Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : crowdfunding,
 

Rencontre avec Frédéric Cornet, ambassadeur de KissKissBankBank au Bénélux

Solidarité, entraide, partage, coopération : voilà les maîtres-mots de KissKissBankBank. De qui ? KissKissBankBank, une entreprise de financement collaboratif fondée en 2010 par nos voisins français Ombline Le Lasseur, Vincent Ricordeau et Adrien Aumont, inspirés par le modèle de Kickstarter aux États-Unis. Concrètement : tu as un projet basé sur la création ou l'innovation, mais il te manque un peu d'argent pour le réaliser ou en venir à bout ? Une solution : proposer ton projet à KissKissBankBank qui va t'aider à optimiser sa mise en place sur la plateforme. Tu auras alors 60 jours pour récolter le montant discuté à l'avance en convainquant des KissBankers qui recevront, en échange de leurs dons, des contreparties qui varient en fonction du montant alloué.

Voilà ce qu'on fait Vincent Solheid, Erika Sainte et Michaël Bier pour réaliser leur film Je suis resté dans les bois. Ils ont fait appel à Frédéric Cornet, ambassadeur de KissKissBankBank en Belgique. Une aide précieuse qui leur a permis de mener à bien leur projet un peu atypique.

 

Frédéric CornetCinergie : Comment la plateforme KissKissBanBank est-elle née ?

Frédéric Cornet : Ombeline Le Lasseur, une des cofondatrices, avait travaillé dans la musique et avait cherché une solution au manque de financement dans ce domaine. Du coup, elle a pensé à cette plateforme de financement collaboratif avec Adrien Aumont et Vincent Ricordeau. Très vite, ils se sont rendu compte que ça pouvait aller bien au-delà de la musique, et ils ont décidé de faire une plateforme généraliste dédiée à l'innovation et à la création. KissKissBankBank est née, il y a maintenant six ans à Paris. Depuis septembre 2013, une équipe de trois personnes s'occupe du développement en Belgique. Bruxelles est la seconde ville en terme de porteurs de projets, juste après Paris. C'était important d'avoir quelqu'un ici qui puisse suivre les porteurs de projets, qui puisse leur expliquer comment fonctionne le financement participatif et quelles sont les clés pour réussir sa collecte. C'est comme cela qu'on a commencé avec l'événement Europ Refresh, qui a déjà eu lieu trois années consécutives. C'est le salon du financement participatif où une quarantaine de porteurs de projets se retrouvent pour rencontrer le grand public.

C. : Qui sont les donateurs ?

F.C. : D'abord la communauté du porteur de projet constitué par les personnes les plus proches, famille, amis, etc. Ensuite, le grand public peut être touché. Il y a beaucoup d'exemples où le grand public finance et soutient des projets, soit en financement ou en ouverture de réseau, mais aussi en mécénat de compétences. Les gens s'investissent et veulent prendre part.

C. : Quel genre de projets sont financés par cette plateforme ?

F.C. : La plateforme est dédiée à l'innovation et à la création. Il n'y a pas que des projets artistiques, il y a aussi des projets innovants, des idées un peu folles que les gens vont financer. Quand quelqu'un décide de soutenir un projet, c'est qu'il a décidé de le voir dans le monde de demain. Soutenir les projets qu'on veut voir exister, c'est se donner un peu de pouvoir et donner du pouvoir aux gens en qui on croit. C'est une forme de démocratie directe. Un projet peut être un prototype, un complément de budget ou des projets qui sont financés totalement comme le projet Even lovers get the blues, un long-métrage de Laurent Micheli entièrement financé sur KissKissBankBank. Un autre exemple, c'est Demain, le film porté par Cyril Dion et Mélanie Laurent. C'est le documentaire le plus financé en financement participatif avec plus de 440.000 euros collectés en France, en Belgique et ailleurs. Ici, on a clairement dépassé le premier cercle, et on a touché le grand public.

C. : Est-ce qu'il y a un montant minimal et maximal d'investissement ?

F. C. : Le montant minimal serait d'un euro. L'idée, c'est que tout soutien est bon et il n'y a pas de limite maximale. Tout repose sur le don et contre-don. Les personnes donnent de l'argent et reçoivent quelque chose en échange, directement lié au projet. Il n'y a pas d'investissement en terme de producteur puisque le but c'est de laisser 100% de la propriété individuelle au porteur de projet pour qu'il puisse faire le projet qui l'intéresse. Un peu comme l'a fait John Cassavetes à l'époque pour le film Shadows. Il avait fait un appel à la radio : "Si vous voulez voir un film qui vous ressemble, donnez-moi un dollar". Il a récolté 2.000 dollars !

Quand on a commencé, on avait un taux de réussite de 50% en Belgique. Maintenant, on est proche des 65 à 70%. Le monteur de projet demande le montant minimal pour réaliser son projet et il peut le dépasser. Si ce montant est récolté, le porteur de projet peut délivrer les contreparties, sinon, on rembourse les participants sauf si la campagne est prolongée ou morcelée.

C. : Car le financement d'un projet ne doit pas se faire uniquement via cette plateforme !

F.C. : Effectivement, il peut s'agir de complément pour financer une partie du projet. Et le financement participatif c'est bien plus que du financement, c'est une campagne de communication. En amont du projet, on amène sa communauté à s'y intéresser, à y prendre part. C'est permettre aussi de donner de la visibilité à son projet avant qu'il ne soit terminé.

C. : Comment faites-vous pour sélectionner les projets ?

F.C. : Nous avons un comité de sélection qui vérifie sa faisabilité; s'il a la communauté nécessaire, s'il ne doit pas être retravaillé. On a des outils qui nous permettent de voir si le montant demandé est réalisable en fonction de la communauté du porteur de projet, on regarde quelle est la légitimité du porteur de projet par rapport à ce qu'il fait, est-ce qu'il est vraiment le porteur du projet ou est-ce qu'il a été piocher les idées à gauche et à droite. Et on regarde avec lui les différentes possibilités de pouvoir réussir sa collecte et si toutes ces données sont prises en compte, on lance la collecte. On est vraiment dédié à la création et à l'innovation. On n'accepte pas les projets de solidarité qui n'ont pas un caractère innovant.

C. : Combien de projets vous sont soumis par an ?

F. C. : En 2014, on a collecté au total un million d'euros en Belgique. Mais on a déjà atteint le million pendant les six premiers mois de 2015. De manière générale, dans les périodes de pic, sur la plateforme, on peut avoir jusqu'à mille projets qui tournent en même temps.

C. : Est-ce qu'un projet présenté sur la plateforme est un projet limité par les frontières ?

F.C. : Pas du tout ! On a une plateforme internationale leader européen. Le but, c'est que puisqu'on travaille via les réseaux sociaux, via le web, c'est que tout le monde puisse financer. On a des exemples de documentaires qui, via un article dans le New York Times, se sont faits financer par les États-Unis. Après, il y a un accompagnement local pour voir comment ils peuvent réussir leur collecte, mais aussi trouver des partenaires locaux. Par exemple, nous avons un partenariat avec le magazine Victoire qui met en avant les projets qui leur plaisent et ils en font la communication.

C. : Vous êtes sur le même pied que la Commission ou que Wallimage en matière de soutien financier ?

F. C. : C'est plus ou moins vrai. Mais il faut bien noter que les budgets ne sont pas les mêmes. Un porteur de projet, peu connu ou avec un petit réseau, pourra récolter jusqu'à 10.000 euros voire 15.000 euros sur sa communauté propre. Ce ne sont pas les budgets de la Commission, qui, pour un court-métrage peut donner jusqu'à 120.000 euros.

C. : Est-ce qu'il y a une partie des fonds récoltés qui vous revient ?

F.C. : Il y a effectivement une commission de 5 % pour KissKissBankBank, pour l'accompagnement des porteurs de projet. Avec les frais de transaction, cela fait 8% au total. Ces frais ne sont pris que si le porteur de projet réussit sa collecte. S'il échoue, le risque est partagé. Il n'aura pas à financer le travail que j'aurai fait avec lui.

C. : Comment faites-vous pour être viable ?

F. C. : Pour cela, il faut trouver des partenaires. Par exemple, la commune de Saint-Gilles est devenue mentor, comme le magazine Victoire. La commune donne de la visibilité aux porteurs de projets qui sont à Saint-Gilles et crée ainsi du lien. À Saint-Gilles, plusieurs lieux se sont faits financer. Par exemple, Au Marché noir. C'est un commerce qui fait de la nourriture très saine et qui a eu 4000 personnes le jour de l'ouverture ! Le but de la commune était de montrer qu'il y a beaucoup de choses qui se créent et qu'ils donnent la possibilité aux Saint-Gillois de soutenir des projets qui se trouvent dans leur commune. Le mentor, c'est une structure, une institution qui a pignon sur rue et qui va recommander KissKissBankBank. Le supplément hebdomadaire du Soir, Victoire, est un mentorat médiatique qui publie une fois par mois trois projets qu'ils veulent soutenir. De même, le cinéma Galeries propose ses salles pour présenter les projets au public. Il y a aussi d'autres mentors qui soutiennent financièrement, comme la Banque postale qui choisit un projet et qui le complète quand il est arrivé à 50%, comme de vrais mécènes.

C. : Pourquoi les campagnes sont-elles limitées dans le temps ?

F.C. : Parce que cela permet de garder un dynamisme et une attention pendant cette période-là. Au début, on était sur 90 jours et on a décidé de raccourcir à 60 jours pour pouvoir permettre une meilleure réussite due à une plus grande préparation en amont.

C. : On a rencontré les producteurs d'Eklektik et l'équipe de tournage de Je suis resté dans les bois. Quel a été votre rôle dans la réalisation de ce film ?

F.C. : L'équipe de Je suis resté dans les bois avait un réseau qui était très fort, une très bonne communication. Vincent Solheid, Erika Sainte et Michaël Bieravaient bien réfléchi à ce qu'ils allaient faire. Ils savaient quelles étaient les communautés qu'ils allaient toucher, les réseaux qu'ils pouvaient avoir. Ils avaient fait une vidéo attractive et tout cela leur a permis d'avoir une belle visibilité sur les réseaux sociaux.

C. : Quels sont vos derniers projets importants?

F. C. : La remasterisation des Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy qui s'est faite en partie via KissKissBankBank. Une des contreparties était d'avoir huit images d'une pellicule 35mm avec un numéro de série. Nous avons également financé une application qui permet de générer de l'argent via des publicités et d'envoyer l'argent récolté aux orphelins. Un autre projet, c'est un vaisseau semi immergé pour faire de l'exploration marine.

commentaires propulsé par Disqus