Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
26/08/2015
Mots-clés : auteur, professionnel,
 

Rencontre avec Inès Rabadán, présidente du Comité belge de la SACD

Diplômée en Philo & Lettres à l'ULB et en Réalisation cinéma-télévision à l'IAD, Inès Rabadán oscille entre écriture, réalisation et enseignement. Membre de la Commission de sélection du film de la Fédération Wallonie-Bruxelles et co-présidente de l'ARRF (association des réalisateurs et réalisatrices francophones) depuis 2011, la jeune scénariste, réalisatrice, monteuse, animatrice a récemment été choisie pour succéder à Luc Jabon comme présidente du comité belge de la SACD dont elle était déjà membre depuis mai 2014. Nouvelle présidente, nouvelles perspectives, nouvel espace de travail avec toujours le même objectif : soutenir les auteurs. 

La SACD, société de gestion de droits d'auteurs spécialisée dans la fiction, est gérée par et pour les auteurs. Chaque année, des auteurs sont élus au Conseil d'Administration à Paris, ainsi qu'au Comité belge. Inès Rabadán chapeaute désormais ce Comité qui vise à valider la politique de la société pour le territoire belge et qui est également compétent pour toutes les matières liées à l'action culturelle. La SACD Belgique a son siège à La Maison des Auteurs à Bruxelles, véritable lieu au service des auteurs.

Cinergie : Comment peux-tu définir ta fonction au sein de la SACD ?
Inès Rabadán : D'abord, je représente le Comité belge, donc tous les auteurs belges, lors du conseil d'administration français, puisque la SACD possède une maison-mère qui est la SACD France. Cet aller-retour entre les deux maisons est important puisqu'il y a aussi de l'entraide, des informations qui passent d'un côté à l'autre, la possibilité de faire valoir nos priorités dans la maison-mère. Puis, il y a un travail plus quotidien avec Frédéric Young, délégué général de la SACD, et les autres membres de l'équipe sur certaines réalisations, sur la préparation des réunions, sur les choses qu'il faut anticiper avant d'en débattre avec le Comité et de prendre des décisions avec ce dernier. Ce qui est important à souligner, c'est que je suis présidente, mais je suis seulement un membre de ce Comité. C'est donc une réunion collégiale, une responsabilité partagée entre les différents membres du Comité qui sont élus par les auteurs. Le fait que les auteurs soient le centre, c'est-à-dire à la fois la source du revenu de la Maison des Auteurs mais aussi son but, m'a poussée à m’impliquer dans la vie de la SACD. Il n'est pas facile pour les auteurs de s'investir dans ce travail collectif de réunions, de subventions des dossiers car nous sommes dans un domaine solitaire, celui de la création. En même temps, c'est très intéressant car cela définit les conditions dans lesquelles nous allons pouvoir créer. Beaucoup d'auteurs aujourd'hui jugent cet investissement important.

C. : On est effectivement dans une période assez délicate pour les auteurs dont les droits sont constamment remis en question. Aujourd'hui, il s'agit surtout de profit, tout est monnayable.
I.R. : Tout à fait. Je me souviens du jour où j'ai décidé de me présenter au Comité, car tous les auteurs membres de la SACD peuvent se présenter pour être élu au Comité dans les différents répertoires. J'avais reçu un mail de Frédéric Young qui disait : "Attention, tous les auteurs sont en danger, l'UE risque de mettre cela à mal". Tout à coup, le fait que cette maison qui vous protège pouvait être mise en cause, ça m'a semblé vraiment alarmant. C'est quelque chose qui peut aller de soi, notre protection en tant qu'auteur, nos rémunérations… mais non ! Ceux qui créent ne sont pas les mieux valorisés.

 Inès Rabadán, présidente du Comité belge de la SACDC. : Existe t-il une société d'auteurs dans chaque pays ?
I.R. : La situation est très différente d'un pays à l'autre, ce qui est plus ou moins avantageux car uniformiser tout serait impossible au vu des différentes notions d’auteurs. D'un point de vue francophone, on privilégie la création plutôt que la production. De plus, la SACD est une société dont les auteurs sont les patrons, et c'est un lieu où la solidarité est un principe de base. C'est unique comme situation.

Pendant longtemps, des auteurs néerlandophones étaient affiliés à la SACD car conscients de tous les avantages présentés par cette maison en terme de soutien, etc. Donc, petit à petit, l'idée d'avoir une société autonome a été encouragée par notre équipe : DeAuteurs a donc vu le jour. Cette société est également installée dans La Maison des Auteurs. Au dernier comité, on a encore soutenu un festival néerlandophone dans lequel des auteurs francophones vont se rendre. Les rencontres et les échanges peuvent se faire plus facilement.

C. : À quelle porte faut-il frapper sur le plan politique ?
I.R. : Dans le contexte actuel, il faut aller voir les dirigeants, les responsables. C'est aussi un boulot de lobbying. Il y a donc un travail effectué auprès de toutes les personnes de pouvoir susceptibles d'influencer notre sort d'auteur. Pour ma part, J'ai un rôle d'accompagnement, de passage de l'information. Ce n'est pas moi qui vais négocier. Ces négociations passent par Frédéric Young, délégué général, et l'équipe qui l'entoure : ils ont la compétente et l'efficacité requises.

C. : Sur quoi portent les négociations autour du cinéma aujourd'hui ?
I.R. : Aujourd'hui, il est délicat de parler de cela, car il y a une grande opération lancée par la Ministre Joëlle Milquet qui s'appelle "Bougez les lignes" et qui tend à toucher tout le secteur de la culture, depuis les instances d'avis jusqu'à la manière dont sont gérés les lieux culturels, etc., et qui a ouvert tout le secteur de la culture à une série d'ateliers, de réflexions. La Maison des Auteurs est partie prenante de cette opération parce que tout moment de la vie politique et culturelle dans lequel la place des auteurs va être reconsidérée et revalorisée les concerne directement.

Pour la Ministre, il s'agit de remettre l'artiste au centre ce qui signifie concrètement : "Est-ce qu'il est normal qu'une production culturelle se fasse en ne payant pas ou peu ceux qui imaginent, créent, conçoivent, réunissent des gens et garantissent la bonne fin d'une création culturelle ?" La manière dont sont rémunérés les artistes est une énorme question. On espère qu'on pourra revoir la revalorisation du travail que font les auteurs sans se mettre en opposition avec qui que ce soit, tous les acteurs sont nécessaires à la vie culturelle.

C. : Quels sont tes objectifs pour ce nouveau mandat ?
I.R : Paola Stevenne, présidente de la SCAM, société également implantée dans La Maison des Auteurs et qui couvre le domaine du documentaire, et moi-même avons beaucoup d'intérêts communs que nous pouvons défendre. Nous avons un mandat de deux ans, renouvelable ou non, qui coïncide avec le début des travaux puisque La Maison des Auteurs va s'agrandir et devenir une maison européenne des auteurs. Cette Maison accueille non seulement la SACD, la SCAM, la SOFAM et deAuteurs, mais également des associations, des structures telles que ProSpere, la SAA, la FERA, etc. Les membres des différentes associations ne doivent pas spécialement être affiliés à la SACD, société privée qui se veut avant tout ouverte et disponible à tous les auteurs sur les plans administratifs, juridiques, artistiques.

 Inès Rabadán, présidente du Comité belge de la SACDLa Maison des Auteurs veut devenir un lieu vivant de communication, d'interaction et de réflexion sur la culture dans lequel on pourra organiser des rendez-vous, prendre possession de ce lieu pour diverses choses notamment permettre plus d'échanges, recentrer les activités à Bruxelles. L'ouverture de la maison européenne va voir naître un pôle d'écriture et de développement. L'idée, c'est de créer un lieu dans lequel on renforce le soutien, la logistique qui peut aider les auteurs à développer mieux leurs œuvres.

De plus, quand un auteur fait un projet aujourd'hui, il est souvent coproducteur de son projet, il l'est d'une manière implicite. Il travaille énormément en amont, il utilise son réseau, il écrit, il prépare, il repère, etc. Tout un travail qui n'est pas valorisé et qui mériterait de faire l'objet d'une réflexion commune entre producteurs et réalisateurs, scénaristes, etc. Ne plus voir ces différents acteurs comme étant en opposition, mais plutôt voir comment ils peuvent fonctionner ensemble. On veut valoriser le travail des auteurs pour qu'ils se sentent soutenus dans leur travail, complémentaire à celui des producteurs. Chacun doit reconnaître la part de l'autre, ses compétences et son expertise. Revalorisation qui va de pair avec la partie écriture de toutes les commissions qui mérite une augmentation des dotations.

Je voudrais aussi valoriser l'aspect "formation" de la Maison des auteurs. Si un auteur veut approfondir un sujet, une compétence, il peut solliciter la maison des auteurs pour organiser cette formation. Pour le moment, c'est surtout PILEn, partenaire entre éditeurs, gens du livre, écrivains, qui a mis en place des formations non réservées aux gens de l'écrit. La SACD met déjà en place des formations mais, une fois que la maison sera agrandie, on compte augmenter les formations. Ces formations sont gratuites, certaines sont certifiantes. Il y a également tout un volet "bourses" qui est sans cesse réexaminé par le comité pour voir si cela correspond vraiment à la situation des auteurs.

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