cinéma, autour de l'actualité courante et des nouvelles tendances. Je pense que tant nos auteurs, que nos lecteurs s'y retrouvent, vu la place importante que nous donnons encore aux textes.

C. : Gérer un mensuel en papier demande, on l'imagine, un certain travail d'anticipation, non ?
B. G. : Oui, d'autant qu'avec 400 à 450 films qui sortent aujourd'hui chaque année, c'est impossible de tous les faire, même si nous en traitons 20 à 30 par mois, ce qui n'est pas rien. Cela demande donc un travail d'attention et de gestion en amont, raison pour laquelle nous sommes de plus en plus présents dans les festivals, belges ou étrangers (Berlin, Cannes, Venise...) C'est notre manière de voir les films bien en avance. En plus d'une attention logique portée aux sorties DVD, à la Vidéo à la demande et aux séries parfois, qu'on ne peut plus ignorer dans le paysage.

C. : Comment se porte aujourd'hui la « marque » Filmmagie ?
B. G. : Notre tirage papier est de 3.000 exemplaires, mais la marque Filmmagie va bien au-delà de cela, puisque nous proposons aussi des exclusivités en ligne. Nous avons une belle présence dans les bibliothèques ou centres culturels. Et si certes, le print est en baisse générale, nous nous déplaçons régulièrement dans les Universités pour parler de nous aux étudiants, que nous accueillons parfois en stage. Puis, nous avons une dizaine de clubs Filmmagie en Flandre (Anvers, Bruges, Hasselt...), certains proposant un film chaque semaine. En faisant le calcul, ces clubs équivalent aux chiffres d'un cinéma d'auteur. Je reste toujours convaincu que nous devons maintenir notre présence papier, en continuant à développer ces offres circulaires.

C. : Ce à quoi vous réfléchissez en ce moment, d'ailleurs...
B. G. : En effet. Nous devons trouver un juste équilibre entre le papier et le web. Je maintiens qu'il est primordial d'avoir cette large place de réflexion dans notre culture. Les films populaires et le cinéma popcorn existeront toujours, et je n'ai évidemment rien contre, mais c'est bien de rappeler qu'il n'y a pas que ça. N'oublions pas qu'un film, c'est un geste à la fois esthétique, éthique et politique, et je pense que c'est aussi là que les critiques et les journalistes de cinéma peuvent encore intervenir.

C. : Et puis, parlons-en, il y a, depuis peu, cette collaboration avec Cinergie...
B. G. : Oui, et elle importante puisqu'en échangeant chaque mois des articles, on favorise des ponts entre nos communautés. Nous organiserons bientôt ensemble une soirée de courts-métrages. Je pense que c'est important de favoriser ces échanges-là, qu'ils puissent permettre de nous faire connaître auprès du public. Cela contribue à faire des liens entre nos cinémas respectifs, mais aussi de créer des liens entre journalistes francophones et flamands.

C. : On vous connaît dans le milieu comme boulimique de films. C'est la passion qui vous guide ?
B. G. : Oui, bien sûr, même si je n'avais jamais ambitionné d'être journaliste à la base, ayant étudié les langues et la littérature. Mais j'ai adoré le cinéma dès l'adolescence, avec comme points de départ David Lynch et Quentin Tarantino. Ce métier est difficile à faire si la passion n'est pas là, car il faut y investir beaucoup de temps. Cela va paraître peut-être romantique, mais pour moi, le cinéma, c'est la vie ! Même s’il m'arrive quand même de penser parfois à autre chose et d'avoir une vie privée…

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