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Rencontre avec Jan Vermoesen, directeur de mediarte.be

"Il existe des conditions de travail, vous devez le savoir. On est là pour vous informer, on n'est pas la police mais si vous avez besoin de références, on peut vous les donner."
Cela fait quelques temps que le logo de mediarte.be apparaît ci et là, notamment dans les festivals de cinéma. Mais mediarte.be, c'est quoi concrètement ? Le but principal de mediarte.be est d'encourager, de soutenir et de favoriser l'ensemble des initiatives relatives à la formation, l'enseignement et l'emploi au sein du secteur audiovisuel. C'est un site Internet qui se présente comme un centre de connaissance où tous ceux qui touchent de près ou de loin le secteur audiovisuel, entreprises, employés de ces entreprises, étudiants, peuvent trouver des informations, des conseils à propos des possibilités d'emploi et de formation. Centre névralgique de ce secteur, mediarte.be joue le rôle de facilitateur du développement et du renouvellement des compétences. Sans oublier que mediarte.be accorde une importance toute particulière à la diversité, considérée comme un plus pour les entreprises et les employés du secteur audiovisuel.

Cinergie : Depuis combien de temps mediarte.be existe?
Jan Vermoesen : Mediarte.be a été créé par les partenaires sociaux, c'est-à-dire les syndicats et les fédérations des employeurs. Nous sommes un intermédiaire entre eux. On a commencé il y a plus de huit ans comme professionnels, en 2008, et aujourd'hui, notre équipe compte six personnes. Notre mission, c'est de soutenir et de stimuler toutes les actions liées à l'emploi ou à la formation dans le cadre de l'audiovisuel et du cinéma. Pour arriver à notre mission, on propose plusieurs actions liées à trois thématiques : le rapport vers le marché du travail, la gestion des talents, et la diversité. On donne des explications sur les conditions de travail dans le secteur, comme par exemple, est-ce que je peux travailler pendant la nuit ? Qu'est-ce que je gagne ? Quel est le barème minimal que je peux toucher ? Comment est-ce que je le négocie ? etc.

C. : Vous êtes un service juridique en quelque sorte ?
J.V. : Pas forcément. Il y a, au sein de mediarte.be, des gens qui ont une formation juridique mais on donne plutôt des conseils au premier niveau car on fait les suivis de toutes les conditions de travail, les réglementations, les lois liées au travail et aux formations. Nous savons bien de quoi nous parlons, mais si cela devient trop compliqué, on s'adresse aux syndicats, aux bureaux spécialisés dans le secteur. Pour aider les gens qui veulent commencer dans le secteur, on a créé l'ABC des sociétés et c'est dans cet esprit qu'on met nos textes sur notre site. On veut que les conditions soient les plus claires possibles. On les vulgarise le plus possible mais sans perdre la connotation juridique car c'est toujours très flou et très strict. Pour les travailleurs engagés en CDD, on voit les différents contrats pratiqués dans le secteur ; Payroll, intérim, indépendants ou artistes et on analyse les avantages et les inconvénients de chacun. Nous avons créé un dossier sur ce sujet et réalisés plusieurs sessions d'information. Sur le salaire, les cotisations, ce qui doit être facturé, etc.

C. : Quelles sont les autres actions que vous mettez en place ?
J.V. : Une autre action que nous avons, liée à la gestion des talents, c'est d'organiser des tables rondes avec les employeurs qui ont des questions autour de la flexibilité liée à notre secteur. On met toujours un expert autour de la table pour modérer la conversation, pour augmenter le professionnalisme dans le secteur. On constate que les employeurs sont, en quelque sorte, tous concurrents, mais qu'il s'agit toujours de petites structures. Nous essayons de les réunir sur le partage des connaissances.
Enfin, une autre action très importante, c'est tout ce qui est lié à l'employabilité, c'est-à-dire le bien être au travail, la balance privé-travail. Comment établir cet équilibre ? C'est un sujet important car on constate qu'un quart des travailleurs du secteur risque de s'effondrer. On a fait une étude autour des risques psycho-sociaux qui nous a permis de montrer que presque 90 % des membres du secteur éprouvent du plaisir en travaillant, s'investissent beaucoup mais qu'ils ont besoin de repos et qu'ils ne parviennent pas à le trouver donc un quart des personnes risquent de s'effondrer. On donne des trucs et astuces, on fait faire un petit test. À quoi je dois penser pour éviter le burn-out ? On fait des petits clips accompagnés par des textes qui mettent l'accent sur ces sujets. On a créé un petit folder que l'on distribue. On n'organise plus de sessions ouvertes sur la question, car les employés comme les employeurs ne viennent pas, c'est un sujet qui reste tabou. Mais, après les offres d'emploi, ce sont les textes liés au burn-out qui sont le plus lus sur notre site. Nous voulons augmenter les compétences des travailleurs dans le secteur

C. : Comment devient-on membre de Mediarte ?
J.V. : Mediarte.be représente tous les employeurs et leurs employés des sociétés qui sont dans la commission paritaire 227 qui concerne l'audiovisuel, ou dans la commission paritaire de la production des films. Dès qu'un employeur est dans une des deux commissions, il est chez nous.
Le secteur audiovisuel, c'est quoi ? Qui représente-t-on ? Ce sont les opérateurs (radios, télévisions) qui représentent environ 40% du marché des travailleurs : employés, indépendants ou intérimaires. 20% sont constitués par les maisons de productions (pour la télé, pour le cinéma, pour la publicité). 10 % par des sociétés de services techniques et 10 % par un volet relativement nouveau : les digital agencies, les sociétés qui créent les sites web, les applications, les jeux, tout ce qui est digital.

C. : Toute entreprise qui fait partie d'une des deux commissions paritaires devient automatiquement membre de Mediarte.be, ils cotisent et ils bénéficient de services. Est-ce que des personnes extérieures peuvent faire appel à vos services ?
J.V. : En principe, tous les travailleurs dans le secteur peuvent bénéficier de nos actions. Tout le monde qui travaille dans le secteur, est le bienvenu lors de nos séances d'informations. Par contre, nous ne pouvons pas donner des primes à l'emploi aux sociétés qui ne font pas partie de notre secteur. Mais, c'est un peu évident car eux ne cotisent pas. Par exemple, la RTBF ou la VRT ne peuvent pas bénéficier des primes car ils ne cotisent pas.

C. : Quelles sont les formations mises en place par mediarte.be?
J.V.: Chez mediarte.be, on a la Media Academy où on crée des formations, soit techniques soit liées au RH (communication, virtual reality, storytelling). Ces formations sont organisées quand on voit qu'il y a une demande de la part du secteur, ces formations sont très pointues et sont limitées à des groupes d'une dizaine de personnes qui veulent se spécialiser dans l'un ou l'autre domaine.
Mediarte fait aussi des formations pour les étudiants et pour ceux qui veulent entrer dans le secteur. Nous constatons que les formations des hautes écoles ne mettent pas assez l'accent sur la réalité du secteur. Qu'est-ce que le secteur ? Comment peut-on y entrer ? Ou peut-on travailler ? C'est pour cela que nous réalisons chaque année une photo sectorielle où tous les employeurs sont sur notre site. C'est une première aide pour les étudiants ou les gens qui veulent entrer dans le secteur.
Une autre manière de les aider est de proposer des séances d'informations pendant les festivals de cinéma ou lors de sessions au sein des écoles ou pendant les Student Days qu'on organise avec RTL.

C. : Ce ne sont pas des formations techniques, ce sont plutôt des formations liées au droit social?
J.V. : Les formations concernent tous les domaines : tout ce qui est légal (les droits musicaux, les budgets, etc.), ce qui est technique (l'utilisation d'une nouvelle caméra, etc.), ce qui est storytelling, comment peut-on faire un pitching ?, etc. Toute une série de formations pour des jeunes ou pour des gens déjà expérimentés. On a constaté un manque de formation dans le secteur ou inadaptées au secteur, c'est là que mediarte.be facilitate les formations. On peut fournir l'aide administrative, logistique, financière pour organiser des formations, des sessions d'infos pour aider le secteur, pour augmenter son professionnalisme. On a aussi créé un guide pour les jeunes, qui veulent se lancer, avec des interviews, des trucs et astuces pour les aider à entrer dans le secteur.

C. : Depuis la création du Tax Shelter et face au nombre accru de coproductions, on demande de plus en plus de techniciens belges sur les créations cinématographiques. Est-ce que cela influence le secteur ?
J.V. : Ce qu'on constate actuellement c'est une augmentation du travail dans le secteur via le Tax Shelter, mais aussi via les investissements par la RTBF dans le secteur. On constate une augmentation de petites entreprises et une diminution des travailleurs issus de grandes entreprises. On observe cela, mais on ne sait pas si c'est lié au Tax Shelter ou non.

C. : Il y a plusieurs bureaux de Mediarte.be ?
J.V.: Mediarte est situé à Bruxelles, on n'a pas de bureaux régionaux, mais nous sommes très mobiles : on a des actions à Liège, à Anvers, à Namur. On est soutenu par les différents gouvernements en Belgique, on est également liés aux collègues européens. C'est important pour nous de trouver des partenaires pour augmenter la qualité mais aussi augmenter l'expertise des actions.

C. : D'où viennent vos subventions ?
J.V. : Du gouvernement fédéral belge, de la communauté flamande et on est en train de conclure avec la communauté française et la région wallonne. Il y a une dizaine de ministres compétents pour les actions qu'on réalise, alors, vous comprendrez que les négociations sont longues à mettre en place.

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